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6 février : contre les mutilations génitales

by sur 5 février 2016

Le 6 février est dédié à la journée de lutte contre les mutilations génitales.

Il y a encore beaucoup à faire au Mali !

Les obscurantistes ne se privent pas de faire de l’excision une obligation de l’islam, alors qu’il s’agit d’abord d’une coutume ancestrale dont la médecine moderne a mis en évidence la nocivité pour les femmes mutilées quand elles étaient petites filles…

Parfois dans des conditions d’hygiène et de cruauté assez insupportables : avec un tesson de bouteille ou une lame de rasoir rouillée. Heureuses celles qui peuvent faire l’objet d’une « opération » en milieu semi-médical.

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Une femme tient un outil utilisé pour exciser, lors d’un rassemblement pour dénoncer cette pratique de mutilation génitale à Abidjan en Cote d’Ivoire, en 2005. KAMBOU SIA / AFP

Excision : le massacre continue !

Ousmane THIÉNY KONATÉ – Maliactu – 5 février 2016

Ce sont des millions de filles qui sont victimes des MGF chaque année.

Malgré des décennies de lutte, l’excision et les autres mutilations génitales féminines continuent, sournoisement, de faire des centaines de milliers de victimes parmi les petites filles maliennes.

La pratique, qui est plusieurs fois millénaire et se perd dans l’obscurité des temps, s’offre un nouveau souffle depuis que certaines personnes malintentionnées en font une prescription de l’islam.

D’après les croyances africaines, l’homme et la femme seraient, à l’origine, bisexués. Ce phénomène est considéré comme un maléfice qui empêcherait chacun de s’épanouir. La féminité chez le mâle résiderait dans le prépuce (mou), et la masculinité chez la femme dans le clitoris (rigide). Pour corriger cette anomalie, il faut, chez l’homme, couper le prépuce (= circoncision) et chez la femme le clitoris (= excision). C’est seulement après que l’un et l’autre retrouveraient toute leur plénitude et seraient ainsi purs pour procréer.

On est très éloigné de l’idée qui voudrait que l’excision ait pour but de tempérer l’ardeur sexuelle de la femme en la rendant ainsi fidèle ! Cependant, dans l’un comme dans l’autre cas, il apparaît que l’excision est une pratique fondée sur des idées anciennes, une pratique dont la médecine moderne a largement montré les méfaits.

Fistule, frigidité, inconfort dans l’acte sexuel, complication dans l’accouchement et décès sont, entre autres, les dangers liés à l’excision que les opposants classent parmi les mutilations génitales féminines (MGF).

En l’absence d’une législation en la matière, le slogan TOLERANCE ZERO paraît audacieux, inapproprié. L’excision est encore fortement ancrée dans la mentalité des Maliens et Maliennes. Elle repose sur des croyances millénaires oubliées de la majorité et renforcées par des pseudo-préceptes de l’Islam.

Car il est faux de dire que c’est l’Islam qui impose l’excision comme en témoigne la quasi absence de cette pratique dans le Nord du Mali pourtant fortement islamisé. En plus, le prêcheur Ousmane Madani Chérif HAIDARA, une référence dans le pays voire la sous-région en matière d’Islam, a ouvertement soutenu que l’Islam n’impose pas l’excision, même s’il n’a pas eu le courage du Moufti d’Egypte d’affirmer que c’est haram.

Ce qu’il faut dans un pays d’oralité comme le Mali où l’analphabétisme est la chose la plus partagée, c’est encore et encore plus de sensibilisation. Après quelques décennies de présence et des cérémonies d’intention d’abandon public radiotélévisées, les responsables des programmes de lutte contre l’excision ont tort de croire que la tendance à l’abandon est amorcée. Car la majorité des femmes, y compris des intellectuelles et certaines femmes engagées dans des programmes de lutte contre les MGF, continuent d’exciser leurs fillettes.

Aussi longtemps que des débats francs et ouverts avec des leaders communautaires, femmes et hommes, ne seront pas organisés à la radio et à la télévision, aussi longtemps que des images-chocs ne sont pas montrées, la lutte contre l’excision se résumera à « suer sous la pluie », comme disent les Bamanans.

Il sera très difficile de convaincre des femmes de passer à la télévision pour dénoncer l’excision comme étant une pratique barbare et inhumaine. Le poids social est trop lourd pour elles. Or si les femmes ne sont pas ouvertement engagées, il est illusoire de croire qu’on peut gagner la lutte contre l’excision.

L’excision se nourrit du tabou qui l’entoure. Parce qu’elle concerne le sexe féminin autour duquel il y a parfois, voire bien souvent, beaucoup de pudibonderie, l’excision n’est connue que des professionnelles et de quelques vieilles femmes ou des femmes de caste.

On peut, sans risque de se tromper, affirmer qu’aucune mère n’a jamais assisté à l’excision de ses filles. Car aucune mère n’accepterait plus jamais d’envoyer sa fille à la boucherie si elle venait à assister à cette pratique. Il convient de rapporter ici la réaction indignée de femmes ayant visionné un film d’une vraie scène d’excision : « C’est ce qu’on nous a fait ? », s’exclamèrent certaines. C’est donc sur les esprits qu’il faut agir pour produire un véritable choc qui libèrerait les femmes.

L’erreur à ne pas commettre c’est de légiférer pour interdire l’excision. La victoire acquise par la force est toujours précaire ou provisoire. Il faut donc revoir la stratégie de la lutte contre l’excision en entreprenant une sensibilisation à outrance qui susciterait le dégoût. Si les hommes ont le dégoût de ce qu’ils imposent alors le changement est possible.

Des décennies sont nécessaires pour venir à bout de l’excision, des décennies où de jeunes femmes seront préparées à prendre la relève car le combat sera dur. Il faut également solliciter des chefs religieux pour démentir l’idée selon laquelle une femme non excisée serait une impure dont les prières ne seraient jamais exaucées. La stratégie qui consiste à tout donner à l’occasion de la seule journée de lutte est certes appréciable mais il convient d’être visible toute l’année. Seul le harcèlement permanent peut produire des effets escomptés.

En attendant et à la veille de la journée mondiale de lutte contre les MGF, il faut rendre hommage à Mme KEITA Jacqueline TRAORÉ et toute son équipe du Programme National de Lutte contre l’Excision qui, depuis plus de deux décennies, luttent contre les Mutilations génitales féminines pour redonner aux femmes toute leur dignité.

200 millions de victimes de mutilations génitales dans le monde

Le Monde.fr | 05.02.2016 à 02h33 • Mis à jour le 05.02.2016 à 09h16

Quelque 200 millions de victimes, dont près de la moitié vivent en Egypte, en Ethiopie et en Indonésie. L’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance, a établi, jeudi 4 février, ce nouveau bilan des femmes et filles souffrant de mutilations génitales dans le monde. Ce chiffre dépasse de 70 millions la dernière estimation, qui datait de 2014, notamment en raison de nouvelles données fournies par Djakarta.

L’ONU s’est fixé pour objectif de faire cesser cette pratique d’ici à 2030, dans le cadre des objectifs de développement adoptés par 193 pays en septembre. Sur les personnes affectées, 44 millions sont âgées de 14 ans ou moins. Dans les 30 pays où les mutilations sont les plus répandues, la majorité des victimes ont été excisées avant d’avoir 5 ans.

Dans certains Etats, « une pratique presque universelle »

La Somalie, la Guinée et Djibouti restent les pays avec le taux de mutilation le plus élevé : 98 % des filles subissent des mutilations génitales dans le premier, 97 % dans le second et 93 % dans le troisième. « Dans [ces Etats], cette pratique est presque universelle », déplore Claudia Cappa, qui a dirigé la rédaction du rapport de l’Unicef. Maigre lueur d’espoir : le taux a en revanche régressé dans une trentaine de pays, dont le Liberia ou le Burkina Faso.

« Nous devons soutenir les efforts nationaux pour encourager l’abandon de cette pratique », insiste Mme Cappa, qui fait état de certains progrès « dans la manière dont les communautés considèrent [celle-ci] ». Depuis 2008, plus de 15 000 d’entre elles ont renoncé aux mutilations génitales féminines, dont 2 000 l’an dernier. Cinq pays ont même adopté des lois la criminalisant : le Kenya, l’Ouganda, la Guinée-Bissau et, récemment, le Nigeria et la Gambie.

La lutte contre l’excision, le combat d’une vie pour Madina

Par Afp, le 04/02/2016 à 9h19

« Ce sera le combat de ma vie. » Excisée dans l’enfance, Madina Bocoum Daff, 60 ans, se consacre depuis des années à la lutte contre cette mutilation sexuelle, qui concerne plus de 125 millions de femmes dans le monde, dont quelque 50.000 résident en France.

Les conséquences physiques et psychologiques de cette pratique traditionnelle imposée à des fillettes les marqueront tout au long de leur vie, témoigne Madina Bocoum Daff, de passage à Paris à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’excision, le 6 février.

Originaire de l’ouest du Mali, Madina est devenue en 2000 la coordinatrice du programme de lutte contre l’excision de l’ONG Plan International dans son pays natal.

Elle ne se souvient plus à quel âge elle a été excisée. Ce rituel était traditionnellement pratiqué à la puberté et l’est aujourd’hui souvent avant l’âge de 5 ans.

« Je suis née dans une famille qui pratique l’excision sous sa forme la plus sévère, l’infibulation » qui, outre l’ablation des organes génitaux externes, consiste à coudre l’orifice vaginal pour le rétrécir, explique-t-elle devant quelques journalistes.

Quand elle se prépare à prendre un époux, elle réalise que « le mariage ne pourra pas être consommé sans une nouvelle intervention ». Dans la plupart des cas, celle-ci est faite au couteau par l’exciseuse, sans anesthésie et dans des conditions d’hygiène déplorables, à même le sol.

« C’est un choc, une douleur qu’on garde toute sa vie », souligne Madina. Sans parler des déchirures subies à chacun de ses six accouchements.

Parmi les autres complications possibles, il y a l’incontinence urinaire, explique-t-elle. « Des petites abandonnent l’école à cause de cela, elles ont trop honte. »

– Croyances et superstitions –

Pourtant cette pratique est tellement ancienne et ancrée que Madina, diplômée en administration économique et sociale de l’université d’Aix-en-Provence, fera exciser ses deux premières filles.

Depuis qu’elle milite contre l’excision, elle s’attache à lutter contre les croyances et superstitions qui encouragent cette pratique: la religion musulmane l’exigerait, une fille non excisée porterait malheur, ne pourrait pas trouver de mari, avoir d’enfant…

« Nous essayons de trouver les arguments pour défaire ces croyances, nous prenons l’exemple d’ethnies qui n’excisent pas, nous expliquons les complications médicales ».

Elle qui a mis du temps à convaincre sa propre mère, estime que le débat est aujourd’hui « accepté » au Mali et que « les choses bougent ». Des dizaines de villages ont fait des « déclarations publiques d’abandon », se félicite-t-elle.

Depuis les événements de 2012 et le passage du nord du Mali sous la coupe de groupes jihadistes, qui a entraîné une intervention armée de la France, « la lutte contre l’excision est revenue en arrière, les priorités ont changé », constate-t-elle. Mais elle espère qu’une loi d’interdiction sera votée dans quelques années.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recensait en 2014 plus de 125 millions de victimes d’excision, pratiquée dans 29 pays d’Afrique et du Proche-Orient.

En France, des associations alertent régulièrement sur les risques pesant sur les fillettes et adolescentes retournant dans le pays d’origine de leurs parents pendant les vacances.

Le nombre de femmes excisées résidant en France est estimé à plus de 50.000. Les parents auteurs ou complices d’une excision encourent dix ans de prison et 150.000 euros d’amende (20 ans si la victime est mineure), y compris si la mutilation a été commise à l’étranger.

En outre, le fait d’inciter un mineur à subir une mutilation sexuelle (sans qu’elle ait été réalisée) est depuis 2013 un délit passible de 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende.

 

 

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From → Revue de Presse

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