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« Salafistes » : traité comme un film porno

by sur 31 janvier 2016

Un documentaire qui est un acte citoyen, traité comme un film pornographique. Selon François Margolin, la France, depuis plus de 20 ans, est dans le déni du radicalisme islamique.

L’interdiction du documentaire aux moins de 18 ans a des conséquences énormes, pas seulement financières. Par exemple, il ne pourra servir  de support à un débat avec des lycéens de banlieues… ou d’ailleurs.

« Salafistes » interdit aux – de 18 ans : insensé. Notre documentaire est un acte citoyen

Par François Margolin, Cinéaste – Propos recueillis par Louise Auvitu.- Publié le 29-01-2016 à 12h47 – Modifié le 30-01-2016 à 10h27 – Édité par Anaïs Chabalier  Auteur parrainé par Louise Auvitu

LE PLUS. La sortie en salles de « Salafistes » suscite remous et polémiques. Réalisé par le cinéaste français François Margolin et le journaliste mauritanien Lemine Ould M. Salem, le documentaire a pour ambition de montrer l’application de la « charia » au quotidien. Fleur Pellerin vient d’autoriser la diffusion du film, mais l’interdit aux mineurs. Pour François Margolin, cette décision n’a aucun sens.

« Salafistes », réalisé par François Margolin et Lemine Ould M. Salem (Margo Films).

         En 2000, j’ai réalisé un documentaire intitulé « L’Opium des Talibans« , dans lequel je montrais la vie quotidienne sous les Talibans et comment un régime qui disait respecter la « charia » produisait 85% de l’opium mondial, une drogue interdite par le Coran.

         « Salafistes » s’inscrit dans cette continuité. Avec la prise de Tombouctou au Mali par des islamistes salafistes radicaux durant l’été 2012, je me suis dit que nous devions faire quelque chose là-dessus. J’en ai parlé à mon ami Lemine Ould Salem que j’avais rencontré durant la guerre de Libye et qui travaillait depuis longtemps sur le sujet.

         Pendant trois ans, nous avons tourné ce documentaire sur la vie quotidienne sous la charia au Mali, mais en l’élargissant à la pensée de responsables salafistes en Mauritanie, en Tunisie et en Irak.

         Notre but était d’aller à la rencontre des salafistes, de les filmer et de montrer qui ils sont. Ce travail n’avait pas pour ambition de les comprendre, ni de justifier quoi que ce soit, mais simplement de les montrer et d’enregistrer leurs propos, comme avaient pu le faire, sur des sujets et à des époques différentes, Claude Lanzmann, Barbet Schroeder (dans son « Idi Amin Dada ») ou Raymond Depardon. C’est-à-dire sans voix off ni commentaire.

Notre but : montrer la violence des salafistes

         Quand nous avons commencé le tournage, l’État islamique n’existait pas encore. Mais au fil du temps, il a pris forme, s’est emparé de la moitié de l’Irak et de la Syrie, et a fait la une de l’actualité. Nous nous devions d’en parler.

         Nous avons interrogé de nombreuses personnes. Nous nous sommes placés face à ces salafistes qui n’avaient pas, loin de là, l’image que l’on donne trop souvent de simples dealers de shit de banlieue. Pour les rencontrer, nous avons mis nos vies en danger.

         Quelques extraits peuvent paraître choquants, mais toutes les images, tous les témoignages, apportent du sens à notre film.

         Daech utilise la vidéo pour communiquer, comme une arme de guerre. Ils font fuir les armées qui protègent certaines villes et qui paniquent en les voyant sur le net. Si nous avons choisi de diffuser certains extraits, courts, ce n’est pas pour en faire la propagande. Bien au contraire.

         Il s’agissait de mettre en évidence qu’au-delà d’un discours parfois doucereux, dans la pratique, les salafistes djihadistes font preuve d’une extrême violence. La théorie et la pratique, en quelque sorte.

Nous sommes en plein délire

         Jamais nous n’avions envisagé que les réactions seraient si brutales. Avant la sortie en salles, début décembre, nous avons fait visionner notre documentaire – qui n’était pas encore terminé – aux meilleurs spécialistes de la question, chercheurs, journalistes… et ceux-ci ne semblaient aucunement outrés par notre documentaire. Mais la semaine dernière, tout s’est accéléré.

         En apprenant que la commission du visa du Centre national de la cinématographie émettait un avis défavorable à la sortie de notre film, certaines personnes ont brusquement changé d’avis. Alors que le film ne posait, jusque là, aucun problème, nous avons été accusés d’être les porte-paroles des salafistes, et même, par certains, de Daech. Un comble !

         Nous reprocher de faire l’apologie du terrorisme est totalement aberrant. Derrière ce travail, il y a une enquête, deux ans de tournage, un an de montage, et beaucoup de réflexion.

         Quand je lis dans un édito du « Figaro », qu’on nous compare à Dieudonné, je me dis que ces personnes n’ont pas vu le film, que nous sommes en plein délire, et que c’est proprement insultant.

Nier plutôt que d’affronter la réalité

         Mais cette polémique en dit long : j’ai l’impression que nous cristallisons le fait qu’aujourd’hui, en France, nous n’avons pas assumé 20 années de montée de l’islamisme radical, et même que nous l’avons nié. Y compris depuis les attentats de « Charlie » et de l’Hyper Cacher en janvier 2015. La société française est dans le déni le plus complet. Ce n’est pas la première fois. On ne veut pas affronter la réalité.

         Ce ne sont ni Lemine Ould M. Salem ni moi-même qui avons inventé le terrorisme. Nous n’avons pas non plus créé l’islam radical. Nous ne sommes que des messagers, et comme dans l’Antiquité, c’est celui qui apporte des mauvaises nouvelles que l’on assassine.

         Le pire dans cette histoire, c’est que le public, lui, semble véritablement apprécier notre documentaire. Lors de l’avant-première du film, qui s’est tenu mardi soir à l’Institut du monde arabe, personne ne nous a posé ces questions absurdes que posent certains politiques et certains journalistes.

         L’ensemble de la salle semblait avoir compris notre film. Comme lors des autres projections.

Notre documentaire est mis au même plan qu’un film porno

         Ce mercredi, la ministre de la Culture Fleur Pellerin a pris la décision d’interdire notre film aux moins de 18 ans. C’est délirant, car cela implique qu’il ne pourra plus être diffusé à la télévision – même sous forme d’extraits lors d’émissions pour en parler –, que nous bénéficierons d’aucune subvention du CNC et surtout que toutes les projections organisées avec des enseignants, dans des lycées, à leur initiative, en banlieue, sont annulées.

         Aujourd’hui, notre documentaire est tout simplement mis sur le même plan qu’un film pornographique.

         Dire que pour les adultes, cela va, mais pas pour les jeunes, c’est le principe même de la censure. Or, je pars du principe qu’il faut prendre les spectateurs pour des gens intelligents, quel que soit leur âge.

         Si en voyant notre documentaire, un adolescent décide de se radicaliser, c’est que quelque part, nous avons déjà perdu. Que nos idées ne résistent pas à la propagande des djihadistes. Interdire ce film, c’est permettre à Daech de triompher en disant : « Voilà, nos idées font tellement peur que l’on ne veut pas les entendre. »

Un acte citoyen et de salut public

         J’espère sincèrement que notre documentaire sera vu par un maximum de gens.

Claude Lanzmann s’est exprimé et j’ai été ravi de l’entendre dire que notre film était « nécessaire », car c’est tout à fait ce que nous avions en tête : réaliser un acte citoyen. Un acte de salut public.

Il est interdit aux moins de 18 ans : ce que montre vraiment « Salafistes »

par Fabrice Aubert le 28 janvier 2016 à 15h23

Fleur Pellerin sur le documentaire « Salafistes » : « Il faut une certaine maturité pour le voir »

Documentaire « Salafistes » : « Les diffuseurs français ont peur »

Propagande ou pas ? « Salafistes » : le documentaire qui fait polémique

 

Le documentaire très controversé de François Margolin et Lemine Ould M. Salem sur l’islam radical est finalement sorti dans quelques salles, assorti d’une interdiction aux moins de 18 ans. MYTF1News a pu le visionner.

Personne n’ira voir Salafistes par hasard. Tout d’abord, bien sûr, en raison de son sujet, plus que difficile. Ensuite, car il faut vraiment en avoir envie étant donné le peu de salles distribuant depuis mercredi le documentaire-choc de François Margolin et Lemine Ould M. Salem. En Ile-de-France, il n’est ainsi visible que dans trois cinémas (deux à Paris, un en banlieue) -et un seul des trois le programme toute la journée cette semaine.

En province, c’est encore plus compliqué : la base de données d’AlloCiné ne le répertorie qu’à Grenoble. 

Enfin, car il est interdit aux moins de 18 ans. Une décision prise par Fleur Pellerin, la ministre de la Culture elle-même, sur avis de la commission de classification des œuvres cinématographiques, « compte tenu du parti pris de diffuser sans commentaires des scènes et des discours d’une extrême violence ». 

Et de fait, les deux auteurs ont volontairement construit leur documentaire sur la base du « no-comment », cette technique de réalisation où alternent séquences brutes, images d’archives et entretiens avec les protagonistes. Leur objectif est clair : en montant ainsi Salafistes (long d’1h10), ils entendent montrer les dérives de cette pensée issue de l’islam et qui peut aboutir, dans sa forme et son jusqu’au-boutisme les plus extrêmes, au terrorisme et aux actions inhumaines commises par l’organisation Etat islamique. 

L’interdiction aux moins de 18 ans -qui, par ricochet, empêchera toute diffusion télévisée sur une chaîne en clair et la limitera aux chaînes payantes entre minuit et 5h du matin, à l’instar de films pornos- est-elle justifiée ? Pour Fleur Pellerin, le « no-comment » ne permet pas assez de recul. Selon son raisonnement, certains spectateurs mineurs pourraient donc prendre l’ensemble au premier degré sous la forme d’une « apologie du terrorisme ». Ils ne percevraient alors pas la dénonciation des actes et idées véhiculés par certains protagonistes et certaines images –plus que difficiles à voir et à supporter- choisies par les réalisateurs. 

Quoi qu’il en soit, après visionnage, voici ce qu’il faut retenir : 

  1. Une première partie très… « documentaire »

Fin 2012, François Margolin et Lemine Ould M. Salem ont pu, chose rare, se rendre dans le Nord-Mali alors que la région était passée sous la coupe réglée des jihadistes d’Aqmi et de leurs alliés-affiliés (Mujao, Ansar Dine).  Ils suivent donc la vie quotidienne des habitants, rythmée par les patrouilles de  la « police islamique » mise en place par les nouveaux maîtres des lieux. 

Certaines scènes semblent tout droit tirer de Timbuktumeilleur film aux César en 2015. Et pour cause : son réalisateur, Abderrahmane Sissako, faisait partie de l’équipe de départ deSalafistes. Un conflit juridique l’oppose d’ailleurs désormais à François Margolin et Lemine Ould M. Salem. Ceux-ci l’accusent d’avoir simplement fait rejouer certaines séquences du documentaire à ses acteurs -sur ce point, la similitude est en effet troublante.

Sur le fond, les propos et les séquences maliennes de « Salafistes », aussi aberrants ou abjects soient-ils (notamment la scène de l’amputation d’une main à un voleur), ne sont pas forcément très différents de ceux déjà vus et entendus dans les documentaires réalisés en Afghanistan à la fin des années 90 pendant le règne des talibans (lapidation, application stricte de la charia, droits de la femme totalement déniés…).

  1. Des interlocuteurs sans langue de bois

Outre le Mali, les réalisateurs sont allés à la rencontre de prédicateurs salafistes en Mauritanie et en Tunisie. Pêle-mêle, on peut ainsi entendre les phrases suivantes : « Ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient » à propos de l’attentat contre Charlie Hebdo (où la séquence de l’assassinat du policier par les frères Kouachi sur le boulevard Lenoir a finalement été floutée), « les Juifs sont tous des terroristes », ou encore une glorification du 11-Septembre, de Mohamed Merah ou d’Amedy Coulibaly.

A noter aussi cette phrase lancée par un imam, qui fait lui-même l’amalgame contre lequel combattent les autorités musulmanes : « Il ne faut pas faire la distinction entre salafisme jihadiste, intellectuel et de comportement ».  

  1. Une dernière partie parfois difficilement soutenable

N’ayant pu évidemment se rendre en Syrie pour rendre compte des atrocités de l’Etat islamique, François Margolin et Lemine Ould M. Salem ont décidé de montrer ce qu’était cette pensée salafiste extrême en insérant de nombreuses vidéos tournées par Daech (et dont certaines ont déjà été largement diffusées).

Se succèdent ainsi pendant plusieurs minutes, rythmées par une musique plutôt entraînante, des scènes d’exécutions froides de prisonniers, d’égorgement ou d’homosexuels jetés des toits, avec des interlocuteurs les justifiant au nom du jihad.

Ces séquences, prises au premier degré, sans commentaire, sans relance, sans contradiction et sans remise dans un contexte global et historique, font sans conteste l’apologie du terrorisme. Les moins de 18 ans peuvent-ils cependant avoir le recul nécessaire ou la « maturité » pour faire la part des choses ? Non, a donc répondu Fleur Pellerin.  Etant donné la manière dont certains ados se font embrigader, voire s’auto-radicalisent eux-mêmes, sur Internet, son raisonnement peut paraître justifié. 

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From → Revue de Presse

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