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La démission de Daniel Tessougué

by sur 27 décembre 2015

Mis à jour le 28 décembre à 09h

Un haut fonctionnaire soucieux de sa charge et de l’indépendance de la justice dans la République. Son franc parler lui a coûté son poste.

Départ de Daniel Amagouin Tessougué : Une décision qui divise

Moussa Bamba – Mutation – 28 décembre 2015

Le Conseil supérieur de la magistrature a relevé, le 22 décembre 2015 lors de sa session, Daniel Amagouin Tessougé de son poste de Procureur Général près de la Cour d’appel de Bamako. Cette décision a été diversement appréciée par les uns et les autres.

Depuis l’attaque terroriste de l’Hôtel Radisson Blu, on assistait  à une véritable polémique pour ne pas dire un bras de fer entre le désormais ex-Procureur de la république, Daniel Tessougué et le président du Haut conseil islamique du Mali, Mahmoud Dicko.

En effet après les attentats du 20 novembre 2015 de l’hôtel Radisson Blu, le président du Haut conseil islamique du Mali avait qualifié de cela comme une manifestation de la colère divine contre les perversions importées par l’Occident telles que la promotion de l’homosexualité, l’équité homme-femme. Ce qui n’avait pas plu au désormais ex-procureur général qualifiant les propos de l’imam Dicko d’’’apologie du terrorisme’’. Malgré les mises au point de ces deux personnalités du pays, la tension ne s’était pas retombée.

Pire les leaders religieux se sont retrouvés à la grande mosquée de Bamako pour exiger son limogeage de son poste de Procureur général. Selon nos informations, une fatwa avait été lue pour faire partir le désormais ex-Procureur Général considéré comme l’ennemi No 1 des musulmans du Mali. Ce qui avait suscité la colère de ce dernier qui s’est confié dans un journal de la place que rien ne lui fera dévier de son devoir de procureur général.

Dès l’annonce du limogeage de Daniel Tessougué de son poste, ce fut une joie immense chez les partisans de Mahmoud Dicko et de toutes les autres confessions musulmanes. A leurs yeux les propos de Daniel Tessougué lors de l’ouverture des assises de la Cour d’assise de Bamako à l’encontre de leur leader et président  ne visent pas seulement la personne de Mahmoud Dicko mais contre l’Islam surtout que le désormais ex-procureur général est issu d’une autre religion.

Mais pour les défenseurs  de la séparation de pouvoirs, cela est inadmissible car ils y voient l’immixtion de la religion plus particulièrement celle musulmane dans les affaires de l’Etat. Du coup cela est une atteinte grave aux principes de la séparation des pouvoirs, l’une des fondamentaux de la démocratie obtenue dans le sang en 1991.

En tout état de cause, Daniel Tessougué est un magistrat chevronné victime de son franc-parler, de son combat permanent pour l’équité, du respect des droits de l’homme. On se rappelle encore de ses multiples bras de fer avec l’ancien ministre de la justice Mohamed Ali Bathily et de ses vérités lors de la rentrée solennelle des cours et tribunaux sur l’affaire des dossiers de la corruption.

Mali : Maudits soient les politiciens…

Ousmane THIÉNY KONATÉ – © maliactu.net – 25 décembre 2015

Daniel A. TESSOUGUE : son franc-parler et son manque de retenue l’ont desservi.

Ceux qui en doutaient doivent désormais reconnaître l’évidence : le pouvoir d’IBK est pris en otage par les islamistes. En témoigne le récent limogeage du Procureur général Daniel A. TESSOUGUE qui a critiqué les propos djihadistes de Mahamoud DICKO au sujet de l’attaque mortelle de l’hôtel Radisson Blue de Bamako qui a fait 22 morts dont des citoyens maliens.

Point n’est besoin de revenir sur les propos anti-maliens de Mahamoud DICKO. Ils confirment ce que tout le monde sait : le président du Haut conseil islamique est l’ennemi de la démocratie malienne. C’est pour avoir dénoncé cette menace que Daniel A. TESSOUGUE est la victime d’un pouvoir qui met en évidence sa faiblesse vis-à-vis des pouvoirs religieux.

L’ancien Procureur général a peut-être été très dur dans ses propos mais il se défend d’avoir dit qu’il fallait « raser tous les barbus ». Des magistrats dignes de confiance affirment que TESsOUGUE a non seulement dit les propos qui lui sont imputés mais que cela est écrit dans son réquisitoire. L’ancien Procureur est par ailleurs décrit comme quelqu’un qui a multiplié les gaffes depuis qu’il est à son poste. Ce qui explique son éviction par une session extraordinaire du Conseil de la Magistrature.

Cependant ce qu’il a dit est le langage de la vérité. Ses propos n’étaient pas adressés aux musulmans du Mali mais à la seule personne de Mahamoud DICKO. L’ancien Procureur général était dans son rôle, celui de dénoncer une atteinte grave à l’ordre public. Il a payé le prix de sa franchise.

Ainsi donc la véritable majorité présidentielle est constituée par les islamistes qui peuvent influencer le pouvoir d’IBK au plus haut point. On sait l’important rôle qu’ils ont joué dans l’élection du Président de la République. IBK a les mains liées d’autant plus qu’il a affirmé haut et fort à la grande mosquée de Bamako qu’il en voudra aux islamistes si ceux-ci manquaient de lui dire la vérité sur la gestion de l’Etat. Plus qu’à ses camarades du Rassemblement Pour le Mali, c’est aux islamistes que le Président fait le plus confiance.

Le prochain Procureur de la République est prévenu : il vaut mieux critiquer IBK lui-même que de toucher à Mahamoud DICKO. Le Mali entier tombe des nues. Celui qu’ils ont triomphalement plébiscité en août 2O13 n’a plus rien à voir avec le Premier ministre d’Alpha Oumar KONARE. L’homme est devenu une pirouette. Il apporte son soutien et à l’Hôtel Radisson Blu et à Mahamoud DICKO son pourfendeur.

Depuis l’avènement de la démocratie, les islamistes ont conquis doucement mais sûrement leur place de deuxième pouvoir. Plutôt que de s’inquiéter de ce mouvement qui menace dangereusement la démocratie, les politiciens s’en sont accommodés. Tous les chefs de partis se croient obligés de s’afficher avec les islamistes lors des grands rassemblements des musulmans, même ceux dont on est droit de douter de leur foi.

Il faut reconnaître la vérité. Les politiciens se sont totalement discrédités aux yeux des Maliens par leurs magouilles, leurs mensonges et leur duplicité. Il en est peu qui ne se soient pas salis et enrichis dans des affaires de corruption. L’ancien ministre et député, Koniba SIDIBE, déclarait récemment sur la TM2 que c’est « l’argent sale » qui finançait les campagnes présidentielles au Mali. On ne peut que le croire lui qui a été candidat à la présidentielle.

C’est donc par dégoût que les Maliens se sont retournés vers les islamistes qui affirment parler au nom de Dieu puisque la démocratie a été dévoyée et qu’aucun politicien n’a suffisamment de personnalité pour incarner les valeurs morales de solidarité, de justice et de probité. A défaut de la vérité de la politique, ils s’en remettent à la vérité divine.

Maudits soient tous ceux qui ont fait de notre démocratie obtenue par le sang versé des martyrs la foire aux gueux. Car il n’y a pas si longtemps la démocratie malienne était citée en exemple même si un certain Amadou Toumani TOURE lui a enlevée toute sa substance. C’est parce que ceux qui ont combattu la dictature de l’UDPM de Moussa TRAORE voulaient le pouvoir et l’argent du pouvoir qu’ils ont conduit le pays dans les dédales de la déconfiture.

Aucun Malien digne de ce nom ne peut accepter que notre pays soit cité parmi les plus corrompus de la terre. Et c’est sans doute le cœur meurtri que nos compatriotes assistent, impuissants, à la déliquescence de l’Etat. Pendant que le pays est en proie à la crise, les politiciens s’en donnent à cœur joie à des joutes oratoires dignes des saltimbanques d’autrefois. On n’en serait pas moins tenté de regretter le temps où malgré l’absence de liberté le pouvoir était fort et craint.

Mali : le procureur général de Bamako démissionne

Source : RFI – 24/12/2015

Le procureur général près la Cour d’appel de Bamako a quitté ses fonctions sans explications officielles et sans affectation à un nouveau poste.

« Je considère que j’étais en mission et que ma mission a pris fin ». Dans la voix du procureur général sortant près la Cour d’appel de Bamako qui prononce cette phrase, on ne sent ni colère, ni amertume, un peu d’ironie. Officiellement, ici on explique qu’après avoir passé un peu plus de trois ans à son poste, le temps est venu de passer la main.

Mais pourquoi ne pas avoir donné tout de suite un autre poste au procureur général ? N’y a-t-il pas anguille sous roche ? En tout cas l’homme est connu pour son franc-parler. Lors de l’ouverture des dernières Cours d’assises par exemple, il a déploré la passivité de l’Etat sur des sujets ; la sécurité, la religion par exemple.

Récemment, il n’a pas hésité un seul instant à rectifier des propos d’un officiel malien, sur le nombre de dossiers anticorruption devant la justice. On le voit, l’homme n’a pas sa langue dans la poche. Ministres, hommes politiques ou religieux ont pu le constater, un jour. L’entourage du procureur général sortant affirme clairement qu’il était en fait relevé de ses fonctions parce qu’il serait un empêcheur de tourner en rond.

Quelqu’un a baissé son pantalon devant le HCI et DAECH.

Souleymane Kone le 23 décembre 2015

« Et, c’est là que la république et la laïcité reçoivent de sérieuses blessures qui mettent en péril les perspectives de la reconstruction de l’Etat.

Ce départ peut être analysé comme de coups de griffes donnés aux institutions de la république en particulier le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire qui apparaissent désormais soumis aux ordres du pouvoir religieux ou même de la volonté d’un grand électeur. »

Des coups de griffes à la république et à la laïcité

Le départ de Daniel Tessougué du poste de Procureur Général dans le contexte actuel, est une décision inopportune et mal avisée. Ce, même s’il s’agit d’un mouvement administratif classique sans intention autre derrière.

Ce départ l’est d’autant plus qu’il sonne comme une session de rattrapage de IBK face à la double colère de Mohamoud Dicko contre le président de la république et le Procureur Général, ces deux représentants des institutions républicaines du Mali lui ayant contesté le droit de placer les attentats de Paris et de Bamako sous le signe de la colère divine. « Je réprouve totalement ces déclarations inappropriées. Ces propos ne sont ni les miens ni ceux du peuple malien. Le monstre hideux qui a frappé à Paris et à Bamako a le même visage. Seule la solidarité internationale permettra de le terrasser. Ce que dit M. Dicko n’engage que lui », a dit IBK dans une interview accordée au journal Jeune Afrique.

Avec le départ, il reste à savoir quel sera le prix de revient pour la république, de ce commerce politique entre le pouvoir et son grand électeur.

D’ores et déjà, aujourd’hui et demain, l’argument selon lequel Daniel Tessougué a été nommé par une autorité, qu’il a remplacé un autre Procureur et que c’est normal qu’un autre le remplace est une lapalissade : le cache sexe d’un Etat défaillant, la capitulation des institutions républicaines devant un chef religieux, pire devant un grand électeur.

La fausse vérité du fonctionnaire appelé à d’autre mission, est démentie par le contexte de polémique dans lequel, les propos de Mohamoud Dicko, concernant l’attentat de Paris et celui du Radisson Blu hôtel, avaient embrumé le pays dans sa sincérité de lutter contre le terrorisme aux yeux des Malien et de la communauté internationale.

Personne à l’extérieur du Mali n’a pu comprendre que le principal soutien du candidat devenu président ait pris autant de liberté avec les victimes du 13 novembre à Paris et du 20 novembre à Bamako en qualifiant leur mort de sanction divine.

Le départ de Tessougué serait-il vraiment un mouvement habituel dans le cadre de la mobilité des fonctionnaires ? Que non.

Certes, d’autres magistrats sont concernés par le mouvement actuel, ils accompagneront le désormais ancien Procureur dans « sa sanction », n’empêche que le mouvement est fondamentalement provoqué pour le départ de Daniel Tessougué.

Et, c’est là que la république et la laïcité reçoivent de sérieuses blessures qui mettent en péril les perspectives de la reconstruction de l’Etat.

Ce départ peut être analysé comme de coups de griffes donnés aux institutions de la république en particulier le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire qui apparaissent désormais soumis aux ordres du pouvoir religieux ou même de la volonté d’un grand électeur.

C’est un précédent dangereux non seulement pour notre république, pour la démocratie dans notre pays, mais également pour la quiétude des partenaires du Mali, qui ne manqueront pas de nous adresser des regards préoccupés, en ce moment précis de l’évolution de notre pays.

Le départ de Tessougué est le signe révélateur que le régime de IBK rompt chaque jour un peu plus avec la république.

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