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Religion, islamisme et République

by sur 16 janvier 2016

L’imbrication du politique et du religieux continue à faire couler beaucoup d’encre et de salive au Mali.

Avec les craintes que suscite l’islamisme radical pour les institutions républicaines… sur fond de guerre, désormais ouverte (et pas seulement par radios interposées), entre l’islam malékite traditionnel (incarné par Chérif Ousmane Madani Haidara) et le courant wahhabite de Mahmoud Dicko, président du Haut Conseil Islamique du Mali.

En un mot : Guerre confessionnelle

Par Dramane Aliou Koné – L’Indicateur du Renouveau – 14 Jan 2016

C’est une guerre des ondes que se livrent des leaders de confessions religieuses musulmanes par personnes interposées. Depuis quelques jours, sur les radios Niéta et FR3, radicaux et modérés se livrent à un spectacle digne d’un clash à l’américaine.

Si à la Radio Niéta, les radicaux, proches de l’imam Mahmoud Dicko, se fondent sur des déclarations osées, sur FR3, les partisans du guide d’Ansardine, Ousmane Madani Haïdara apportent une réplique cinglante. Des deux côtés, les commentaires tendent à une veillée d’armes avant la grande confrontation entre dignitaires religieux.

Dans cette escalade verbale, tous les coups semblent permis et chaque camp mise sur l’aura de son leader pour accuser l’autre de tous les péchés d’Israël.

Une situation qui rappelle bien les mises en garde en son temps de l’ex-procureur général Daniel Téssougué à propos des prêches du prédicateur radical Hamadou Kouffa. Hélas !

Après le prêche d’un imam qui a critiqué leur guide: Des partisans de Cherif Madani Haidara appellent à ‘’tabasser’’ toute personne qui oserait encore le critiquer

Par Modibo Dolo – Tjikan – 15 janvier 2016

Le Mali est aujourd’hui sur une pente glissante avec les religieux qui sont trop présents sur la scène politique, mettant en péril la laïcité et le vivre ensemble malgré les différences d’opinions et de confessions.

A coté de cette cette situation, ce sont des coreligionnaires qui se livrent en spectacle. Il s’agit d’un prêcheur de Sébénikoro qui a critiqué le guide d’Ancar Dine Cherif Ousmane Madani Haidara lors d’un de ses prêches.

La réaction de ses partisans ne s’est pas fait attendre car ils sont montés au créneau pour demander de ‘’tabasser’’ toute personne qui oserait encore s’en prendre à leur guide religieux. Le comble est que c’est une radio de la place qui a prêté ses antennes à ce règlement de compte ‘’religieux’’.

Cette situation est perçue par nombre de personnes comme une bombe à retardement face à laquelle, les autorités du pays se doivent d’être vigilantes pour anticiper sur d’éventuellement débordement.

En effet, le lundi 11 janvier dernier, pendant pratiquement toute la soirée, des partisans de Cherif Ousmane Madani Haidara étaient à la radio la ‘’Voix du Citoyen’’ pour manifester leur mécontentement après le prêche d’un imam de Sébenicoro qui a critiqué l’organisation de la fête de Maouloud par la communauté des « Ançar dine ».

En réponse à ces critiques formulées contre leur guide spirituel et diffusés par une autre radio locale (Radio Nièta), les partisans de Cherif Ousmane Madani Haidara ont profité d’une émission radiophonique pour appeler à ‘’tabasser toute personne qui critiquerait encore leur guide’’.

Cette émission qui avait tout d’un règlement de compte a été suivie par des milliers d’auditeurs. Elle a été marquée par des injures graves et de nombreux propos mal placés à l’endroit de ceux qu’ils accusent d’avoir critiqué leur guide, qui, à leurs yeux ne doit pas être critiqué pour ce qu’il fait.

Les partisans de Haidara ont promis de solder leur compte à toute personne qui oserait s’en prendre à leur guide, sans distinction, percheurs comme journalistes.

La nécessité d’encadrer les radios d’obédience religieuse

Cette situation relance encore le débat sur la nécessité d’encadrer les débats et les messages diffusés par certaines radios d’obédience religieuse. Des messages qui ne sont pas de nature à promouvoir la paix et la cohésion sociale tant souhaitée par les populations, surtout après la crise politico-sécuritaire que le pays vient de traverser.

Certaines radios dont nous tairons les noms ont la réputation de toujours mettre de l’huile sur le feu. C’est le cas d’une radio, qui, il y a seulement quelques jours, disait lors d’une de ses émissions que la décision de la CEDEAO d’interdire certains accoutrements à cause de la menace terroriste est une guerre contre la religion musulmane.

Dans certains pays, un tel message de la part d’une radio susciterait des sanctions ou des mises en demeure. Mais cette radio, comme si de rien n’était, continue de livrer au quotidien des messages incendiaires, mettant sérieusement en péril la paix précaire.

Dans le but de nous rassurer davantage, nous sommes rentrés en contact avec le Directeur de la dite radio (Voix du Citoyen) qui nous a laissé entendre qu’il était bien au courant de l’émission et qu’il n’a constaté aucune anomalie malgré l’appel à la violence des partisans de Haidara et les messages de haine qui s’invitaient dans le débat. Que Dieu sauve le Mali. Amen !

Mali : LE MALI ET LE PERIL ISLAMIQUE.

14 janvier 2016 Makan DIALLO – Docteur en Droit – Avocat inscrit aux Barreaux de Paris et du Mali.

Il est des sujets qui fâchent. Parler de l’islam aujourd’hui au Mali  ou se permettre la moindre allusion critique n’est pas sans risque. L’islam, cette belle religion de tolérance et de paix défraie la chronique et pas souvent dans le sens souhaité.

Aujourd’hui un peu partout dans le monde, nous assistons impuissants, à une forme d’intégrisme et de radicalisation dans la pratique de l’islam. Il faut le dire, le problème n’est pas l’islam en tant que tel, mais cette forme d’extrémisme qui représente à la fois une véritable menace et un vrai défi à la communauté des hommes. Le phénomène inquiète.

Le péril islamique est une réalité épousant çà et là diverses formes : violences, intimidations, menaces, terrorisme, guerres etc.

Le Mali, pour sa part, a subi en 2012 une invasion djihadiste dans sa partie nord. Un épisode dramatique qui a ému toute la communauté internationale et restera certainement une des périodes les plus sombres de son existence. Certes, les envahisseurs ont été mis hors d’état de nuire, le pays n’est plus occupé, on ne coupe plus de mains, on ne fouette plus, on ne lapide plus et les populations ne sont plus embastillées etc. Mais le Mali a-t-il pour autant fini avec l’islamisme ? Pas sûr avec ce qui se passe entre nous  Maliens au Mali.

Ne sommes-nous pas entrain de glisser lentement mais surement vers un dictat de l’islam malgré la forme laïque et républicaine de l’Etat du Mal i? Un pays à forte majorité musulmane mais qui consacre dans sa loi fondamentale la laïcité, c’est-à-dire le principe de séparation entre l’Etat et la religion et donc l’impartialité ou la neutralité de l’Etat à l’égard des confessions religieuses. Ce principe est mis à mal aujourd’hui au Mali avec un islamisme rampant qui sape dangereusement les fondements de la république.

Un Etat entre compromissions et faiblesse

Les musulmans ne s’en cachent plus et le disent à qui veut l’entendre que l’actuel président leur doit en partie son pouvoir. Ce qui n’est pas totalement faux pour ceux qui ont suivi le processus électoral de 2013. La course effrénée aux voix était telle que, les différents candidats ne reculaient devant rien. Ils investissent les mosquées, ils courtisent les leaders religieux, les associations islamiques, ayant compris que ces lobbys constituent un véritable vivier électoral bon marché. Les musulmans étaient ouvertement dragués et ont pris une part active dans la campagne.

C’est un secret de polichinelle, IBK était le candidat des musulmans et il fut élu haut les mains, comme pour dire que ces derniers  ont du monde derrière et sont des faiseurs de roi.  Conscients de leur force de frappe et auréolés de la victoire de leur candidat, les musulmans et surtout leurs leaders n’hésitent plus à occuper l’espace public, font entendre leur voix à tout bout de champ sans se départir de leur manteau  de religieux au grand dam de la constitution. La porte qui était entrouverte un moment donné (le régime précédent flirtait également avec les religieux musulmans) se trouve  à présent défoncée et on s’engouffre sans gêne aucune !

A présent doit-on en vouloir aux musulmans qui ont toujours servi aux politiques ?  Leur compagnonnage égoïste et malsain est un coup sérieux à la république. Il est connu que la religion et la politique ne font pas bon ménage. L’Etat du Mali est faible aujourd’hui. Visiblement les autorités du pays sont incapables de résorber le phénomène qui est entrain de saper dangereusement les fondements de notre république. Le Malien doit « se réinventer » pour plus d’intelligence et d’harmonie dans notre vivre ensemble.

Le « yes we can » des leaders religieux

Nul doute, les musulmans ont compris qu’eux aussi sont capables. Ils sont convaincus qu’ils peuvent réussir là où ceux en qui ils ont cru à un moment donné ont lamentablement échoué ou échouent. Seulement, ce qui est inadmissible  dans leur démarche, c’est faire de la politique sous le manteau religieux. A ce niveau, les choses sont très claires. L’exercice du pouvoir ne saurait s’accommoder de la religion, 1905 est passé par là, et notre organisation socio-politique en est digne héritière.

Aujourd’hui, la confusion est totale entre politique et religion. Le jeu est assez trouble et il appartient surtout aux leaders religieux de par leur autorité morale, leur sens élevé de la république de rester en marge de la politique, de se cantonner dans leur mission sacerdotale en accompagnant par leurs propositions, leurs conseils, leurs orientations avisés l’action publique. Dans une république démocratique et laïque, la religion n’a pas sa place dans l’espace politique. Au Mali, les religieux musulmans rivalisent d’ardeur et supplantent  souvent les politiques dans leurs missions.

Le religieux doit rester dans la limite de son sacerdoce, et c’est en cela qu’il justifie tout le respect dû à son rang. La majorité des Maliens sont de confession musulmane et respectent les leaders religieux, mais il y a une ligne rouge à ne pas franchir. A ce que nous sachons, le Mali n’est pas encore une République islamique.

Les défis sont nombreux pour en rajouter davantage. Le péril islamique est là, et il faut le circonscrire pendant qu’il est encore temps au risque de voir toute cette construction humaine, sociale et solidaire que nous avons bâtie ensemble, s’écrouler lamentablement, la faute à quelques présomptueux qui n’ont pas su à un moment donné, faire taire leur ego au profit de la collectivité et du mieux vivre ensemble.

Mali : Notre devoir dans la république

A.H.- © maliactu.net – 14 janvier 2016

Le principal amalgame perceptible au Mali à propos de la démocratie est cette idée qui consiste à se croire tout permis sans être redevable de quelque manière que ce soit à l’Etat. Cette fausse vision de la démocratie est à la base de la fuite des responsabilités qui continue d’enfoncer le pays dans les tréfonds des abîmes.

Le Mali vit depuis quelques années au rythme des soubresauts politiques et sécuritaires. L’un des rares changements que cette instabilité a apporté dans son sillage est l’accentuation du sentiment nationaliste des maliens. Désormais, nous sommes de plus en plus regardant à propos de la chose publique. Cependant, cet intérêt se concentre entièrement sur la gouvernance publique dont la dénonciation des tares est devenue l’exercice patriotique phare à laquelle aucun d’entre nous n’ose se déroger.

Il est une chose de dénoncer, c’en est une autre de trouver des solutions. Mais, même encore là, ce ne sont pas les propositions qui manquent pour faire bouger les lignes. Les problèmes maliens et les pistes de sortie de crise sont quotidiennement abordés dans les médias, dans les familles et dans les grins. Ils constituent, par ailleurs, des thèmes privilégiés sur lesquelles des débats sont régulièrement organisés par les organisations de la société civile.

Certes, ces échanges aboutissent dans la plupart des cas à une unanimité sur le changement de comportement nécessaire et les principales réformes urgentes qu’il faut engager pour l’atteinte du bout du tunnel. Cependant, c’est quand il revient à chacun de se conformer à ses propres recommandations qu’il nous est très souvent donné de constater que, comme qualifiaient certains la démocratie malienne d’avant les événements de mars 2012, le patriotisme de beaucoup d’entre nous n’est que de « façade ».

Comme l’être qui s’impatiente d’entrer au paradis tout en redoutant la mort, tout le monde souhaite le changement mais personne ne veut se contraindre à plus de discipline dans son quotidien.

Les maliens qui reconnaissent, en tant que citoyen, leur responsabilité dans la descente aux enfers de leur pays ou qui accomplissent leur devoir de citoyen sans autres considérations sont une espèce en voie de disparition. Le rejet de la responsabilité sur l’autre que soi, le déni du devoir citoyen sont si répandus que même le chef de l’Etat, maître actuel du destin des maliens, n’hésite plus à s’y adonner calmement dans le confort de son palais présidentiel.

Des aînés qui ont connus les régimes autoritaires nous rappellent souvent que la perte des valeurs républicaines et la fuite des responsabilités sont venues avec l’avènement de la démocratie. Ce mode de gouvernance, loin d’être la cause, n’est qu’une victime des premiers politiciens populistes de l’ère démocratique qui ont cultivé et répandu une conception erronée de la démocratie.

Pour beaucoup de maliens, la célèbre formule « le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple » résume dans son entièreté le complexe concept de la démocratie qui, contrairement aux idées reçues, demande plus au citoyen que d’autres régimes. Cette perception erronée a largement contribué à développer la conviction générale que l’Etat doit tout au peuple sans contrepartie.

Les droits et libertés dont chacun bénéficie en démocratie ne sont pas plus essentiels que les devoirs qui s’imposent à tous devant les lois de la république. Le respect strict de la loi, même quand l’Etat faillit à nous en contraindre, est un devoir que peu d’entre nous s’exigent.

 

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