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« Qui a eu la peau de D. Tessougué ? »

by sur 7 janvier 2016

 

Mis à jour vendredi 8 janvier 2015 à 16h40

Ce titre ne vous rappelle rien ?

Revenez donc quelques publications en arrière dans cette revue de presse et vous le retrouverez facilement.

Cette fois il est employé par Mondafrique qui a rencontré le procureur général brutalement démis de ses fonctions par le président de la République. Il assume totalement ses propos et ses mises en garde contre l’islam radical et la corruption.

Rappel, dans cette interview,  des différentes occasions où il a eu à défendre l’indépendance de la Justice face au pouvoir politique.

Comment l’imam Dicko dicte sa loi au Mali

Par Mondafrique – Date: 07 Janvier 2016 

Incontournable figure religieuse au Mali, le charismatique président du Haut Conseil islamique (HCI), Mahmoud Dicko, a une fois de plus fait la démonstration de son influence sur le pouvoir politique de son pays.

Dernière victime collatérale en date, le magistrat Daniel Tessougué, limogé de son poste de procureur général après avoir accusé l’imam de faire l’apologie du terrorisme.

Magistrat déchu

Pour rappel, le président du HCI avait déclaré publiquement que l’attentat perpétré en novembre dernier contre l’hôtel Radisson Blu de Bamako était le résultat de la colère divine. « C’est un message de Dieu que les maîtres du monde, qui sont en train de faire la promotion de l’homosexualité, doivent comprendre. On ne s’en prend pas à Dieu en toute impunité. » Des propos jugés intolérables par le procureur général désormais déchu.

Certes, Daniel Tessougué était depuis longtemps dans le collimateur des autorités qu’il a plusieurs fois accusées de s’immiscer dans les affaires judiciaires. Mais en s’attaquant au plus haut responsable religieux du pays, fervent soutien de l’actuel président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) lors de sa campagne présidentielle, Daniel Tessougué a franchi la ligne rouge.

Et qu’importe si les propos de Mahmoud Dicko en contradiction avec les conventions internationales signées par le Mali tombent effectivement sous le coup de la loi pénale. Dans l’équation du pouvoir malien, le leader religieux capable de rassembler les foules en masse, pèse bien plus qu’un homme de loi.

Influence politique

Originaire de Tombouctou, se réclamant du wahhabisme et formé en partie en Arabie saoudite, Mahmoud Dicko a maintes fois porté ses prescriptions religieuses dans le champ politique. En janvier 2012, quelques jours avant le début de la rébellion au Nord Mali, il s’était notamment exprimé en faveur d’une République islamique, comme l’avait expliqué dans « le Monde » l’anthropologue Gilles Holder.

Plus tard, lorsque le Nord Mali tentait de proclamer son indépendance, il envoyait ses proches apporter provisions et médicaments aux rebelles. Sa tentative de mener lui-même une médiation avec les groupes armés qui occupaient alors le septentrion lui valu finalement d’être soupçonné de faire le jeu des terroristes.

Bien avant cela, en 2009, le HCI sous sa tutelle avait obtenu le renvoi en deuxième lecture du Code de la famille adopté par l’Assemblée nationale, à travers l’organisation de manifestations de masse. 50 000 personnes s’étaient réunies dans l’un des stades de la capitale pour protester contre le texte qui accordait davantage de droits aux femmes.

Aujourd’hui, le débat soulevé par le limogeage de Daniel Tessougué dépasse largement le seul cas de l’Imam Dicko. Le choix d’évincer l’ex-procureur de la cour d’Appel de Bamako envoie un signal brouillé de la détermination des autorités politiques maliennes à lutter contre l’islam radical qui sert souvent de terreau au terrorisme. Il porte un sérieux préjudice au président IBK que la France avait soutenu lors de son accession au pouvoir en 2013.

Mali : qui a eu la peau de Daniel Tessougué ?

Par Mondafrique – 6 janvier 2015

Daniel Tessougue

Evincé brutalement par le président Ibrahim Boubacar Keita (IBK) de son poste de Procureur général près la Cour d’Appel de Bamako, Daniel Tessougué assume totalement ses propos contre l’imam Mahmoud Dicko. Au nom de la loi et de la république.

C’est un paradoxe sur lequel le président malien IBK devra un jour s’expliquer : Daniel Tessougué, Procureur général près la Cour d’Appel de Bamako, a été brutalement débarqué de son poste pour avoir fait son travail. Rien que son travail et tout son travail. Profitant de l’ouverture de la Cour d’assises, il avait estimé que les propos tenus le 29 novembre 2015 par le Haut Conseil islamique Mahmoud Dicko dans lesquels il estimait que les attentats de Paris, Tunis et Bamako était le résultat de la colère divine tombait sous le coup de la loi.

« C’est un fait indéniable que les propos-là tenus relevaient de l’apologie du terrorisme, en vertu des conventions internationales que le Mali a signées. Mon devoir est de rappeler la loi pénale. Et tant que j’étais à mon poste, je ne pouvais pas déroger à mon devoir de veille », a assuré à Mondafrique M. Tessougué, d’une voix calme et posée, qui a toujours fait sa marque de fabrique.

Le cas Amadou Koufa

En réalité, ce n’est pas la première fois que l’ancien Procureur général croise le fer avec le président IBK. Il s’était en effet publiquement opposé à la décision présidentielle de lever en novembre 2013 les mandats d’arrêts délivrés contre un chef rebelle du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et 3 autres dirigeants du Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA).

Tessougué avait en outre eu maille à partir avec l’Exécutif dans l’instruction de la disparition des « bérets rouges », militaires rivaux au général Sanogo qui avait alors refusé de répondre à plusieurs convocations sans que le président IBK, son ministre de la Défense et celui de la justice aient eu à souffler mot.

« J’ai toujours agi conformément à la loi qui est ma seule boussole. Vous savez, l’application stricte de la loi pénale dérange toujours ceux qui veulent prendre des raccourcis. Moi, j’ai un devoir de loyauté non pas envers un homme mais envers la loi et la république » martèle ce Malien, né dans le pays Dogon avant de poursuivre une brillante carrière dans la magistrature.

Pour lui, l’enjeu dans ce débat dépasse largement le seul cas de l’Imam Dicko mais pose en toile de fond la stratégie malienne dans la gestion de l’islam radical et de la lutte contre le terrorisme.

« Le pouvoir a manqué de réagir fermement lorsque Amadou Koufa avait commencé à tenir ses prêches enflammées et son discours. Résultat, ce prêcheur a fini par lancer un Mouvement de libération du Macina, un groupe terroriste. Nous devons donc faire attention et savoir mettre le holà », insiste M. Tessougué

Reconversion dans le jardinage

Ce n’est tant son éviction brutale que l’absence de forme et d’élégance qui gêne ce magistrat, réputé intransigeant sur les principes et considéré comme «le pape de la procédure pénale», discipline qu’il a enseignée pendant plus d’une décennie à l’Ecole nationale de la magistrature.

L’ancien Procureur général n’a été ni prévenu de son remplacement ni même été reçu bien plus tard par la ministre de la Justice, Garde de sceaux Aminata Sanogo Mallé.

«A ma connaissance, c’est la deuxième fois que cette situation se produit dans le pays. Un de mes prédécesseurs Ougadé Wafi Cissé avait subi le même sort sous le président Amadou Toumani Touré (ATT). Mais celui-ci s’était engagé par la suite à ce que cela ne se reproduise plus au Mali. On en est bien loin», se désole  Daniel Tessougué.

Aussitôt son éviction connue, il a vidé ses tiroirs, fait ses cartons pour attendre de passer le service à son remplaçant.

«Même si l’Etat est une continuité, je ne souhaite pas engager mon successeur à ce poste en prenant des décisions qui vont le lier. J’ai hâte qu’il vienne prendre le service. Moi, je considère que ma mission est terminée», dédramatise l’ancien étudiant en droit à l’Université de Strasbourg, dans l’est de la France.

Comme pour dire qu’il y a bien une vie après le poste de Procureur général, il ira à partir de jeudi 07 janvier 2016 assurer les enseignements de droit pénal et de droit minier en Master II à l’Université catholique d’Afrique de l’Ouest (UCAO).

« J’enseigne dans cet établissement depuis 2000. Faute de temps, j’avais renoncé à assurer les cours de droit minier en plus du droit pénal. Mais cette année, je vais m’y mettre. Le reste de mon temps, je vais le consacrer à mon autre passion : le jardinage. Je vais cultiver du piment et des courges », rappelle celui qui avait été nommé en 2012 par le chef de l’Etat intérimaire Diancounda Traoré.

La faute de IBK

Dans l’entourage du pouvoir malien, on dément tout lien entre le départ de Tessougué de son poste et ses propos du 30 novembre contre l’interférence de l’islam dans la politique et sa réplique aux déclarations tonitruantes de l’Imam Dicko.

Les mêmes milieux avancent que le remplacement de l’ancien Procureur général était prévu de longue date. Sauf que plusieurs éléments affaiblissent cet argumentaire. Parmi eux, il y d’abord le caractère extraordinaire de la réunion du Conseil supérieur de la magistrature tenu le 21 décembre 2015. Si rien n’est urgent pourquoi ne pas attendre la prochaine session ordinaire du CSM pour prendre cette décision.

De même, il est ensuite contraire aux usages qu’un magistrat à ce niveau de responsabilités soit relevé sans aucune proposition d’affection. Il semble donc plus que vraisemblance que Tessougué a été débarqué pour donner des gages à l’Imam Dicko qui fut un des plus fervents soutiens de IBK lors la présidentielle malienne de 2013.

En tout cas, le choix d’évincer l’ancien PG de la cour d’Appel de Bamako envoie un signal brouillé de la détermination des autorités de Bamako à lutter contre l’islam radical qui sert très souvent de terreau au terrorisme.

Il porte plus préjudice à IBK qu’à Daniel Tessougué.

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