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Gouvernance et corruption ne vont pas de pair

by sur 2 février 2016

La bonne gouvernance : L’arme fatale contre le terrorisme

Aliou H. – © maliactu.net – 22 janvier 2016

Pour gagner la guerre contre le terrorisme au Mali, il n’y a pas meilleure arme que la bonne gouvernance. Réussir à créer les conditions favorables à la prise en charge des besoins vitaux des maliens, reviendrait à compromettre l’avenir de l’extrémisme violent.

Le terrorisme prétextant la religion musulmane était inconnu au Mali jusqu’à son importation ces dix dernières années par des étrangers, dont les salafistes algériens fondateurs de la nébuleuse AQMI. A partir de 2012, pendant l’envahissement du nord du pays, ces obscurantistes ont réussi à embarquer dans leur projet machiavélique un grand nombre de jeunes maliens de tous horizons. Aujourd’hui, les nationaux se comptent dans toute la multitude de groupes terroristes qui infeste le Mali et Sahel.

Malgré les mesures à visées militaires qui engloutissent les maigres ressources de nos pauvres Etats, le terrorisme continue son expansion. Malgré la présence de l’opération Barkhane qui est censée traquer les terroristes dans tout le Sahel, les attaques contre les camps militaires et les attentats dans les villes touchent désormais des pays, comme le Burkina Faso, qui étaient jusque-là épargnés,.

Au Mali, au Niger, au Tchad, en Mauritanie, comme au Burkina, l’ennemi est aussi national et qu’étranger. Face à ce danger au visage multiple, la réponse militaire est évidemment urgente. Cependant, les résultats obtenus durant des années de lutte armée font ressortir que cette réponse isolée contribue surtout à limiter les dégâts causés par les terroristes et non à éradiquer le terrorisme. Les attentats sont déjoués régulièrement mais les réseaux terroristes se développent à travers les pays.

Avec Ansar Dine du touareg Iyad Ag Ghaly et le Front de Liberation du Macina du peulh Amoudoun Kouffa, sans parler des maliens embarqués par AQMI et Almourabitoune, on peut dire que l’obscurantisme a colonisé beaucoup de cœurs maliens.

C’est devenu un fléau national qui prospère surtout grâce à des complicités souterraines.

Des personnalités respectées n’hésitent plus à demander que le gouvernement négocie avec les groupes terroristes qui, il faut bien l’admettre, ne sont pas plus illégaux que les groupes rebelles avec lesquels des accords de paix sont signés. Ces deux catégories de groupes armés ne partagent pas que la violence et leur caractère illégal.

Les acteurs qui les animent partagent depuis quelques années la même nationalité. D’où l’opportunité d’une réflexion de fond sur les vents qui favorisent l’implantation de l’obscurantisme terroriste dans notre pays.

Le Mali actuel est un terreau fertile pour le radicalisme violent.

Sous un angle moins passionné, on peut se rendre compte que la rébellion touareg a toujours pu trouver les hommes et la motivation nécessaires pour se reconstituer au fil des années grâce au discours originel qui est resté intact et d’actualité durant plus de cinquante ans : « nous sommes délaissés par l’Etat central », « nous subissons de l’injustice », etc. Ce discours, bien que transposable dans la quasi-totalité du Mali, tombe toujours dans des oreilles attentives puisque s’appuyant sur des réalités (amplifiées) vécues par des populations locales en manque de perspectives d’amélioration, donc ouvertes à toutes « bonnes volontés » inspiratrices de changements.

Il ne faut pas chercher loin les causes de la bonne santé du terrorisme au Mali malgré les patrouilles de la MINUSMA, les renseignements et les opérations commando de Barkhane. Il se nourrit, comme la rébellion cyclique, des frustrations internes pour embarquer nos compatriotes. Comme la rébellion touareg, il continuera de toucher de plus en plus d’esprits dérangés par la pauvreté résiduelle tant que l’Etat se montrera incapable de satisfaire les besoins élémentaires de la population.

La bonne gouvernance est l’unique chemin qui mènera à la prise en charge par l’Etat des préoccupations vitales de la population. Elle suppose une vision globale de production de richesse, d’utilisation transparente des deniers publics et des réformes visant à rapprocher les institutions des populations. A la longue, il faudra s’affranchir de l’aide internationale qui bien souvent motive le gaspillage des ressources de l’Etat dans des projets inutiles dictés par les bailleurs de fonds. La bonne gouvernance, c’est également cela.

Elle doit être cultivée à tous les niveaux, y compris militaire. Toute chose qui exclut de vouloir continuer à compter sur la France ou la MINUSMA pour sécuriser le Mali. Une présence prolongée des forces internationales, loin de concourir à l’amélioration de la situation sécuritaire, pourrait au contraire être source d’autres frustrations qui viendront servir les forces du mal.

Seuls les maliens peuvent arriver à bout du terrorisme, comme tous les autres défis auxquels nous sommes confrontés. Certes, nous serons tous appelés à des sacrifices. Mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ?

Albrecht Conze, chef d’Eucap-Sahel/Mali, à propos de la corruption au sein des forces de sécurité : « Un policier n’est pas là pour peser sur la population… »

Propos recueillis par Seydou Coulibaly – © AFRIBONE – Le 22 Janvier 2016

Albrecht Conze, 62 ans, dirige depuis janvier 2015 la mission Européenne d’entrainement des forces de sécurité maliennes (EUCAP Sahel Mali). Une structure à ne pas confondre avec sa sœur jumelle EUTM-Mali dont la tâche est l’entraînement militaire des Forces armées maliennes (FAMAs).

Diplomate allemand, il a notamment servi à Hong Kong, Pékin, Vienne, Varsovie, Moscou. Celui qui a entamé une carrière internationale en 1981 n’est également pas étranger des théâtres de conflits africains pour avoir servi, entre autres, au Soudan ou encore à la MONUC, en République Démocratique du Congo de 2004 à 2006. Sur le sol africain, il fut également ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne au Bénin (2006-2008) et au Zimbabwe (2008-2011), avant de publier, en mars 2013, un essai sur l’émancipation et l’émergence de l’Afrique.

Les succès – même mitigés – de la diplomatie internationale face aux nouvelles convulsions politico-sécuritaires de la planète, le défi sécuritaire et la problématique de la nouvelle reforme du secteur de la sécurité au Mali, sont entre autres sujets abordés dans un entretien réalisé le 18 janvier dernier. Interview…

 Afribone : EUCAP Sahel est, dit-on, une mission civile de formation à l’adresse des forces de sécurité du pays. Expliquez-nous cette corrélation civilo-militaire et ses objectifs pour le Mali.

Albrecht Conze : Il faut bien distinguer le militaire du civil. L’Union européenne intervient à tous les égards de la stabilisation du Mali, après la grande crise de 2012-2013. Elle intervient avec une mission pour la formation militaire des FAMAs qui s’appelle EUTM. Cette mission est une formation fournie par des militaires à des militaires.

EUCAP Sahel Mali, la mission que je dirige, est une mission civile dans le sens qu’elle n’est pas militaire.

 » On ne vivra jamais sans crise sur notre planète. L’art de la diplomatie, c’est de faire baisser la température. »

Qu’entendez-vous par le terme « elle n’est pas militaire » ?

Elle s’occupe de la formation des trois forces de sécurité intérieure : la police, la gendarmerie et la garde nationale.

Est-ce à dire que les formateurs sont civils ou mixtes ?

Les formateurs sont, entre autres, des policiers, des gendarmes, des carabinieri européens. Ce sont des policiers, et il n’y a pas de volet militaire. C’est un volet de sécurité intérieure que nous distinguons clairement en Europe de celui des forces armées. Il y a aussi ici au Mali cette distinction entre tout ce qui dépend du ministère de la défense et ce qui dépend du ministère de la sécurité intérieure pour le travail quotidien de maintien d’ordre et de sécurité publique. La garde nationale et la gendarmerie répondent au volet de la défense au Mali, mais ces deux forces sont également soumises aux directives du ministère de la sécurité intérieure.

Ce qui compte, c’est la tâche. Si une force a une tâche civile, en l’occurrence le maintien d’ordre intérieur, elle est formée par nous, l’EUCAP Sahel Mali. Lorsqu’elle a une tâche à vocation militaire, elle est formée par l’EUTM.

On sait qu’il existe des crises complexes sur presque tous les continents, mettant le monde en ébullition. L’humanité serait-elle condamnée à vivre d’une crise à une autre ?

On ne vivra jamais sans crise sur notre planète. L’art de la diplomatie, c’est de faire baisser la température. Très souvent, on ne peut résoudre définitivement un conflit ; on peut juste le désamorcer dans ses effets négatifs pour la sécurité des populations. Le Mali a toujours été un pays composé de populations diverses, sous le sigle de son unité nationale. Personne ne pourra jamais changer cela.

Si ça mène à des conflits, comme tel était le cas en 2012, il faut « contenir » ces conflits ; il faut les réduire dans leur amplitude, c’est-à-dire les empêcher de mettre en péril la sécurité de toute une nation. C’est ce que le Mali fait maintenant sur le plan militaire et sur le plan civil. C’est à ce titre que l’Europe a apporté son soutien au pays en envoyant ces deux missions, EUTM -Mali et EUCAP Sahel Mali.

« La planète ne connaîtra plus jamais la paix », avez-vous dit en substance en introduction de cette question. Pourquoi dites vous cela ?

Je crois que c’est une expérience historique que nous avons tous connu sur tous les continents. L’espèce humaine ne peut vivre sans conflit. Puisque nous avons fait, à travers les Nations unies depuis 1945, un effort global pour en finir avec les grands conflits, les grandes guerres, que la diplomatie s’est investie avec moult outils modernes de gestion des crises qui risquent de mener à des guerres.

Je pense que la nature humaine ne changera pas. Mais les outils, eux, pourront justement prévenir les mauvais développements. Cette diplomatie est un trésor que nous devons maintenir et soigner. Parce qu’une fois que les diplomates se taisent, il n’y a plus que les armes qui parlent. Et là, ça ne peut que mal tourner. Donc, priorité à la diplomatie, priorité à la politique pour gérer toutes ces crises sur notre planète, et bien sûr en Afrique en particulier.

« Le Mali est, pour nous Européens, un intérêt primaire de notre politique étrangère et africaine en particulier. »

En tant que diplomate, quelle lecture faites-vous de la recrudescence de la nouvelle forme de violence qu’est le terrorisme ? N’est-ce pas là un signe de l’échec de la diplomatie internationale ?

Pas du tout ! Il y a de cela quelques jours qu’un traité est rentré en vigueur conclu entre l’Iran, d’un côté, et les cinq pays membres permanents du conseil de sécurité plus l’Allemagne, de l’autre. Avec ce traité, dans lequel l’Iran renonce à la production de l’arme nucléaire, les États de l’autre côté de la table ont pris l’engagement d’en finir avec des sanctions contre l’Iran. Ceci a été le résultat de plusieurs années de négociations extrêmement compliquées. Et le résultat était une victoire pour la diplomatie. Il y en a eu beaucoup dans l’histoire et il y en aura certainement d’autres.

Parfois un conflit n’est pas « mûr » pour une solution. Nous espérons que les prochains conflits mûrs pour être résolus seront ceux de la Libye et de la Syrie parce que du retour à la stabilité dans ces deux pays dépendent énormément de choses pour l’Afrique du nord, et pour le Proche et le Moyen Orient.

On a vu des pays qui se sont vus doter d’outils de défense relativement solides au sortir de situation de crise. Je pense par exemple au Tchad, au Rwanda, entre autres. Quelles ont été les recettes de leurs expériences ?

Chaque pays a derrière lui une histoire propre. Il y a des pays qui ont des ressorts plus solides, d’autres ont très peu de structures internes pour sortir d’une crise. Très souvent et malheureusement, des crises deviennent profondes et la souffrance exorbitante avant qu’on ne retrouve la raison. Tel a été le cas au Rwanda, que vous avez cité, avec le génocide de 1994.

Le Rwanda, à la suite de l’horreur que le pays a vécu, est devenu un des pays les plus stables de toute l’Afrique. Parfois, la souffrance mène aussi à un revers de la médaille, vers un futur plus positif.

Nous souhaitons tous que la crise très grave que le Mali a connu récemment aura justement cet effet, à savoir, une fortification des forces internes des populations, nord, sud et centre conjuguées, afin d’empêcher le retour d’une crise. Nous y travaillons, mais bien sûr, nous ne pouvons encore parler d’une certitude qui soit totalement acquise. Il faudra continuer ce travail pendant quelques années encore.

Et, l’Union européenne qui s’est investi avec beaucoup de moyens ne cessera de contribuer dans la mesure du possible à cette stabilisation du Mali qui, pour nous Européens, est un intérêt primaire de notre politique étrangère et africaine en particulier.

Est-ce que, dans ces pays (au Rwanda ou au Tchad), c’est la qualité d’un homme ou d’un groupe qui a profité à ces pays de se stabiliser relativement ?

Parfois, il y a un homme ou une femme remarquable qui joue un rôle spécial en sortant un pays d’une crise. Parfois, ce sont les forces au sein d’une population qui en sont la première condition. Tout dépend vraiment des situations. En Afrique, vous avez des États d’un degré de stabilité divers.

Ce que nous faisons au Mali, c’est de mettre toutes les chances du côté des Maliens de sortir fortifiés de cette crise et d’être du côté des nations fortes qui savent gérer leurs affaires elles-mêmes.

En entamant cette formation au Mali, quels étaient les principales faiblesses auxquelles vous devez prioritairement vous attaquer ?

Nous sommes venus parce qu’il y avait un problème, c’est évident.

Cette mission, conçue pour quatre ans, pour conseiller les forces de sécurité intérieure du Mali, former leurs cadres supérieurs et intermédiaires, est coûteuse pour l’Union européenne. On ne serait pas venus s’il n’y avait pas un vrai besoin.

Ce que nous avons constaté dans nos discussions avec nos partenaires maliens, c’est que les trois forces de sécurité intérieure étaient dépourvues de moyens, et n’avaient pas de structures qui leur permettraient une administration moderne de ses effectifs. Elles avaient perdu une partie de leur courage ainsi que de la confiance de la population en leur capacité de protéger les maliens.

Le constat était, à mon sens, trois fois négatif. Il fallait trouver au moins trois remèdes.

Nous avons commencé par programmer une reforme de l’administration de ces trois forces, surtout sur le plan de l’administration de leurs ressources humaines, le personnel de la police, de la gendarmerie et de la garde nationale.

Il fallait d’abord compter les effectifs. Personne ne pouvait nous donner de chiffres fiables sur le nombre d’officiers dans chacune de ces trois forces. Un comptage est toujours en cours.

Ensuite, nous devons voir leur structure d’âge. Pendant plusieurs années, il n’y a pas eu de recrutement. Quand il n’y a pas de jeunes recrutés, la pyramide d’âge devient mauvaise parce qu’il y a trop de vieux. Nous sommes déjà en face d’une grande vague de retraites, et après il n’y aura plus assez d’effectifs. C’est pourquoi je me félicite de la décision du gouvernement malien de consacrer un budget pour le recrutement de jeunes agents dans les trois forces.

Il s’agira désormais de prendre les meilleurs, ceux qui le méritent, mais aussi de les former dès le début dans le sens du devoir citoyen, d’en faire des citoyens en uniforme.

Un policier n’est pas là pour peser sur la population, il est là pour la protéger et la soutenir en cas de détresse. Un esprit citoyen doit être implanté dans la conscience de ces jeunes afin que certaines attitudes, certaines mentalités qui, malheureusement, ont pris trop d’ampleur dans la pratique de la police, disparaissent.

 

Quelques exemples de ces pratiques ?

La petite corruption au coin de la rue, tout le monde le sait. Ça existe et tout le monde souhaiterait que cela prenne fin. Pour y arriver, il faut que la mentalité des jeunes recrus change et qu’ils soient conscients que cette pratique est nocive.

Après une année de travail effectif, quels sont encore les défis qui se présentent ?

Les défis résultent du fait que, selon notre mandat, nous pouvons surtout faire de la formation et du conseil. Nous avons très, très peu de moyens pour, en même temps, équiper les forces de sécurité. Or, l’un et l’autre doivent aller ensemble. Si vous enseignez les pratiques modernes de la police technique et scientifique à des stagiaires et qu’en même temps, ils n’ont pas un système de communication, un système de fichiers électroniques pour identifier ou surveiller des suspects, l’effet de cette formation restera limité. Quand on est formé selon les méthodes modernes, il faut aussi avoir les moyens d’appliquer ce qu’on a appris.

Nous travaillons avec d’autres partenaires du Mali, et nous espérons que l’Union Européenne trouvera elle-même un moyen pour soutenir l’effort du conseil et de la formation par des initiatives d’équipement. Cela afin que la stabilité des trois forces de sécurité intérieure soit totale au moment où nous partirons.

A propos de la corruption : « Les forces de sécurité intérieures doivent accepter un changement de mentalité. »

Vous en tant qu’observateur extérieur, quels sont les motifs d’espoir sur les forces de sécurités intérieures du Mali ?

Il y a beaucoup d’espoir. Il vient surtout du fait qu’il n’y a pas une vraie distance entre les forces de sécurité et les populations. Un policier est toujours un frère, un cousin d’un citoyen, un ressortissant de son village ou de sa ville. Il entend les doléances, il sait où le bât blesse, il fait partie de la population.

La pression doit être suffisamment haute de la part de la partie de sa famille qui ne porte pas d’uniforme, pour lui dire : « tu dois bien te comporter pour assurer l’ordre publique, tu ne dois pas te laisser aller dans les mauvaises pratiques ; tu dois t’impliquer pleinement et ainsi tu auras notre confiance ».

Ceci est une interaction nécessaire entre chaque citoyen d’un côté et chaque citoyen en uniforme de l’autre. Si parmi les jeunes nous arrivons à changer les mentalités, je pense que le futur ne devrait pas trop nous terrifier.

Nous, partenaires, nous ne pouvons que faire des propositions. Mais le changement doit venir des forces de sécurité intérieures elles-mêmes. Elles doivent accepter et assumer ce changement de mentalité.

Concernant la nécessaire pression sociale : et si elle est à l’inverse ? Par exemple que la société, les familles ou le proche entourage du policier, du gendarme ou du garde, le pousse à certaines perversions. Est-ce qu’il peut y avoir un espoir ?

Dans ce cas de figure, le policier ou le gendarme doit être équipé moralement par son éducation, par les principes qu’il a appris, pour résister à ce genre de tentations et privilégier la loi et les règles de la bonne conduite afin que de telles tentatives échouent dès le début.

Un projet de réforme du secteur de la sécurité a été adopté par le gouvernement du Mali. Quelles sont vos attentes par rapport cette initiative ?

Le secteur de la sécurité a besoin d’une réforme profonde. Jusque-là, le gouvernement n’a pas encore présenté un programme détaillé. Tout ce que nous avons, c’est un décret présidentiel du mois d’août de l’année 2014. Mais à part la nomination du président du Conseil national pour la réforme du secteur de la sécurité, rien n’a encore été mis en œuvre. Je pense que des mesures vont être engagées sans tarder.

EUCAP Sahel Mali, ma mission, pourrait intervenir de manière beaucoup plus soutenue avec nos partenaires maliens si cette réforme était vraiment entamée. Nous attendons une décision du conseil des ministres là-dessus. Je suis conscient du fait que la priorité a d’abord été le DDR (la démobilisation, le désarmement et la réinsertion) des membres des groupes armés du nord.

Pour cela, une décision du conseil des ministres vient d’être prise au mois de décembre. Maintenant, nous attendons une décision semblable pour tout le secteur de la sécurité et sa réforme. Une fois que cette décision sera prise, nous allons nous insérer immédiatement. Nous avons des plans et des projets, nous en avons discuté avec nos partenaires maliens.

Justement, quel rôle peut-on attendre de l’Union européenne et d’EUCAP Sahel Mali dans la mise en œuvre de cette reforme réforme ?

C’est le même rôle que nous jouons déjà dans le cadre de nos deux missions EUTM Mali et EUCAP Sahel. Mais avec une réforme conçue par les autorités maliennes, nous pourrons mieux calibrer nos formations parce que l’Etat malien aura identifié et déterminé ses priorités.

A priori, nous resterons ici jusqu’au début de l’année 2019. Ils ne restent donc que trois ans pour une coopération fructueuse. J’espère que le temps perdu pourra être rattrapé dans le cadre d’un effort que nous sommes prêts à faire avec nos partenaires maliens.

Une mission d’EUCAP Sahel -Mali s’est récemment rendue à Kayes dans l’Ouest du pays. Peut-on s’attendre à une certaine décentralisation de vos services ?

Nous avons déjà fait quelques missions dans des villes importantes des régions du Mali.

Ces visites avaient deux objectifs. D’abord, nous renseigner sur les problèmes qui existent dans les régions. Si on voit un pays uniquement de la perspective de sa capitale, on rate le coche. Il faut être conscient des défis à relever sur toutes les parties du territoire national, si on veut être capable de les répondre de manière adaptée.

Parmi les cadres formés jusque-là, la moitié venaient de Bamako et la moitié du reste du pays. Ils ont chacun passé quatre semaines avec nous à Bamako, pour des formations parfois divisées en plusieurs modules. Nous avons déjà formé un grand nombre de policiers, gendarmes et gardes.

« … EUCAP ne peut pas proposer de formations à Gao à Tombouctou ou encore plus loin à Kidal. »

On parle de 700 personnes notamment formées à ce jour…

Ce sont 725 au total dont la moitié vient donc des provinces. Une fois que nous avons visité toutes les capitales des régions, et c’est le deuxième objectif, nous allons proposer à notre hiérarchie à Bruxelles une démarche de formation décentralisée. C’est-à-dire nous rendre dans certaines capitales régionales pour des séances de formation. J’espère qu’au cours de l’année 2016, nous pourrons commencer avec cette méthode.

Combien de régions ont pu être déjà visitées ?

Nous sommes allés à Mopti, nous sommes allés à Kayes et récemment à Ségou. Je me suis aussi rendu dans les capitales régionales du nord mais puisque la sécurité n’y est pas encore assurée, EUCAP ne peut pas proposer de formations à Gao à Tombouctou ou encore plus loin à Kidal. En tout cas, jusqu’à ce que des progrès soient enregistrés dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation.

 

EUCAP Sahel Mali a un projet initial de présence de quatre ans au Mali. Et après, qu’est-ce qui y aurait ?

Les États membres de l’Union Européenne vont attendre le résultat des quatre années. Ils voudront voir le bilan, les rapports, les acquis. S’ils constatent que tout n’est pas fait, je suis sûr que l’Union Européenne trouvera un moyen pour continuer ce travail. Peut-être sous un mandat modifié, peut-être avec moins d’effectifs. Ceci reste à décider au regard des progrès achevés.

 

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