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« Je suis Lassana »

by sur 6 janvier 2016

Mis à jour le 9 janvier à 20h

La France (le monde ?) est ainsi faite qu’elle a besoin de héros à aduler (quitte à les déboulonner quelques temps plus tard) et que les médias jouent (parfois et surtout les sites d’infos en continu) toute leur part dans… la désinformation.

Qu’on me comprenne bien : très loin  de moi l’idée de minimiser l’action de Lassana Bathily lors de la prise d’otage du magasin « Hyper Cacher », bien au contraire !

Si tous les citoyens se dressaient quand ils sont témoins d’une simple scène de violence, d’une agression verbale, d’insultes envers autrui dans la rue, si chacun se sentait suffisamment concerné pour ré-agir, le fameux « vivre ensemble » se porterait mieux.

Lassana Bathily n’est pas un  héros, il ne cesse de le dire, c’est même  le titre du livre qu’il vient de publier. Il se demande toujours comment tout cela lui est arrivé; il estime avoir fait « ce qu’il fallait » au moment où il le fallait et c’est tout.

Sa notoriété nouvellement acquise, et qu’il vit parfois mal, il l’a met au service de son village, Samba Dramané, comme beaucoup de migrants maliens de la région de Kayes qui envoient de l’argent au pays pour soutenir, la plupart du temps, des projets collectifs de développement, avant de songer à devenir riche pour eux-mêmes.

Une association a été créée dont je vous conseille la visite sur le site « lassanabathily.com ».

Deux réflexions sur la prise d’otages de l’Hyper Cacher.

Une scène a duré quelques secondes en direct : à un moment donné on voit, fugitivement, sur des images prises à distance respectable, un jeune noir mince qui se met à courir vers les policiers et on entend distinctement : « Attention, il y en a un qui sort ! » Alpagué, il disparaît derrière un véhicule; on saura, bien plus tard, qu’il s’agissait de Lassana Bathily qui s’était effectivement achappé du magasin.

Bien plus tard, car il a passé une heure trente menotté dans un fourgon de police avant qu’on daigne prendre son témoignage en compte.

On comprend que la police veuille vérifier, mais la première réaction c’est de se dire : « c’est un jeune, un noir, il fait partie de la bande« .  

D’ailleurs, tous les otages ont préféré rester dans la chambre froide plutôt que de se risquer à le suivre dans le monte charge qui lui a permis de sortir du guêpier. Ils ne lui ont pas fait confiance.

La seconde réflexion par rapport à ce qui se passe un an après et, comme par hasard, au moment où on rend hommage aux victimes.

Un an après, on « découvre » le témoignage d’un des otages enfermés dans la chambre froide qui met en cause l’action de Bathily et qui s’est tu jusqu’ici.

Juste au moment où lui aussi publie un livre témoignage !

Guerre des éditeurs ?

De même que je reste troublé par le délai qu’il a fallu pour que l’épouse du policier garde du corps de Charb porte plainte « pour en savoir plus« .

«Je ne suis pas un héros», par Lassana Bathily, éd. Flammarion. 19 €. Sortie ce mercredi 6 janvier 2016

 

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Lassana Bathily pose avec son livre « Je ne suis pas un héros », le 16 décembre 2015, à Paris. [DOMINIQUE FAGET / AFP]

Lassana Bathily : « Dans mon coeur, je sais que je ne suis pas un héros »

Par Celine Rastello – Publié le 09-01-2016 à 12h02

14732183(photo Bruno Coutier pour « l’Obs »)

La vie du jeune homme de 25 ans, ancien manutentionnaire de l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, a basculé le 9 janvier 2015. Le 13 novembre au soir, il était à deux pas du Bataclan. Rencontre.

Il commençait à peine à mieux dormir. Les attentats du 13 novembre ont brutalement réveillé ses cauchemars. Lassana Bathily a revécu l’Hyper Cacher. Son indélébile traumatisme qui a commencé au sous-sol du magasin de la Porte de Vincennes, où le jeune Malien était manutentionnaire. Tout est remonté. La peur, la panique, les cris. En bas, il y a le congélateur et la chambre froide. Et plusieurs otages. « Je leur ai dit de s’y cacher », écrit le jeune homme de 25 ans dans son livre* qui vient de paraître. Il est parvenu à quitter les lieux par le monte-charge. Avant de livrer aux forces de l’ordre de très précieuses informations. Beaucoup l’ont immédiatement présenté comme un héros. Quelques jours plus tard, on lui remettait un passeport et une médaille lors d’une cérémonie officielle place Beauvau. Impressionné, il fixait timidement le sol.

« Courez ! C’est une attaque terroriste ! »

Lassana Bathily emménage ensuite dans le 11ème arrondissement de Paris. Les mois passent. Janvier s’éloigne. Mais le 13 novembre, la peur ressurgit. Il sort manger avec des amis à République. En rentrant, ils entendent à proximité du Bataclan ce qu’ils croient d’abord être des pétards. « Puis on a vu des gens courir en criant ‘Courez ! C’est une attaque terroriste !’ »

Lassana Bathily et ses amis passent la nuit confinés dans un bar. Le jeune homme pense aux victimes. Aux minutes qui semblent durer des heures. Il n’imagine pas l’ampleur des attentats. S’interroge : « Pourquoi ici ? Pourquoi encore près de moi ? » Une semaine plus tard, l’hôtel Radisson Blu de Bamako est attaqué par des djihadistes. Il y a séjourné en février lors de sa rencontre avec le président malien. Il se dit : « On dirait qu’ils me poursuivent. Quel que soit l’endroit où je passe, ils sont là. »

Sweat noir et gris et jeans assortis, Lassana Bathily nous reçoit jeudi 7 janvier dans les bureaux de Flammarion, qui vient d’éditer son livre « Je ne suis pas un héros. » Il assure désormais ne plus avoir peur.

Ce qui doit arriver arrivera, je ne vais me prendre la tête à avoir peur tout le temps, sinon je vais la perdre. »

Depuis 7 heures du matin, le grand jeune homme au fin collier de barbe enchaîne les interviews. Les demandes continuent d’affluer du monde entier. Il jette un œil à son smartphone. Il vient d’en recevoir de nouvelles.

Un CDD à la mairie de Paris

Il a pris l’habitude. Le 10 janvier 2015, il avait été plus que surpris d’avoir reçu, déjà, plusieurs centaines de demandes d’amis sur Facebook. Le déferlement médiatique débutait, imprévu. « C’était très compliqué. Je ne savais pas comment m’y prendre. Ni avec les personnalités, ni avec les médias. Quelles questions allait-on me poser ? Qu’est-ce que j’allais répondre ? »

Une attachée de presse est appelée à la rescousse. Lassana Bathily s’exprime plus facilement à présent, mais il aimerait encore perfectionner son français. Quand la mairie de Paris lui a proposé un CDD en gestion logistique de l’événementiel et de l’action sportive, elle l’a accompagnée de 200 heures de français. Il a sauté sur l’occasion.

A son arrivée en France à 16 ans, Lassana Bathily doit faire une croix sur son rêve : devenir éducateur jeunesse. Il vit dans un foyer avec son oncle et son cousin. S’inscrit en lycée professionnel. Valide deux CAP de peintre et carreleur. Il raconte dans son livre son enfance à Samba Dramané, son village de la province de Kayes à l’ouest du Mali. Son ethnie, les Soninkés. Ses ancêtres cultivateurs. Son père qu’il connaît peu car il a travaillé toute sa vie à Paris, faisant dès que possible des allers-retours au pays. Les difficultés, aussi, son quotidien de sans-papiers redoutant sans cesse d’être contrôlé. Il raconte encore sa reconnaissance envers ses professeurs, le soutien sans faille du réseau RESF et de son parrain républicain, Denis Mercier. L’obtention, également, de sa carte de séjour en 2011.

Pour que « les choses soient claires »

Il y a quelques mois, les témoignages de plusieurs otages de l’Hyper Cacher ont minoré l’aide qu’il a pu leur apporter. Ça l’a beaucoup blessé. « Je n’arrivais plus à dormir pendant presque deux semaines. » Un otage a notamment expliqué que médias et officiels avaient sans doute voulu « enjoliver le tableau ». Que la France avait à ce moment-là, « besoin d’un héros. »

Lassana Bathily sourit. Répète n’avoir eu de cesse d’affirmer qu’il n’en était pas un, que ce qu’il avait fait n’était que « naturel ». « Certains trouvent que je suis un héros mais, dans mon cœur, je sais que ce n’est pas le cas. » D’où le titre de son livre. Pour que « les choses soient claires. »

Le jeune homme ne s’attendait pas non plus, au fil des mois, à ce qu’on lui parle autant de religion. Du fait qu’il soit musulman, que les otages soient juifs.

Ce que j’ai fait n’a rien à voir avec la religion. »

Il a eu souvent l’occasion, aussi, d’échanger avec des jeunes. Notamment sur l’importance du « vivre ensemble ». Il aimerait y consacrer plus de temps. « C’est pour moi très important de mieux communiquer entre les communautés, de partager des idées, de mieux se connaître tout simplement. » Il a par ailleurs créé en septembre dernier une association pour aider les enfants de son village. « Et d’autres, après, si ça fonctionne bien. » L’ambassade de France au Mali a quant à elle promit pour bientôt un château d’eau à Samba Dramané.

Dessin d’enfant

Mardi, il a assisté au dépôt de plaque à l’Hyper Cacher en hommage aux victimes, parmi lesquelles figure son collègue et ami Yohan Cohen. Il participe aussi, ce samedi, à la cérémonie devant le magasin, et sera dimanche au rassemblement place de la République. D’autres photos de son livre le montrent avec un de ses cousins, ses camarades de foot, ou en compagnie de François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve. Sur une autre, encore, il fait face, tout sourire, à une classe de CM1 de Courbevoie. En-dessous figure le dessin qu’un enfant lui a envoyé de Corée du Sud. A gauche, une mère terrifiée serre son bébé dans ses bras. A droite, un terroriste ouvre le feu plusieurs fois. Au centre, un jeune homme réfléchit à ce qu’il peut faire. C’est lui. Sur son pull, en gros : le S de Superman.

Céline Rastello 

* « Je ne suis pas un héros » Lassana Bathily, Flammarion

Lassana Bathily : « Je ne conseille pas aux jeunes Africains de venir en France »

Mis à jour le 07 janvier 2016 à 17h37 – Par Claire Rainfroy

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Hissé au rang de héros après l’attaque à Paris contre l’Hyper Cacher il y a tout juste un an, Lassana Bathily, désormais franco-malien, a raconté à Jeune Afrique comment l’attentat avait bousculé sa vie.

Lassana Bathily est un homme timide. Une petit voix fluette et hésitante, devenue omniprésente sur les plateaux de télévision après l’attaque menée il y a un an à Paris contre l’Hyper Cacher, deux jours après la tuerie perpétrée au sein du journal satirique français Charlie Hebdo.

Héros malgré lui

Le 9 janvier 2015 a radicalement changé la vie de ce jeune Malien, originaire de la région de Kayes, dans l’ouest du Mali. Ce jour-là, le manutentionnaire de l’Hyper Cacher s’affaire au sous-sol lorsque des tirs retentissent à l’étage. Amédy Coulibaly a pris le contrôle du magasin et menace les otages. En bas, Lassana Bathily propose à ceux venus se réfugier au sous-sol de s’échapper via le monte-charge. Effrayés que le bruit de l’engin n’alerte le terroriste, tous refusent. Après les avoir aidé à trouver refuge, Lassana Bathily s’échappe seul. Dehors, il dessine les plans du magasin pour aider les hommes du RAID à préparer l’assaut.

Pour son aide précieuse, l’ancien sans-papiers a été hissé au rang de héros national. Plateaux télé, prix, rencontres avec Ibrahim Boubacar Keïta ou encore Barack Obama : Lassana Bathily a brutalement été propulsé à la une de tous les médias. « Le fantasme du jeune musulman qui sauve des juifs a fait le tour de la planète », résume son éditeur en avant-propos du livre témoignage de Lassana Bathily, Je ne suis pas un héros.

« C’est comme ça que j’ai été élevé en Afrique »

« Je ne supporte pas cette étiquette : j’ai fait ce geste naturellement, c’est comme ça que j’ai été élevé en Afrique », raconte le Franco-Malien. « Un vrai héros, c’est quelqu’un comme Nelson Mandela. Moi, j’ai fait un acte normal et naturel, je suis un citoyen », poursuit Lassana Bathily, qui a reçu Jeune Afrique dans les locaux de Flammarion.

En un an, sa vie a radicalement changé. Le 20 janvier 2015, les autorités lui remettaient en grande pompe la nationalité française. Un bouleversement pour celui qui fuyait il y a encore quelques mois les contrôles de police. « J’en rêvais depuis que je suis gamin. Maintenant, je suis français et j’en suis fier », assure Lassana Bathily.

Son quotidien a également été bouleversé : la mairie de Paris lui a proposé un emploi qui lui permet de suivre des cours de perfectionnement en français.

« Je ne leur conseille pas de venir en France »

Dans les mois à venir, Lassana Bathily compte bien profiter de sa notoriété pour mener un autre combat à travers l’association qui porte son nom. Celui de développer son village d’enfance de Samba Dramané, où l’eau et l’électricité peinent encore à arriver. Mais aussi de faire passer un message aux jeunes Africains tentés par l’exil, quitte à y laisser leurs vies. « Je ne leur conseille pas de venir en France mais de rester dans leur pays. Beaucoup de jeunes sont morts en tentant de rejoindre l’Europe en pensant avoir une vie meilleure. Ils ne faut pas qu’ils le fassent », déplore-t-il.

« Je veux sensibiliser la jeunesse africaine à ce sujet », ajoute le jeune homme, dont l’arrivée en France en 2006 fût pavée de difficultés. Racisme, illégalité, patrons peu scrupuleux, mal-logement : un quotidien qu’il raconte dans son livre, comme un message que Lassana Bathily espère transmettre aux candidats à l’exil.

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Je ne suis pas un héros, Lassana Bathily, éd. Flammarion

Lassana Bathily: «Quand tu es connu, il faut continuer à aider»

RFI – Par Laura Martel – Diffusion : jeudi 7 janvier 2016

lassana1_0_1 Héros de la prise d’otages de l’Hyper Cacher de Vincennes, vendredi 9 janvier 2015, Lassana Bathily a été naturalisé français après les événements. AFP PHOTO / FRANCOIS GUILLOT

Il y a un an, Lassana Bathily, un jeune Malien qui travaillait à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes avait aidé des otages à se cacher puis, après s’être enfui par un monte-charge, avait donné de précieuses informations pour l’assaut des forces de l’ordre.

Immédiatement célébré en héros, il a reçu hommages et décorations en France, au Mali, aux Etats-Unis et en Europe. « Je ne suis pas un héros », clame-t-il pourtant… c’est le titre du livre qu’il vient de publier chez Flammarion.

Désormais détenteur de la double nationalité franco-malienne, le jeune homme a confié à Laura Martel son souhait d’utiliser sa notoriété pour tendre la main à d’autres.

RFI : Vous avez aidé à cacher des otages, avant de vous échapper, d’aider la police. Est-ce que c’est un choix conscient ou plutôt une réaction réflexe ?

Lassana Bathily : C’est une réaction réflexe et naturelle. J’ai écouté mon cœur. Ce jour d’attaque, j’ai pensé à mes parents.

Moi je crois que c’est ces voies-là qui m’ont appris, c’est une grande solidarité dans le Soninké. Toute l’Afrique, on a une même culture. On a les mêmes formes de vivre ensemble. C’est ça qu’ils m’ont appris.

Et quand je prends le monte-charge, je sais que ma vie est en danger. Je ne sais pas si je vais mourir ou pas, mais quand même j’ai pensé faire quelque chose avant de mourir. C’est ça qui m’a fait réagir.

Mais quand même, Dieu m’a aidé, je suis sorti vivant.

Vous dites « Je ne suis pas un héros ». C’est le titre de votre ouvrage. Mais alors, pourquoi écrire ce livre ?

J’ai écrit ce livre pour que les gens puissent bien comprendre qui je suis d’abord, et pour bien comprendre ce qui s’est passé à l’Hyper Cacher, et ce que j’ai envie de faire.

Quel rapport vous entretenez avec cette journée du 7 janvier parce que ça a été forcément une épreuve terrible, mais elle a aussi apporté des changements positifs dans votre vie : un emploi, la nationalité française que vous cherchiez. Quel votre rapport à cette journée un peu paradoxale pour vous ?

Cette journée, c’est un peu dur, un peu triste parce que ça me fait rappeler ce qui s’est passé en janvier. On a des amis qui sont morts. J’ai pensé aux amis d’abord pour dire qu’on est de cœur avec eux. C’est vrai après le drame, il faut qu’on pense aussi vivre encore parce qu’on ne peut pas rester toujours dans la tristesse.

Hier quand je suis parti au magasin, c’est ce que je disais à tout le monde que le drame, c’est vrai, on ne peut pas les oublier, mais il faut continuer à vivre, il faut qu’on passe à autre chose. C’est ça qui est le plus important.

Vous essayez de sortir les choses positives de ce drame ?

Oui, c’est ça. Après ça, je vois que c’est bon parce que j’ai été naturalisé. Avant ça, mes démarches étaient en cours depuis six mois. C’est vrai, c’était le problème qui a fait que ça s’est accéléré, ça a avancé. Le président de la République lui-même m’a confirmé qu’il allait s’occuper de ça. Il a pris une promesse et il l’a fait. Je suis content, je suis fier d’être Français.

Vous étiez à quelques mètres du Bataclan le 13 novembre. Vous étiez aussi à Bamako quand il y a eu l’attentat contre le bar La Terrasse le 6 mars 2015. Comment voyez-vous ces jeunes, qu’ils soient Français, Maliens ou autres, qui tuent soi-disant au nom de l’islam ?

Je crois que ces jeunes sont perdus. Ils ont nettoyé leur cerveau pour dire qu’ils luttent pour ça. On sait que ce n’est pas ça l’islam. L’islam nous a appris la valeur et le respect des autres. Ils sont là pour salir l’islam et pour nous séparer aussi dans les communautés. Et ces terroristes ne représentent pas l’islam. Ils représentent eux-mêmes. Ce n’est pas cela l’islam.

Il y a beaucoup de jeunes qui font le jihad qui n’ont pas grandi avec la famille, ils ont grandi comme ça. S’il n’y a personne qui est à côté de lui pour sortir de ses difficultés, je crois que c’est ça va se passer : soit il va être braqueur ou il va être terroriste. Il faut que quelqu’un soit toujours à côté des enfants pour bien les protéger et pour bien apprendre les valeurs. C’est ça le plus important.

Vous avez donc désormais la double nationalité. Est-ce que vous vous sentez déjà autant Français que Malien ?

Je suis né Malien et j’ai grandi au Mali. J’ai obtenu la nationalité française il n’y a pas longtemps, mais quand même j’aime bien les deux pays et les deux cultures. Je suis content d’avoir la double nationalité. Je rêve de ça depuis mon enfance.

Quand je vois mon père qui fait les allers-retours… J’ai dit, pourquoi pas un jour je vais à Paris. Quand je suis venu ici, j’ai été contraint de lutter. C’est vrai, je suis venu très jeune. Mais quand même je n’ai rien laissé. J’ai continué à aller à l’école, j’ai fait mes démarches, j’ai obtenu mon titre de séjour. Et maintenant je suis Français, je suis très content et je suis fier.

Dans votre livre, vous déconseillez aux jeunes Africains de tenter le voyage vers l’Europe. Pourquoi ?

C’est un peu compliqué parce que c’est vrai que les jeunes prennent des bateaux pour venir en Europe. Et aussi c’est un peu la faute de nos immigrants en France parce que tu [re]pars en Afrique, tu as les bons voisins, tu mets les bons parfums et tu trompes les jeunes. Mais c’est ça qui donne le courage.

D’autres jeunes africains disent, il faut qu’on découvre la France. Mais moi, je crois que la France ce n’est pas l’époque de nos grands-parents. Maintenant la France, ça a changé. C’est très difficile, même si tu as les papiers, c’est dur. Il y en a qui ont des papiers et qui vivent très mal. Il faut qu’ils comprennent ça.

S’il y a des possibilités de rester en Afrique, de travailler, c’est ça qui est meilleur pour eux aussi. Je ne suis pas contre qu’ils viennent en Europe, s’ils ont les moyens de venir… Mais quand même je leur conseille, n’importe quels jeunes qui sont arrivés en France actuellement, ils regrettent mais ils ne peuvent pas retourner. C’est malheureux quand même, c’est très compliqué.

Vous avez créé une association pour venir en aide à votre village. Quels sont vos projets ?

L’association, ça ne se passe pas que dans mon village, c’est partout. Mais quand même, le début de l’association est un peu compliqué. Il faut commencer petit à petit : l’électricité, l’école, c’est ça qui est le plus important, la santé surtout. C’est pour ça qu’on est en train de lutter pour l’instant. On compte toujours améliorer et faire avancer nos villages et nos pays.

Vous concluez votre livre sur le rêve d’être un ambassadeur de la fraternité. Vous nous dites « Je ne suis pas un héros ». Mais quelque part, vous avez quand même envie de ce rôle d’exemple ?

Oui, mon rôle c’est symbolique. Dire « un héros », moi ça ne m’embête pas. Ce que je dis, c’est que moi, je ne me considère pas comme un héros. Dans mon cœur, j’ai fait un acte humain, un acte naturel.

Continuer à aider tous les jeunes pour s’intégrer et sortir des difficultés. C’est ça qui est mon combat. Je veux continuer pour ça. Je suis quelqu’un de normal, mais quand même depuis l’attaque, je suis connu par rapport à l’attaque. Quand tu es connu, il faut faire quelque chose, il faut continuer à aider parce que ça, ça ne va pas compter toute ma vie, comme une carrière de football : quand tu finis le football, les gens vont t’oublier. Je vais profiter de faire l’association, de faire des belles choses positives.

 «Je ne suis pas un héros» : la nouvelle vie de Lassana Bathily

Par Caroline Piquet , Sacha Benitah – Mis à jour le 06/01/2016 à 10:50

Après avoir été salué dans le monde entier, le jeune franco-malien de 25 a retrouvé une vie plus paisible. Il travaille désormais à la mairie de Paris, vient de publier un livre pour raconter son parcours et nous explique comment il a vécu les attentats du 13 novembre.

C’est chez son éditeur que Lassana Bathily nous reçoit. Chemise et pantalon en jean. Casquette vissée sur la tête, il revient de quatre heures de reportage avec une chaîne allemande. Il semble épuisé. Ses nuits sont courtes, il a du mal à dormir et il est en pleine promotion de son livre à paraître le 6 janvier prochain. Je ne suis pas un héros, c’est le titre de son ouvrage édité chez Flammarion. «On me connaît pour ce que j’ai fait le 9 janvier 2015, mais pas d’où je viens, ni qui je suis vraiment. J’avais envie de raconter mon parcours. De mon enfance au Mali jusqu’à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes en passant par mes galères à mon arrivée à Paris».

Il y a tout juste un an, la France découvrait son visage, celui d’un «héros national». Le 9 janvier 2015, le jeune Malien de 25 ans dit avoir caché des otages d’Amedy Coulibaly dans une chambre froide du magasin de Vincennes avant de parvenir à s’enfuir et aider la police à préparer l’intervention du Raid. Sans papier, vivant en France depuis 2006, le jeune homme s’est retrouvé, sans le vouloir, entraîné dans un tourbillon politico-médiatique.

De Washington à Cleveland

En l’espace de quelques mois, il a obtenu la nationalité française, rencontré François Hollande, Barack Obama et beaucoup voyagé. Interviews, cérémonies d’hommage, invitations officielles à l’étranger… Il est plusieurs fois invité aux États-Unis (Washington, New York, Cleveland…) et célébré au Mali, où il retrouve sa famille durant quelques semaines. À chaque fois, les questions sont les mêmes: «Comment vous, musulman, avez-vous pu sauver des juifs?», «qu’est-ce que ça fait d’être un héros?».

Pour le jeune homme, son geste n’avait rien d’héroïque. Il n’a cessé de le répéter au fil des mois. «Ce que j’ai fait, c’est naturellement que je l’ai fait. Je ne me suis pas demandé si c’étaient des chrétiens ou des juifs. Pour moi, c’étaient juste des clients et des otages en danger. Je regrette seulement de ne pas les avoir tous sauvés», déclare-t-il lors d’une cérémonie organisée en mars dernier à Los Angeles par le centre Simon Wisenthal, organisation internationale juive qui lutte contre le racisme et le terrorisme à travers le monde. Il y recevra la médaille du courage.

Difficile d’être un «héros»

Tout n’a pas été facile durant ces mois de gloire. «Certes, j’ai connu des moments très agréables (…) Mais très durs aussi. Je n’étais pas préparé à telles situations. Être ovationné à Paris, Bamako, Washington, New York… n’est en rien aisé. Et subitement, j’étais amené à me poser de nombreuses questions. Est-ce que je mérite toutes ces louanges?», s’interroge-t-il dans son livre. Il se souvient aussi des critiques.

Dans un article publié dans Libération en juin dernier, des otages qui se trouvaient au sous-sol de l’Hyper Cacher remettent en question le rôle joué par Lassana Bathily.

«Effectivement», il «nous a proposé de nous sauver», raconte alors Jean-Luc. «Mais il n’a pas pu nous sauver, puisque nous avons tous refusé. Dehors, il a aidé la police. Les médias et les officiels ont voulu enjoliver le tableau, ajoutant qu’il nous aurait fait descendre, cachés, etc. Ce n’est pas vrai, mais ce n’est pas de la faute de Lassana. À ce moment-là, la France avait besoin d’un héros».

Interrogé à ce sujet, le jeune Franco-malien répond que ces propos lui ont «fait mal au cœur». Il en parle aussi dans son livre: «Certains ont prétendu que mon rôle à l’Hyper Cacher s’est limité à sauver ma peau. Des paroles qui m’ont dérangé et attristé. Les personnes présentes au cours de l’attaque et les policiers que j’avais renseignés une fois sorti, eux, peuvent témoigner», rétorque-t-il.

Déçu par l’Hyper Cacher

Une fois passés les polémiques et les honneurs, ses proches finissent par lui conseiller de se mettre en retrait. «D’après eux, je me mettais en danger en m’exposant de la sorte (…) j’ai suivi leurs conseils». Lassana Bathily reprend alors sa place «d’homme ordinaire» et repart travailler. Au lendemain de la prise d’otages, plusieurs entreprises lui ont proposé un emploi, dont Air France et la mairie de Paris. «Mais je ne me voyais pas changer d’employeur», explique-t-il.

L’Hyper Cacher lui propose de reprendre le même poste qu’il occupait. Une déception. «Selon les membres [de la direction], il n’y avait aucune raison de me faire une offre plus intéressante dans un autre point de vente de la chaîne par exemple. Je me suis senti insulté», témoigne le jeune homme titulaire de deux CAP peinture et carrelage. «N’avoir pour toute perspective qu’un poste de manutentionnaire, comme avant, m’a paru inacceptable (…) Certains ont raconté que j’étais effrayé de retravailler à l’Hyper Cacher. Mais ce n’est pas une question de peur. Dans la vie, il faut progresser».

Aujourd’hui, Lassana Bathily a retrouvé une vie plus paisible. Il vit dans le XIe arrondissement et travaille pour la mairie de Paris en tant que technicien «dans l’évènementiel»: il monte les «sonos» les jours de match ou installe «les lumières» lors de conférences de presse.

Ces six derniers mois, il a également suivi des cours de français. «Mon entourage me dit que j’ai progressé. Je suis content car c’est important pour moi de bien parler». Mi-décembre, il a obtenu sa carte d’identité, une «grande fierté» pour lui. «Je l’ai toujours sur moi et en plus, elle est valable jusqu’en 2030», fait-il remarquer en la sortant de son sac.

«Ça m’a fait revivre l’attaque de janvier»

Que va-t-il faire maintenant? «On ne peut pas dire qu’on est Français et ne rien faire après», s’amuse le jeune homme. «Maintenant que mon livre est terminé, je vais m’occuper de mon association». Le jeune homme compte développer des projets d’aide au développement pour son village au Mali et aider les jeunes des quartiers défavorisés en France. «Je trouve qu’on parle beaucoup trop de religion et qu’on fait beaucoup de polémiques. Pour moi, la religion est une question de vie privée. On ferait mieux de trouver des solutions pour mieux vivre ensemble».

Pour l’heure, l’association a déjà un site Internet mais n’est pas encore active. Elle devrait être sur pied dans les mois à venir.

Le vendredi 13 novembre au soir, Lassana Bathily se trouvait à quelques mètres du Bataclan. «J’étais vers la place de la République avec des amis. Quand j’ai entendu les premiers tirs, j’ai cru que c’étaient des pétards et puis j’ai compris».

Rapidement, il trouve refuge dans un bar où il restera «coincé» jusqu’à 5h du matin. «Cette nuit était dramatique. Ça m’a fait revivre l’attaque de janvier». Il pense alors aux victimes. «Je veux leur dire qu’il faut savoir rester debout, être solidaire et ne pas rester seul. C’est important de sortir, d’être entouré et de continuer comme avant. Moi aussi j’avais peur au début, et puis je suis sorti de chez moi et j’ai continué à vivre. C’est ça qui m’a aidé».

Mardi, il s’est rendu devant le magasin Hyper Cacher où une plaque commémorative a été apposée en présence du président François Hollande, du premier ministre Manuel Valls et de la maire de Paris, Anne Hidalgo.

LASSANA BATHILY NE SE PREND PAS POUR UN HÉROS

Paris Match le 06 janvier 2016 PAR EMILIE BLACHERE

 2016-01-06 Dans Paris Match (1)

Devant le palais du Luxembourg, le 22 décembre. Au Mali, où Lassana est né, son ethnie est celle des rois.© Virginie Clavières

Devenu Français, le jeune Malien de l’Hyper cacher est aujourd’hui un symbole mais ne parle qu’avec son cœur.

Il est longtemps resté invisible. Un jeune travailleur malien sans ­papiers, comme des milliers d’autres. « Je ­revois encore l’une des employées d’un magasin Hyper Cacher qui, jusque-là, ne m’avait jamais adressé la parole. J’avais même l’impression qu’elle ne me voyait pas. Eh bien ! le ­dimanche qui a suivi l’attaque, quand je suis entré au siège de l’entreprise, tout le monde m’a applaudi. Et cette femme est venue me faire une bise, nous raconte-t-il avant d’ajouter, songeur : Comme la vie peut changer ! »

Trois plaques pour ne jamais oublier

L’histoire de Lassana, 25 ans, commence à 6 700 kilomètres de la porte de Vincennes, dans un minuscule village sans eau potable ni électricité, au bout d’un chemin défoncé en terre battue : Samba Dramané, au nord-ouest de Bamako, au Mali. Soixante habitants – le triple de vaches et de chèvres – se partagent cette chaudière africaine où les températures frôlent parfois les 50 °C.

Lassana est un Soninké. Il appartient à l’ethnie des grands cultivateurs qui ont fondé, il y a plus de huit cents ans, un royaume étendu sur le Mali et le Sénégal  actuels : le ­Gadiaga.

A l’époque, les ­Bathily en étaient les rois. C’est dire que, pour ses concitoyens, Lassana est de la plus haute noblesse. Quand un ­Bathily s’installe dans un village, il en ­devient le chef. Gaye, le père de Lassana, est celui de Samba ­Dramané. Il nourrit les siens, ­finance les mariages et les enterrements. Lassana le connaît à peine. « Il travaillait à Paris. Il faisait les ménages dans les ­locaux des grandes entreprises. C’est ma mère, Awa, qui m’a éduqué. »

2016-01-06 Dans Paris Match (3)

Le 22 décembre, dans un café. Les attentats de novembre ont rouvert des plaies à peine cicatrisées.Virginie Clavières

A 14 ans, Lassana quitte l’école et part à Dakar, première étape vers Paris et son père absent. C’est un jeune homme débrouillard, intelligent. Il a déjà son sourire gracieux, ses traits délicats. Et cette sensibilité qui le rend si touchant. On pourrait le croire fragile et chétif, il est tout l’inverse : robuste et solide. Lassana débarque seul à l’aéroport de Bâle-­Mulhouse, le 10 mars 2006, à 19 h 30. Il a 16 ans et quelques euros en poche.

« Pour mes proches et ma famille, venir chez vous, c’est devenir un homme avec de grandes responsabilités : envoyer de l’argent et faire vivre le village. » Emerveillé, toujours enthousiaste, Lassana découvre Paris, « une ville grande et jolie », les Champs-Elysées, le métro… Et déchante.

La réalité est laborieuse, le quotidien, bien rude. Le jour, il jongle avec les titres de séjour et les boulots d’intérim sous-payés. La nuit, il dort dans le foyer des Epinettes, rue Saint-Just, dans le XVIIe arrondissement, avec son oncle et un cousin. « J’étais épouvanté, c’était sale, grouillant de cafards. Les chambres étaient très petites. »

Ses rêves d’éducateur scolaire s’envolent, mais il s’obstine, son courage et sa maturité impressionnent ses professeurs. En quelques années, il décroche deux ­diplômes (CAP carrelage et CAP peinture), apprend le français, intègre une équipe de football et déniche un parrain républicain, Denis, ingénieur du son et militant à la Ligue des droits de l’homme.

Enfin, en avril 2011, l’administration lui délivre son titre de séjour provisoire de trois mois, renouvelable. Un soulagement ! Il peut signer son premier contrat : magasinier de l’Hyper Cacher de la porte de la Villette, en 2012, puis un second, en avril 2014, dans un autre établissement de la même enseigne, porte de Vincennes.

Le 9 janvier 2015, à 12 h 45, Amedy Coulibaly pénètre dans l’Hyper Cacher. Il assassine quatre personnes et prend les autres en otages. Le hasard veut que lui aussi soit d’origine malienne. Sa famille habite un village proche de celui de ­Lassana. Ils auraient pu se connaître. Ils ne se rencontreront jamais.

« J’étais au sous-sol, je rangeais les marchandises. La première détonation fut terrible. J’avais déjà entendu des fusils de chasse, mais jamais des armes de guerre. Mais quand les déflagrations ont continué, j’ai compris. Un groupe de clients terrifiés est descendu par l’escalier métallique en colimaçon. Ils ont renversé une palette de bouteilles de vin, et le sol est devenu rouge… »

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. Invité du président Hollande, le 21 octobre à l’Elysée. Un an plus tôt, Lassana peinait à faire renouveler son titre de séjour.© Laurent BLEVENNEC / Présidence de la République

Lassana entend les hurlements, la voix du terroriste dont il ne prononcera jamais, devant nous, le nom. « Je pensais à ma mère. Elle m’a toujours appris à garder mon sang-froid. Mais j’ai cru que c’était fini, qu’il allait descendre et que j’allais mourir. »

Pendant vingt minutes, Lassana appelle au calme, au silence. Il met les clients, dont un nourrisson, à l’abri dans des chambres réfrigérées, coupe les moteurs et décide de s’échapper par la sortie de secours. Personne ne veut le suivre, alors il grimpe seul par le monte-charge. Six secondes pour se hisser au rez-de-chaussée. « Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Jamais mon cœur n’a battu aussi fort ! »

Lassana sort en courant. Il est aussitôt menotté par le Raid qui ne sait pas encore de quel côté il se trouve… Il leur fournira le trousseau de clés du magasin et des informations précieuses sur sa configuration, qui aideront à préparer l’assaut final et à éviter un carnage.

Sur les quatre morts, il peut mettre un visage. Mais il n’en connaissait qu’un, son camarade Yohan, le jeune vendeur qui, tentant de protéger les clients, a été tué en premier par Amedy Coulibaly.

Aujourd’hui, la mère de Lassana, Awa, est très fière. Le monde entier célèbre son fils comme un héros, mais le jeune Malien n’est pas d’accord : « Le vrai héros est celui qui combat pour la paix, répète-t-il. On me demande souvent pourquoi, en tant que musulman, j’ai sauvé des juifs. J’ai aidé des hommes et des femmes, j’ai caché des êtres humains qui faisaient leurs courses. Mon cœur a parlé et j’ai réagi. Je me serais bien passé de cette épreuve, mais je n’ai pas eu le choix. Malgré moi, désormais, je suis un symbole. J’agis en conséquence. Faire attention à ce que je fais, à ce que je dis. »

Son quotidien est bouleversé. On lui demande ce qu’il pense de « Charlie Hebdo », de la religion, de Daech… Lassana n’aime pas donner son avis, ce n’est pas dans son éducation, mais il tient à nous dire une chose : « Les représentants de l’islam doivent dénoncer les actes des terroristes. Je ne comprends pas leur ­silence. S’ils ne font rien, alors qui le fera ? C’est grave, cela m’inquiète beaucoup. »

2016-01-06 Dans Paris Match (2)

Le 16 janvier, quelques jours après la prise d’otages, le secrétaire d’Etat américain John Kerry tient à le saluer en personne.© JOEL SAGET / AFP

Depuis un an, il est happé par un tourbillon. François Hollande l’a invité à défiler à ses côtés le 11 janvier 2015. John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, l’a félicité. Et, dans un discours, Barack Obama l’a cité en exemple !

Des maisons de haute couture lui ont offert des costumes sur mesure, de grandes entreprises lui ont proposé des contrats. Lassana a accepté un emploi à la mairie de Paris et a créé une association pour son village (lassana-bathily.org). Puis il a voyagé, en première classe désormais, de Bamako à Washington, New York, Cleveland, Los Angeles, Munich, invité par des organisations internationales juives et musulmanes, des écoles, des lycées et des universités…

On lui a remis des prix d’honneur, des médailles du courage. Lui qui n’avait connu que les foyers vétustes et insalubres dort désormais dans des hôtels de luxe. Il a même reçu les hommages de la police de New York City, une bénédiction apostolique du pape François et la reconnaissance à vie de Benyamin ­Netanyahou.

Chez lui, il est célèbre, il a été membre du jury à l’élection de Miss Mali 2016… Et le président Ibrahim Boubacar Keïta l’a remercié d’avoir « ramassé le drapeau du Mali que Coulibaly avait laissé à terre ».

Lassana est encore ému par ses paroles. « J’ai passé des moments extraordinaires, mais l’un des plus beaux est ma naturalisation, le 20 janvier 2015. J’ai un passeport français, maintenant ! » Lassana Bathily a mis plusieurs ­semaines à retrouver le sommeil. Il allait mieux, mais les événements du 13 novembre ont rouvert les plaies. Car il était à côté du Bataclan ce soir-là…

Depuis trois mois, il habite dans un logement HLM du XIe arrondissement. « J’ai vu la file d’attente, j’ai entendu les coups de feu. J’ai dû rester caché jusqu’à 5 heures du matin dans un bar… C’est comme après le 9 janvier, parfois j’ai l’impression d’être suivi. »

Aujourd’hui, Lassana rêve de ­retrouver sa place d’homme ordinaire. « Je sais que ma vie ne peut plus être comme avant. C’est le destin. Mais je suis quelqu’un de normal. J’ai les mêmes amis, je continue à prendre les transports en commun, je ne suis pas plus riche. Je suis juste Lassana. »

«Je ne suis pas un héros», par Lassana Bathily, éd. Flammarion.

Attaque de l’hyper casher de Paris : Lassana Bathily publie un livre

Avec Tamani – Par L’Indicateur du Renouveau – 6 Jan 2016

Un an après l’attaque meurtrière d’Amédy Coulibaly le 9 janvier 2015 à l’Hyper Casher de Paris, Lassana Bathily publie un livre ce mercredi dans lequel il revient sur les événements tragiques qu’il a vécus et qui ont bouleversé sa vie.

Lassana Bathily était parti du Mali à 16 ans pour tenter sa chance à Paris. Sans-papiers, il avait pris l’habitude de fuir les contrôles de police. Employé à l’Hyper Casher, ce vendredi, à quelques minutes de la fin de son service, Lassana Bathily, manutentionnaire, rangeait des cartons de surgelés au sous-sol du supermarché, quand il entend des tirs et voit une quinzaine de personnes se précipiter pour échapper au premier étage à un jihadiste, Amédy Coulibaly. Ce dernier avait pris en otage des clients et ordonné à une caissière d’aller chercher ceux restés en bas.

Une partie remonte, l’autre refuse. Lassana Bathily leur propose d’utiliser le monte-charges pour gagner l’issue de secours. Lassana Bathily, âgé aujourd’hui de 25 ans, est devenu depuis un an le « héros » de la prise d’otage.

François Hollande l’a qualifié de son « français préféré » en le recevant à l’Élysée. Naturalisé, il a été reçu par le Président IBK. Aujourd’hui employé à la Mairie de Paris, Lassana Bathily a quitté son foyer pour un appartement. Le tourbillon médiatique s’est estompé. Lassana Bathily, dans son livre dit ne pas avoir peur d’éventuelles représailles. Il poursuit ses cours de français et a créé une association humanitaire à son nom. « Il faut qu’on soit solidaires, qu’on reste unis », confie-t-il- modestement.

Selon Lassana Bathily, le livre qu’il vient de signer vise a sensibiliser les jeunes africains à « rester en Afrique et à ne pas risquer leur vie » pour venir en France, car selon lui « tout n’est pas en Europe ».

Joint au téléphone par Sékou Gadjigo Lassana Bathily a confié que « depuis l’attaque, il y a beaucoup de gens qui m’ont dit de faire un livre. Parce que ça peut intéresser beaucoup de personnes. Il y a beaucoup de choses que je raconte sur tout mon parcours, depuis le Mali. Souvent, il y a beaucoup de personnes qui posent des questions sur l’immigration, comment on est venu en France et comment on vit ici. C’est quoi notre situation, et que faut-il faire pour avancer dans la situation française. C’est ça que j’explique dans mon livre pour donner des explications. Parce qu’en Afrique, il y a beaucoup de personnes qui prennent des bateaux pour venir en Europe par curiosité et à cause de nous les immigrants. Parce que quand on retourne en Afrique, la manière dont nous nous comportons avec les enfants. C’est ce qui les motive à vouloir venir ».

Bathily  a raconté que « Depuis l’attaque de janvier, j’ai fait beaucoup de voyages. Après l’attaque, la Maire de Paris m’a contactée pour venir travailler à la mairie et actuellement je travaille avec elle. Et en même temps, j’ai eu une promotion. Et j’ai aussi déménagé toujours à Paris ».

 Après l’Hyper Cacher, la nouvelle vie de Lassana Bathily, sans-papiers malien devenu « héros »

Publié le lundi 4 janvier 2016  |  AFP

Paris – Jadis sans-papiers malien fuyant les contrôles de police, Lassana Bathily, 25 ans, est depuis un an le « héros » de l’Hyper Cacher, devant qui on déroule le tapis rouge. Une nouvelle vie qu’il raconte dans un livre publié mercredi.

« Ah, voilà mon Français préféré ! » C’est en ces mots que François Hollande a accueilli à l’Elysée un Lassana Bathily plutôt gêné, le 25 janvier 2015.

« Je ne suis pas un héros« , proteste depuis le jeune homme au regard doux, en écho au titre de son livre publié par les éditions Flammarion un an presque jour pour jour après l’attaque.

C’était un vendredi, à quelques minutes de la fin de son service. Lassana Bathily, manutentionnaire, rangeait des cartons de surgelés au sous-sol du supermarché casher, quand il entend des tirs et voit une quinzaine de personnes débouler.

En haut, un jihadiste, Amédy Coulibaly, a pris en otage des clients et ordonne à une caissière d’aller chercher ceux restés en bas. Une partie remonte, l’autre refuse. Lassana Bathily leur propose d’utiliser le monte-charge pour gagner l’issue de secours.

Personne n’ose le suivre. Alors Lassana Bathily éteint la lumière et le moteur du congélateur où se réfugie le groupe. Et prend seul le monte-charge.

« Mon coeur battait si fort que j’avais peur qu’on l’entende« . Il parvient à s’enfuir et aidera la police, en dessinant les plans du magasin.

Le soir, il est interviewé par une équipe de télévision puis rejoint son foyer de jeunes travailleurs. « Le matin je me suis connecté sur Facebook, 800 personnes m’avaient rajouté comme ami. Mon téléphone n’arrêtait pas de sonner. Je me suis dit: Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? »

Son pote Yohan –

Quelques jours plus tard, flottant dans un costume neuf, il obtient la nationalité française dont il rêvait « depuis (son) enfance« . Puis rentre auréolé de gloire au Mali, d’où il était parti à 16 ans pour tenter sa chance à Paris.

 

Le président Ibrahim Boubacar Keïta félicite son compatriote: tandis qu’Amédy Coulibaly, aussi d’origine malienne, avait « jeté le drapeau malien par terre, tu l’as redressé« .

Depuis, le « blédard » a multiplié voyages et distinctions.

Le monde entier encense ce jeune musulman au fin collier de barbe qui avait l’habitude de prier dans le sous-sol de l’Hyper Cacher et y a ce jour-là sauvé des juifs.

Certains otages grincent des dents. « A aucun moment, au sous-sol, je n’ai vu Lassana Bathily accomplir un acte héroïque« , écrit Yohann Dorai, expliquant avoir lui-même coupé les fils du moteur du congélateur où il était réfugié. Yohann Dorai dédie son livre, « Hyper Caché » (Ed. du Moment), à Yohav Hattab, étudiant de 22 ans tué par Coulibaly en tentant de s’emparer d’une de ses armes. Pour le parrain républicain du jeune Malien,

Denis Mercier, qui le suit depuis le lycée, « Lassi » n’est pas un héros mais « un gamin de 25 ans qui a fait un truc bien et tant mieux« .

Le 9 janvier, Lassana Bathily a perdu son « pote » et collègue Yohan Cohen, qu’il appelait « Boss-Boss », tué comme trois autres personnes par Coulibaly. Deux jours plus tard, il apprenait aussi le décès de son petit frère de 19 ans, Boubakar, malade depuis longtemps.

Le tourbillon médiatique s’est estompé, Lassana Bathily a quitté son foyer de jeunes travailleurs pour un logement social et abandonné son job à l’Hyper Cacher pour un emploi à la mairie de Paris.

Mais quelques mois plus tard, la mort s’est rappelée à son souvenir. Le soir du 13 novembre, « je n’étais pas loin du Bataclan« . Comprenant que les attentats recommençaient, « j’ai couru, comme tout le monde« . Le vendredi suivant, une autre attaque frappait l’hôtel Radisson Blu de Bamako, où il avait séjourné.

Son parrain républicain redoute parfois « qu’il soit pris pour cible, que les terroristes se disent : le petit héros musulman, on va lui faire sa fête ! ». Lassana Bathily, lui, n’a « pas peur ». Il poursuit ses cours de français et a créé une association humanitaire à son nom. « Il faut qu’on soit solidaires, qu’on reste unis« .

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