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Jihad en Afrique : le recrutement s’élargit

by sur 17 mars 2016

Dernière mise à jour le 18 mars à 17h30

Plus besoin  de faire venir des combattants étrangers : l’occupation du Nord Mali a permis de consolider un ancrage du jihadisme dans la population,  entamé dés la fin des années 80 par l’Arabie Saoudite avec l’implantation du wahabisme.

Ce qui a élargi le recrutement des terroristes aux Peuls, Bambaras, Songhaïs, de peaux noires… qui se fondent beaucoup plus facilement dans la masse des populations du sud malien, en Côte d’Ivoire, au Burkina et, demain, au Sénégal, voire au Bénin.

RECRUTEMENT DES JEUNES LOCAUX PAR AQMI : Comment couper l’herbe sous les pieds des djihadistes

Le Pays (BF) du 16 mars 2016

L’un des responsables d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), l’Algérien Yahia Abou el-Hammam, expliquait récemment dans une interview sur un site d’information mauritanien, que l’organisation n’avait plus besoin d’envoyer des gens des zones du Nord opérer dans les zones du Sud parce que les jeunes recrues originaires elles-mêmes du Sud, pouvaient s’en charger. Et les attaques de Grand-Bassam, si besoin en était, le prouvent à souhait.

Le prosélytisme d’AQMI en Afrique subsaharienne est donc payant. Nos Etats surpris, se réveillent douloureusement  avec le mal dans la peau, avec un risque élevé de cancérisation. Et pourtant, point n’était besoin d’être marabout instruit pour lire ce scénario-catastrophe.

 D’abord, parce qu’historiquement, les rapports entre le monde arabo-berbère et l’Afrique noire sont tumultueux. Les livres d’histoire scolaires  le rappellent à notre bon souvenir : le déclin au XIème siècle du premier grand empire noir, l’empire du Ghana, a été le fait  des attaques djihadistes menées par les Almoravides. Gageons que l’histoire ne se répètera pas, tant la stabilité de nos Etats est menacée à nouveau par le péril djihadiste. 

Ensuite, parce que l’Afrique noire postcoloniale partage les mêmes réalités, celles de l’ignorance, de l’extrême paupérisation de certaines franges de la population et des injustices sociales. Les graines du prosélytisme salafiste financé aujourd’hui par le Qatar et l’Arabie Saoudite, tombent sur un terreau fertile où elles ont été entretenues par des prédicateurs radicaux. 

Le chaos libyen et la déflagration au Nord-Mali, en plus d’avoir servi de mèches pour mettre le feu aux poudres, a donc consacré l’éveil d’un monstre. Les scènes de violence au Maghreb, au Moyen Orient  et au Nigeria par leurs filières de recrutement ou en servant d’exutoire aux migrations méditerranéennes avortées, ont contribué à l’expansion d’un phénomène qui n’épargne plus aucune partie de la planète.

Ce sont les familles qui peuvent déceler et parer au plus tôt à toute déviance suicidaire

L’Afrique paie donc son insouciance ou son manque de pro-activité. Mais l’heure n’est pas aux regrets stériles. Le fantôme est dans la maison et il faut l’en extirper.  Il faut donc tirer leçon de ce passé lointain et proche pour arracher les racines du mal. De l’historique et du mouvement « d’autochtonisation » du djihadisme par l’apparition des « Ansar » (entendez par là les locaux), on peut percevoir deux types de facteurs : les facteurs objectifs que sont l’ignorance, la pauvreté et les injustices sociales d’une part, et les facteurs subjectifs que sont les croyances plus ou moins sujettes à des endoctrinements aux mobiles souvent sombres d’autre part.  Il faut donc des réponses appropriées selon les types de facteurs. 

Pour ce qui est des facteurs objectifs, la lutte contre le terrorisme passe par l’éradication de l’ignorance, de toutes les formes d’injustices sociales et de la pauvreté ; toutes choses qui nécessitent une planification plus rigoureuse des stratégies de développement. En plus des efforts de scolarisation et d’éducation, un accent particulier doit être mis sur la création d’emplois pour les jeunes. A regarder la moyenne d’âge des terroristes des « Ansar » abattus tant à Ouagadougou qu’à Grand- Bassam (autour de 23 ans), on ne peut qu’indexer le désœuvrement et la pauvreté. Dans un monde aux allures de village planétaire où les médias font quotidiennement étalage de l’opulence d’un monde occidental repu, tous les moyens peuvent paraître bons. Or, les djihadistes, enrichis par tous les trafics illicites et autres rapts d’Occidentaux, ont de quoi appâter les jeunes. Le démantèlement des trafics de drogue et autres stupéfiants, qui, non seulement fournissent le nerf de la guerre, mais aussi dopent les jeunes pour l’action, sont aussi une autre exigence de cette lutte contre la terreur. 

Pour ce qui est des facteurs subjectifs, les dirigeants se doivent d’être plus  vigilants dans l’observation de la laïcité, celle comprise dans le sens de la cohabitation pacifique, mue par les valeurs de tolérance mutuelle entre toutes les religions et leur compatibilité avec l’Etat de droit républicain. Mais les familles sont tout aussi interpellées. Elles sont responsables de l’éducation de leurs enfants et ce sont elles qui peuvent déceler et parer au plus tôt à toute déviance suicidaire.

 

Attentats en Afrique de l’Ouest: le recrutement jihadiste s’élargit

Par AFP — 16 mars 2016 à 19:26 (mis à jour à 19:31)

  Après Bamako en novembre, Ouagadougou en janvier, le scénario s’est répété dimanche sur la plage ivoirienne de Grand-Bassam, ensanglantée par des assaillants jeunes, difficilement discernables du reste de la population, preuve de l’extension du recrutement jihadiste en Afrique de l’Ouest.

Comme à chaque fois, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), revendiquant l’attaque qui a fait 19 morts près d’Abidjan, la capitale économique, n’a révélé mardi que le prénom de leurs auteurs, en majorité de couleur noire, auquel était accolé un adjectif renvoyant à leur origine.

«Al-Fulani», c’est-à-dire peul, une ethnie disséminée dans toute la bande sahélo-saharienne, pour deux d’entre eux. Et «al-Ansari» pour le troisième, afin de désigner un jihadiste autochtone, par opposition à «al-moujaher», venant de l’extérieur, un qualificatif de plus en plus rare dans la sphère jihadiste en Afrique de l’Ouest.

Les assaillants de Ouagadougou, la capitale burkinabè, le 15 janvier, étaient ainsi tous trois des «Ansari» – dont un «Fulani» – de même que ceux d’un grand hôtel de Bamako le 20 novembre, visiblement très jeunes.

Par ailleurs, au moins 22 personnes ont été tuées et 18 blessées mercredi dans un attentat-suicide perpétré par deux femmes déguisées en homme dans une mosquée de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria.

Dans la région, c’est le groupe islamiste nigérian Boko Haram qui a «changé le profil des auteurs d’attentats suicide, masculins et adultes», selon Victor Lloyd, agent spécial du FBI, la police fédérale américaine, et attaché juridique à l’ambassade des Etats-Unis à Dakar, d’où il couvre 11 pays.

Outre les femmes, «Boko Haram a utilisé des enfants, parfois de seulement neuf ans», a déclaré à l’AFP lors d’une simulation d’attentat au Sénégal il y a trois semaines M. Lloyd, précédemment en poste au Nigeria.

Base de recrutement élargie

Au Mali, dont le nord du territoire avait été transformé en sanctuaire par les groupes liés à Al-Qaïda jusqu’au lancement d’une intervention militaire à l’initiative de la France en janvier 2013, l’avancement du processus d’enracinement local a conduit un influent chef tribal touareg à recommander l’ouverture de «discussions avec les jihadistes maliens».

«En retour, ils vont aider le Mali à se débarrasser des jihadistes venus d’ailleurs», devenus minoritaires dans le pays par rapport aux recrues locales, a prévenu l’Amenokal (chef élu par les sages) des Ifoghas, Mohamed Ag Intalla, dans un entretien avec l’AFP.

Dans une interview au site mauritanien Al-Akhbar publiée en janvier, un chef d’Aqmi, Yahya Abou El Hamame, se félicitait du «franchissement d’un cap important», sur le plan à la fois géographique et ethnique, «le fleuve Niger, qui sépare le nord et le sud» du Mali.

«Aujourd’hui, les moujahidine ont constitué des brigades et bataillons composés de fils de la région, de nos frères noirs, Peuls, Bambaras et Songhaï. Et ce sont ces brigades qui effectuent des opérations là-bas, de sorte que nous n’avons plus besoin d’envoyer des frères au sud», expliquait-il.

Selon Yvan Guichaoua, spécialiste du Sahel, «les graines des mouvements autochtones actuels» ont été semées bien avant la création d’un sanctuaire jihadiste au Mali en mars-avril 2012, car ces groupes disposaient déjà d’«ancrages locaux: en Mauritanie, vers Tombouctou ou Gao».

«La base de recrutement a cependant été élargie pendant l’occupation, via l’enrôlement et l’entraînement de très jeunes recrues – camp de formation à Gao – ou en capitalisant sur l’hostilité envers le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad, rébellion touareg): Arabes de Gao, Peuls de Menaka/Ansongo», précise-t-il.

L’opération française «Serval s’est trouvée face à de très très jeunes combattants locaux», souligne Yvan Guichaoua. Il se dit néanmoins «pas certain que le vivier soit inépuisable, tout dépend de la manière dont les réseaux de clientèle fonctionnent et dont les leaders +tiennent+ leurs communautés et leurs jeunes».

Lors du lancement en février de l’exercice militaire Flintlock, organisé annuellement par les Etats-Unis en Afrique, le commandant des opérations spéciales américaines sur le continent, le général Donald Bolduc, affirmait qu’une de ses missions était de contrecarrer les «outils de recrutement» des jihadistes.

«Quand vous n’avez ni travail ni éducation, vous n’avez pas d’espoir. Et si quelqu’un vous offre un entraînement, une arme, une femme, faute de bonne gouvernance, c’est tentant», reconnaissait-il, estimant que la clé est de «légitimer le gouvernement» aux yeux de la population: «C’est elle qui voit qui contrôle la zone et avec qui elle doit traiter pour vivre».

 

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From → Revue de Presse

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