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Ousmane Sy pousse la régionalisation

by sur 31 janvier 2016

Ousmane SY : « la régionalisation va accélérer le développement économique des territoires »

Le Journal du Mali – Par Mame Diarra DIOP – 28/01/2016

Ousmane Sy ARGA

Le Président de l’Alliance pour la refondation de la gouvernance en Afrique est un grand spécialiste de la décentralisation.

Journal du Mali l’Hebdo : Que va apporter la nomination des deux gouverneurs des nouvelles régions de Ménaka et Taoudéni ?

Ousmane SY: Ces nominations entrent dans le cadre de la gestion de l’accord, même si les régions concernées ne sont pas de nouvelles créées, mais datent de 2012. La question s’est posée de nouveau lors des négociations d’Alger, où l’urgence d’instaurer ces nouvelles régions ont été évoquées. Pour Ménaka, il s’agissait d’une vieille revendication. Quant à celle de Taoudéni, c’est une zone de non droit qui avait besoin d’être maîtrisée administrativement. D’où la priorité sur ces deux zones avec la nomination des gouverneurs.

Cela va-t-il mieux équilibrer le partage du pouvoir administratif ?}

À l’époque, nous avions d’abord organisé la création des communes de 19 à 703 communes au Mali, et cela au terme d’un débat général et public qui a duré plus d’un an. Cela dit, concernant les régions, j’avais dénoncé sous ATT la création dans les bureaux de ces dix nouvelles régions. Je m’inscrivais plutôt dans la démarche d’un débat collectif. Nous avons même fait une étude là-dessus. En 1994, nous parlions déjà de la création de ces régions, et selon le vœu des populations.

Le processus de paix peut-il s’accélérer désormais ?

Ces nominations sont un signal, et on en avait besoin pour avancer dans la mise en œuvre de l’Accord de paix. Il a de tout temps existé une rivalité non dite entre Kidal et Ménaka, qui est le bastion des Touaregs Iwellemmeden, et qui ont toujours été républicains comme le fut leur ancêtre Firhoun. Les Ifoghas de Kidal, eux, sont un peu plus contestataires. Donner une région à Ménaka est une façon de reconnaître cet esprit républicain.

Et sur le plan sécuritaire ?

Les populations de ces régions vont se sentir un peu plus reconnues. La densification du contrôle du territoire emmène toujours un peu plus de sécurité. Un gouverneur est nommé, des cercles vont être mis en place, des préfets seront nommés, qui seront des interlocuteurs entre élus des communes, qui n’auront plus à faire de longues distances pour rencontrer les autorités. Cette présence de l’autorité centrale qui va parler avec les élus locaux va permettre de rendre le contrôle plus effectif.

Non seulement, on nomme des gouverneurs, mais aussi des personnalités originaires du Nord, un point significatif ?

Cela va beaucoup aider. Et d’ailleurs, il faut voir que ce sont des gouverneurs civils qui sont nommés ici, contrairement à avant, où l’administration a été de tout temps militarisée avec une politique très dure. Aujourd’hui, ces gouverneurs civils parlent les mêmes langues que leurs populations et sauront communiquer avec elles, les tranquilliser, en vue de pacifier le climat. Ce dont on a besoin aujourd’hui.

Ce processus de régionalisation est-il la suite logique du processus de décentralisation ?

La régionalisation n’est pas un concept nouveau. C’est la décentralisation qui est le projet. Dans ce projet, il y a plusieurs étapes, comme la communalisation. Il fallait d’abord créer les communes et accélérer la délivrance du service public. Les premiers transferts se sont faits dans les domaines de l’éducation, de l’eau, de la santé, de l’assainissement et des services administratifs.

Cela fait une bonne quinzaine d’années qu’on est dans cela. Il y a eu des progrès, même si des difficultés subsistent. Aujourd’hui, on peut passer à la deuxième étape. Ce que la régionalisation apporte aujourd’hui, c’est le développement économique. Un développement économique cohérent, à l’échelle du territoire d’une commune.

Surtout que le développement économique est une action concertée de plusieurs acteurs, l’État central, le secteur privé, et les collectivités. Difficile d’organiser tout cela à l’échelle d’une commune, mais à l’échelle territoriale, cela est un meilleur plan. La plus-value de la régionalisation est le développement économique des territoires.

Développement économique et libre administration avec un transfert de ressources et une priorité sur le Nord?

Non seulement un développement économique, mais aussi de la création de richesses et d’emplois. Ce transfert de ressources ne concerne pas seulement le Nord.

Allez voir les zones de Yélimané, de Nara ou de Nioro, vous y verrez un manque de développement. La régionalisation doit permettre un développement adapté à chaque région et qui convient aux réalités géographiques et humaines des zones concernées.

Ce n’est pas tant un problème de financement qu’un schéma à penser et à mettre en œuvre. Il n’est pas normal qu’une route carrossable ne puisse relier Gao à Kidal. Et le jour où ces investissements seront faits, cela va réduire le sentiment d’exclusion en réduisant le retard accumulé dans ces zones.

 

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