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8 mars : au-delà du folklore, obtenir des droits

by sur 5 mars 2016

Poursuivant la publication d’articles et de prise de positions de femmes maliennes commencée hier, on ne sera pas surpris, aujourd’hui,  d’entendre une militante au franc parler qui ne s’est pas fait que des amis dans la gente masculine !

Mais ce que les autres pensent d’elle n’est pas de son ressort : elle assume.

Mme Diakité Fatoumata Siré, présidente de l’Association pour la promotion et la défense des femmes, dénonce la célébration folklorique du 8 mars dans son pays,  alors qu’il s’agit, au départ, d’une journée de revendication.

J’ai le souvenir d’une anecdote, lors d’une marche sur la falaise dogon; nous campions dans les villages, réglant hébergement et nourriture directement à l’association des femmes qui s’en occupait. La présidente était très fière de nous nous raconter que le 8 mars, les femmes se levaient à 4h pour,  avant leur « journée de fête », balayer entièrement le village ; ensuite, elles préparaient de la nourriture pour les hommes… ne levant véritablement le pied qu’en milieu d’après-midi, deux heures avant de se remettre à préparer le repas du soir.

Trois jeunes maliennes de 15 à 18 ans, ont accepté de parler de leur avenir, et de la manière dont elles conçoivent leur future  vie de femme. 

Présidente de l’APDF, Mme Fatoumata Siré Diakité : « La journée du 8 mars doit être une tribune de revendications et non de folklore comme on le voit dans certains pays africains comme le nôtre “

Réalisé par Kassoum THERA –  Aujourd’hui-Mali – Posté le 05/03/2016    

Dans une interview exclusive qu’elle a bien voulu nous accorder à quelques jours du 8 mars, journée dédiée aux femmes dans le monde entier, la présidente de l’Association pour la promotion et la défense des femmes (Apdf), Fatoumata Siré Diakité, ex-ambassadeur du Mali en République fédérale d’Allemagne, explique la symbolique de cette journée, ainsi que les différents acquis et défis dans le cadre du combat pour la promotion du droit des femmes.

Aujourd’hui  En tant que femme leader d’opinion de la société civile malienne, quelle est selon vous la symbolique du 8 mars ?

Fatoumata Siré Diakité : La symbolique du 8 mars est très importante et pour nous elle se situe dans le cadre de la revendication des droits des femmes.

Car à titre de rappel, ce sont des femmes qui se sont  battues aux USA   pour que leurs droits soient respectés. Elles ont fait la grève jusqu’à ce que leurs revendications soient prises en compte. C’est à partir de ce combat que le 8 mars a été choisi par les Nations-unies comme Journée internationale des  droits des femmes.

Cette journée au sens réel du terme est une journée de revendications et de bilan. Les femmes doivent profiter de cette journée pour faire le bilan des acquis et remettre aux autorités des revendications. Aujourd’hui, ces revendications ont pour noms : l’autonomisation des femmes, l’accès des femmes à la justice, la levée de la discrimination dont les femmes font l’objet.

Est-ce que c’est le cas au Mali ?

Malheureusement  non. Il n’y a que du folklore, des uniformes, et on se retrouve au Cicb avec des gros sacs, des défilés de mode. Juste vous dire jusqu’à quel point la journée du 8 mars a  été dénaturée complètement dans certains pays africains comme le nôtre.

S’agissant du bilan dans le cadre de la promotion du droit des femmes, quels sont de nos jours les acquis et les défis à relever ?

Je ne pourrais pas faire un bilan de façon globale sur les acquis au Mali. Je laisse le soin de le faire au ministre de la Promotion de la femme.

Mais s’agissant de l’Apdf, nous pouvons dire que notre bilan est globalement positif. Car nous nous sommes fixé pour  objectif  de créer un  centre d’hébergement des femmes victimes de violences et nous l’avons créé ici à Bamako, avec  40 lits.

A Mopti également, nous avons un centre pareil avec 20 lits, avec des salles de prises en charge psychologique, médicales. De  2015 à nos jours, ce sont plus d’une cinquantaine de femmes qui ont bénéficié de consultation psychologique.

De janvier 2015 à aujourd’hui, plus de 300 femmes ont été écoutées par l’Apdf dans le domaine de l’aide juridique et l’assistance judiciaire. Et 6O ont bénéficié d’une prise en charge médicale. Même en début de cette semaine, nous avons reçu un couple en manque de communication. Pour la petite histoire, le mari voulait impérativement que sa femme travaille, qu’elle soit active avec son diplôme. Nous avons réglé ce différend en offrant à la jeune femme un stage à l’Apdf. Nous recevons quotidiennement des couples de ce  genre avec des motifs différents.

Il y a des femmes qui viennent nous voir aussi pour des problèmes fonciers, des problèmes d’héritage.

Dans la journée d’hier aussi, nous avons reçu une femme de Bafoulabé dont le mari est décédé. Bien vrai que son mari défunt a des héritiers, le maire de la localité a transféré le titre de propriété de sa maison au nom du frère du défunt, avec pour argument que le défunt mari avait déjà une maison à son nom et pourquoi ne pas donner celle-là.

Vous avez vu comment les choses sont compliquées.

Dans nos différentes actions sur le terrain, nous avons donné des actes de naissance aux enfants de  Tombouctou et Gao qui sont nés sous la crise car l’acte de naissance est le premier document administratif et civil d’une personne. Nous en avons donné  1 200 à Gao, 1 000 à Tombouctou. Nous allons faire 1 500 à Kidal, mais cette fois-ci ce ne serait pas avec les enfants nés sous la crise, mais les enfants nés entre  2009 et 2015.

Et nous projetons de prendre en charge l’inscription des filles de Kidal à l’école pour la première année en leur donnant en même temps les fournitures scolaires. Après Kidal ville, nous allons établir des actes de naissance pour les enfants de Tessalit, à la demande du député de cette localité. Hombori et Douentza font partie de notre plan d’actions pour 2016.

Toutes ces actions demandent forcément des moyens. D’où tirez- vous donc  vos ressources financières ?

Nous faisons toutes ces actions grâce à l’accompagnement de  nos partenaires. C’est l’occasion pour nous de les remercier  pour leur confiance. Ces partenaires savent aussi que quand ils nous donnent de l’argent pour quelque chose, on investit dedans. C’est pourquoi, nous prenons soin aussi de leur envoyer les rapports des différentes activités.

En plus d’une Ong allemande qui nous finance, tous les ans pour les actes de naissance, nous partons aussi vers le secteur privé comme la Fondation Bank of Afrika qui nous appuie beaucoup.

Bref, nos partenaires sont nombreux. Je tiens aussi à vous préciser que nous célébrons des mariages civils entre des couples qui sont mariés de façon coutumière. Pour votre information, certains de ces mariages sont vieux de plus de 30 ans.

Nous faisons aussi  la formation des hommes afin qu’ils soient nos ambassadeurs contre les violences faites aux femmes. Nous avons fait aussi la formation de la chaine professionnelle qui s’occupe de ces violences, à savoir les médecins, les policiers, les gendarmes, les magistrats, les avocats et les gardiens de prisons.

Toute cette chaine de formation a été préparée par nos soins afin de les amener à un changement de comportement pour qu’on puisse avoir des points focaux au niveau de ces différents services

Dans le cadre de la protection des droits des femmes, avez-vous un appel à lancer aux autorités et aux femmes maliennes ?

J’invite les autorités à avoir une volonté politique affichée et progressiste car nous avons eu la loi sur la promotion du genre, mais nous, à l’Apdf, nous pensons que les femmes maliennes méritent  plus que les 30% qui demeurent en deçà de l’engagement des femmes dans le développement de notre pays.

Les femmes sénégalaises en sont à la parité. Elles ne sont  pas meilleures que nous dans le cadre de leur implication dans la vie active. Si nous commençons par 30%, quand atteindrons-nous la parité ?

Par ailleurs, je demande aux autorités de faire en sorte que le  code de la famille et des personnes qui  a été adopté dans la précipitation et sous le chantage en 2011 soit déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale pour qu’elle soit en phase avec nos époques et les réalités du pays.

L’autre phénomène sur lequel je vais insister, c’est le fait que, de plus en plus  de femmes sont tuées par leur conjoint. Cela est inacceptable et inadmissible. Nous avons assisté ces derniers temps à des scènes horribles et aucun membre du gouvernement n’a réagi pour condamner ces actes barbares, je voudrais parler du cas Kamissa et d’autres.

En plus de cela, une autre  fille a reçu plusieurs balles de son mari. La fille est parvenue à faire condamner l’auteur des coups à cinq ans de prison au tribunal, avant que la justice, après appel de son bourreau, ne le blanchisse encore plus tard. Ce sont ces injustices judiciaires dont les femmes sont victimes. Les femmes maliennes ont besoin de justice.

L’appel que j’ai à lancer aux femmes, c’est de les inviter à l’unité. Nous devons mettre de côté nos  ambitions personnelles afin que les autorités puissent prendre au sérieux nos préoccupations.

Faire avancer le Mali et les droits des femmes

Par David Baché Publié le 04-03-2016 Modifié le 04-03-2016 à 16:34

Fati, Malienne de 15 ans: «J’aimerais devenir pédiatre pour sauver des vies et améliorer le pays, pour offrir un avenir aux enfants.»

A l’occasion de la Journée internationale de la femme, célébrée le 8 mars, trois jeunes Bamakoises de 15 à 18 ans racontent comment elles envisagent leur avenir de femme. Couple, travail, société : quels sont leurs rêves ? Les trois jeunes femmes partagent le désir de faire avancer leur pays et les droits des femmes.

« J’aimerais devenir pédiatre pour sauver des vies et améliorer le pays, pour offrir un avenir aux enfants. », rêve Fati, 15 ans. Sa vocation, elle l’a conçue en mêlant un altruisme spontané et une expérience personnelle douloureuse. « Ma cousine est morte dans un accident de voiture avec ses deux enfants. Elle n’a pas été soignée à temps. Il y a des médecins au Mali, mais pas assez pour les besoins de tous les Maliens. » Alors, Fati construit son Mali du progrès social et sanitaire : « J’imagine un futur où tout le monde pourra venir consulter, témoigne-t-elle avec une douce colère. Ici, c’est très difficile : si tu n’as pas les moyens, tu ne peux pas te soigner, parce que les médicaments sont chers. » 

En quatre ans, le Mali a connu une rébellion indépendantiste, un coup d’Etat, une guerre et l’avènement d’une menace terroriste omniprésente. Le retour à l’ordre constitutionnel puis la signature d’un accord de paix ont remis le pays sur les rails, mais n’ont pas encore suffi à ramener la quiétude pour ses habitants. « Le Mali actuel me préoccupe vraiment, affirme Fati avec gravité. J’aimerais que le terrorisme prenne fin et que la paix y règne définitivement. » 

Là encore, l’expérience familiale est déterminante : « J’ai mes oncles dans le Nord, dans le Gourma Rharous (entre Gao et Tombouctou, ndlr). J’ai très peur que les terroristes ne tombent sur eux et s’emparent de tous leurs biens, qu’ils leur fassent du mal. Dans dix ans, quinze ans, je rêve que le Mali avance, que les terroristes arrêtent de faire la guerre et que les disputes entre les différentes communautés prennent fin. »
         Mais le pays n’est pas tout, et Fati pense aussi à sa vie familiale. « Je veux me marier et avoir des enfants… mais pas trop ! Trois ou quatre, c’est suffisant ! », prévient-elle, alors que le taux de fécondité au Mali frôle les sept enfants par femme, avant de s’expliquer : « Quand on en a plus, ça fait trop de dépenses, et si on n’en a qu’un seul, c’est triste. » 

Au Mali, conformément aux règles de l’islam, chaque homme est autorisé à épouser quatre femmes. « Mon père n’a qu’une femme : ma mère, précise Fati d’un air décidé, et moi je ne m’imagine pas avec des co-épouses. J’ai peur des disputes qui empêchent la paix dans la famille. »

Indépendance
         « Je veux devenir ingénieur agronome. Mon père, paix à son âme, était ingénieur agronome et je veux faire comme lui, pour moi-même et pour le Mali, parce que cette activité est nécessaire. » Mariam, 15 ans, partage avec son amie Fati un engagement précoce et l’amour de son pays« Le Mali a besoin d’agriculteurs pour mieux se développer. Je veux les aider à se relever, à ne pas rester en bas de l’échelle. Certains manquent d’eau, de terres, c’est eux que je veux aider. »

 Et comme sa camarade, Mariam puise ses résolutions dans son vécu, dans ces images quotidiennes qui, après avoir touché son cœur, impriment leur marque dans son esprit : « Tous les jours, quand je pars à l’école, je passe devant des agriculteurs qui ne cultivent que de petites parcelles. Ils n’ont pas assez de terrain. C’est joli à voir : quand je me réveille, ils sont dans la nature, ça me plaît. Pendant la saison sèche, leur puits ne donne pas assez d’eau. Si je deviens ingénieur agronome, je pourrais les aider. »
         Mais pour Mariam, le développement du Mali passe aussi par celui des droits des femmes. Et cette conviction, c’est une affaire de famille : « Ma mère travaille dans un centre pour la promotion des jeunes filles et des femmes. Elle veut que la femme soit fière dans le monde, qu’elle ne se rabaisse pas. C’est important pour moi aussi. Ici, les femmes n’ont pas les mêmes droits que les hommes. »

Une pensée nourrie d’exemples concrets, qui la mettent en colère : « Dans certaines familles, on empêche les femmes de travailler, de gagner leur propre argent. Il y a aussi des violences contre les femmes, et même des violences sexuelles. Je pense aussi à l’excision. Ce n’est pas une bonne chose, ça crée des problèmes de santé et ça fait mal. » Dans un pays où 85% des femmes subissent cette pratique, les propos de Mariam sont un signe d’indépendance d’esprit et de force de caractère.

Là encore, l’ombre bienfaitrice de la mère n’y est pas étrangère : « Dans ma famille, nous ne sommes pas excisées. Notre mère l’est, mais elle n’a pas voulu ça pour ses enfants. C’est dans la tradition, mais ce n’est pas bon pour les femmes. » 

Le discours de Mariam devient alors plus militant : « Nous, les jeunes Maliennes, nous pouvons changer les choses. Moi, par exemple, je fais du football et du kung-fu. Ce sont des sports de garçon, mais c’est ça que j’aime et nous avons les mêmes droits, donc je ne me gêne pas ! Nous devons nous battre. »

Ce qui n’empêche pas la jeune femme de rêver d’un foyer : « Je veux me marier et avoir des enfants. J’en veux quatre ou cinq, puis c’est fini ! Je ne suis pas contre l’idée que mon mari ait plusieurs femmes, s’il le souhaite, parce qu’aujourd’hui les femmes sont plus nombreuses que les hommes. Ce n’est pas contradictoire avec le fait de défendre les droits des femmes : si je refuse d’avoir une co-épouse, comment les autres femmes non mariées vont faire ? » 

Logique et rigueur, indépendance et liberté de réflexion : Mariam ne triche pas. Ni dans un sens, ni dans l’autre, comme quelqu’un qui a tout à réaliser mais rien à prouver.

Détermination

Malado Sidibé, Malienne de 18 ans: «J’aimerais gérer ma famille moi-même, être indépendante, ne pas devoir compter sur mon mari.» © RFI / David Baché

« Je veux être comptable dans une entreprise, parce que j’aime compter l’argent ! », confie Malado,18 ans. Son immédiat éclat de rire rassure… Lycéenne en terminale Eco-Comptabilité, Malado veux « avoir une bonne place. » Derrière ce discours très pragmatique se cache une volonté farouche d’émancipation. « J’aimerais gérer ma famille moi-même, être indépendante, ne pas devoir compter sur mon mari. »

Un désir d’autonomie qu’elle développe avec plaisir et logique : « Si tu travailles, tu peux t’occuper de tes envies sans avoir à demander d’aide à qui que ce soit. Je ne veux pas être une femme au foyer qui demande tout à son mari, ça ne me fait pas rêver du tout ! Ici, la majorité des femmes dépend de son mari, et moi je pense que ce n’est pas une bonne chose. Une femme doit pouvoir se débrouiller seule. Sinon c’est comme une prison ! »

Dès lors, difficile d’imaginer la jeune femme avec un mari polygame. « J’aimerais être la seule épouse de mon mari. Les autres font ce qu’elles veulent, mais moi je veux être tranquille avec mon mari. » Politiquement, Malado semble moins engagée que ses deux camarades, mais son discours n’en est pas moins marqué par l’actualité récente : « Je veux le meilleur pour mon pays. Il y a plein de conflits, de désaccords, de problèmes… Il faudrait se donner la main pour que le pays avance. Il faut en finir avec le racisme et les rivalités. » 

Fati la Songhoye, Mariam la Bambara, Malado la Peule : trois jeunes femmes, trois communautés, et la même envie de vivre et travailler pour faire avancer le Mali. Et pour faire évoluer les droits des femmes, dans un pays où le Code de la famille continue de leur attribuer officiellement un statut inférieur. 

 

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From → Revue de Presse

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