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« Salafistes », à petite vitesse

by sur 29 février 2016

Le réalisateur de « Salafistes » défend son documentaire

Par Marie DEROUBAIX – Le Dauphiné Libéré – Publié le 29/02/2016 à 7h

 

Un documentaire choc. “Salafistes” a été au centre de vifs remous ces dernières semaines. Les critiques ont porté sur la violence de ses images mais aussi sur la libre parole qu’il donne aux maîtres à penser du salafisme, sans en faire le décryptage grâce à une voix off et autres commentaires.

François Margolin, coréalisateur du film avec Lemine Ould M. Salem, ne comprend pas cette polémique qu’il juge « absurde ».       

Il sera présent ce soir au cinéma Le Navire, à Valence, à l’issue de la projection du film. Interview.

Qu’avez-vous voulu montrer dans ce documentaire ?

« Notre ambition première était de montrer la vie sous la charia, et plus précisément au Nord-Mali, parce qu’on y parle français. Nous avons débuté ce projet en 2012, trois mois après l’occupation par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) du Nord-Mali, et en particulier de la ville de Tombouctou. L’opération militaire Serval, menée par l’armée française à partir de 2013, nous a ensuite décidés à élargir notre documentaire à l’idéologie salafiste, en plein développement. »

Le film mêle des interviews de maîtres à penser du salafisme avec des vidéos de propagande djihadiste, sans aucune voix off. C’est l’un des principaux reproches faits à votre documentaire. Le comprenez-vous ?

« Ce reproche, je le trouve ridicule ! Notre point de vue apparaît extrêmement clairement dans le film. Si certains ont besoin d’un commentaire quand ils voient des tortionnaires jeter un homosexuel du haut du dixième étage d’une tour, c’est leur problème. S’ils ne comprennent pas que ce n’est pas bien, ils ont un problème. »

N’aurait-il pas tout de même fallu apporter plus de clefs de lecture à votre film, notamment pour les plus jeunes ?

« Je pense que les gens sont intelligents, y compris à 12 ans. C’est mon idée du monde et de l’humanité. En plus, si certaines personnes sont manipulables au point qu’en regardant le film ils partent faire le djihad, il n’y a plus qu’à mettre la clef sous la porte de la France. Le monde est violent et compliqué, ce n’est pas en le niant que l’on va empêcher un certain nombre d’atrocités… Il faut au contraire créer du dialogue et des débats qui peuvent justement émerger grâce à mon film. »

“Salafistes” a donc une ambition pédagogique, malgré la violence de certaines images, avec des scènes d’exécution ?

« Oui, le film est justement fait pour les 14-15 ans et éventuellement pour les personnes réceptives au discours djihadiste. S’il n’y avait pas ces images violentes, on pourrait croire que le discours des salafistes est assez sympathique et cohérent, voire séduisant. C’est parce qu’il y a ces images que l’on comprend que la réalité est différente de leurs propos. “Salafistes” n’est pas un film violent. Pas plus violent que les images diffusées sur les chaînes d’information en continu. Je me demande encore pour quelles raisons des gens ont eu intérêt à ce que l’on ne parle que de ça plutôt que du fond de mon film et des idées qu’il expose. On a voulu camoufler le fond du problème sous ce faux débat. »

« Salafistes » interdit aux – de 18 ans : insensé. Notre documentaire est un acte citoyen

Par François Margolin, Cinéaste – Propos recueillis par Louise Auvitu.- Publié le 29-01-2016 à 12h47 – Modifié le 30-01-2016 à 10h27 – Édité par Anaïs Chabalier  Auteur parrainé par Louise Auvitu
LE PLUS. La sortie en salles de « Salafistes » suscite remous et polémiques. Réalisé par le cinéaste français François Margolin et le journaliste mauritanien Lemine Ould M. Salem, le documentaire a pour ambition de montrer l’application de la « charia » au quotidien. Fleur Pellerin vient d’autoriser la diffusion du film, mais l’interdit aux mineurs. Pour François Margolin, cette décision n’a aucun sens.

« Salafistes », réalisé par François Margolin et Lemine Ould M. Salem (Margo Films).

         En 2000, j’ai réalisé un documentaire intitulé « L’Opium des Talibans« , dans lequel je montrais la vie quotidienne sous les Talibans et comment un régime qui disait respecter la « charia » produisait 85% de l’opium mondial, une drogue interdite par le Coran.

         « Salafistes » s’inscrit dans cette continuité. Avec la prise de Tombouctou au Mali par des islamistes salafistes radicaux durant l’été 2012, je me suis dit que nous devions faire quelque chose là-dessus. J’en ai parlé à mon ami Lemine Ould Salem que j’avais rencontré durant la guerre de Libye et qui travaillait depuis longtemps sur le sujet.

         Pendant trois ans, nous avons tourné ce documentaire sur la vie quotidienne sous la charia au Mali, mais en l’élargissant à la pensée de responsables salafistes en Mauritanie, en Tunisie et en Irak.

         Notre but était d’aller à la rencontre des salafistes, de les filmer et de montrer qui ils sont. Ce travail n’avait pas pour ambition de les comprendre, ni de justifier quoi que ce soit, mais simplement de les montrer et d’enregistrer leurs propos, comme avaient pu le faire, sur des sujets et à des époques différentes, Claude Lanzmann, Barbet Schroeder (dans son « Idi Amin Dada ») ou Raymond Depardon. C’est-à-dire sans voix off ni commentaire.

Notre but : montrer la violence des salafistes

         Quand nous avons commencé le tournage, l’État islamique n’existait pas encore. Mais au fil du temps, il a pris forme, s’est emparé de la moitié de l’Irak et de la Syrie, et a fait la une de l’actualité. Nous nous devions d’en parler.

         Nous avons interrogé de nombreuses personnes. Nous nous sommes placés face à ces salafistes qui n’avaient pas, loin de là, l’image que l’on donne trop souvent de simples dealers de shit de banlieue. Pour les rencontrer, nous avons mis nos vies en danger.

         Quelques extraits peuvent paraître choquants, mais toutes les images, tous les témoignages, apportent du sens à notre film.

         Daech utilise la vidéo pour communiquer, comme une arme de guerre. Ils font fuir les armées qui protègent certaines villes et qui paniquent en les voyant sur le net. Si nous avons choisi de diffuser certains extraits, courts, ce n’est pas pour en faire la propagande. Bien au contraire.

         Il s’agissait de mettre en évidence qu’au-delà d’un discours parfois doucereux, dans la pratique, les salafistes djihadistes font preuve d’une extrême violence. La théorie et la pratique, en quelque sorte.

Nous sommes en plein délire

         Jamais nous n’avions envisagé que les réactions seraient si brutales. Avant la sortie en salles, début décembre, nous avons fait visionner notre documentaire – qui n’était pas encore terminé – aux meilleurs spécialistes de la question, chercheurs, journalistes… et ceux-ci ne semblaient aucunement outrés par notre documentaire. Mais la semaine dernière, tout s’est accéléré.

         En apprenant que la commission du visa du Centre national de la cinématographie émettait un avis défavorable à la sortie de notre film, certaines personnes ont brusquement changé d’avis. Alors que le film ne posait, jusque là, aucun problème, nous avons été accusés d’être les porte-paroles des salafistes, et même, par certains, de Daech. Un comble !

         Nous reprocher de faire l’apologie du terrorisme est totalement aberrant. Derrière ce travail, il y a une enquête, deux ans de tournage, un an de montage, et beaucoup de réflexion.

         Quand je lis dans un édito du « Figaro », qu’on nous compare à Dieudonné, je me dis que ces personnes n’ont pas vu le film, que nous sommes en plein délire, et que c’est proprement insultant.

Nier plutôt que d’affronter la réalité

         Mais cette polémique en dit long : j’ai l’impression que nous cristallisons le fait qu’aujourd’hui, en France, nous n’avons pas assumé 20 années de montée de l’islamisme radical, et même que nous l’avons nié. Y compris depuis les attentats de « Charlie » et de l’Hyper Cacher en janvier 2015. La société française est dans le déni le plus complet. Ce n’est pas la première fois. On ne veut pas affronter la réalité.

         Ce ne sont ni Lemine Ould M. Salem ni moi-même qui avons inventé le terrorisme. Nous n’avons pas non plus créé l’islam radical. Nous ne sommes que des messagers, et comme dans l’Antiquité, c’est celui qui apporte des mauvaises nouvelles que l’on assassine.

         Le pire dans cette histoire, c’est que le public, lui, semble véritablement apprécier notre documentaire. Lors de l’avant-première du film, qui s’est tenu mardi soir à l’Institut du monde arabe, personne ne nous a posé ces questions absurdes que posent certains politiques et certains journalistes.

         L’ensemble de la salle semblait avoir compris notre film. Comme lors des autres projections.

Notre documentaire est mis au même plan qu’un film porno

         Ce mercredi, la ministre de la Culture Fleur Pellerin a pris la décision d’interdire notre film aux moins de 18 ans. C’est délirant, car cela implique qu’il ne pourra plus être diffusé à la télévision – même sous forme d’extraits lors d’émissions pour en parler –, que nous bénéficierons d’aucune subvention du CNC et surtout que toutes les projections organisées avec des enseignants, dans des lycées, à leur initiative, en banlieue, sont annulées.

         Aujourd’hui, notre documentaire est tout simplement mis sur le même plan qu’un film pornographique.

         Dire que pour les adultes, cela va, mais pas pour les jeunes, c’est le principe même de la censure. Or, je pars du principe qu’il faut prendre les spectateurs pour des gens intelligents, quel que soit leur âge.

         Si en voyant notre documentaire, un adolescent décide de se radicaliser, c’est que quelque part, nous avons déjà perdu. Que nos idées ne résistent pas à la propagande des djihadistes. Interdire ce film, c’est permettre à Daech de triompher en disant :

         « Voilà, nos idées font tellement peur que l’on ne veut pas les entendre. »

Un acte citoyen et de salut public

         J’espère sincèrement que notre documentaire sera vu par un maximum de gens.

Claude Lanzmann s’est exprimé et j’ai été ravi de l’entendre dire que notre film était « nécessaire », car c’est tout à fait ce que nous avions en tête : réaliser un acte citoyen. Un acte de salut public.

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From → Revue de Presse

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