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Quel avenir pour le Franc CFA ?

by sur 10 avril 2016

A la fois instrument de stabilité monétaire et dernier outil tangible de la colonisation, le Franc CFA est à nouveau sur la sellette au sommet de Yaoundé au Cameroun.

Franc CFA : 15 pays africains à l’heure du choix entre stabilité et liberté

 Agence Ecofin – dimanche, 10 avril 2016 03:53

(Agence Ecofin) – Ce samedi à Yaoundé les argentiers des 15 pays africains qui ont en partage le franc CFA se sont réunis avec le ministre des finances français Michel Sapin. A l’ordre du jour, la situation des économies africaines, touchées par l’effondrement des cours des matières premières, qui enregistrent un déficit croissant des comptes courants et un endettement qui prend l’ascenceur.

Mais le sujet qui fait débat reste l’avenir du franc CFA, autrefois « franc des Colonies françaises d’Afrique », créé en 1945, devenu aujourd’hui « franc de la Communauté financière africaine ».

Ses partisans soulignent que le taux de change fixe lié l’euro, ainsi que la garantie de la France, confèrent aux économies CFA une stabilité profitable. C’est par exemple d’avis de Lionel Zinsou, président d’Africa France et ex-Premier ministre du Bénin : « Le franc CFA est une monnaie d’intégration » estime-t-il, jugeant cet atout« très important pour développer des grands marchés intérieurs ».

Les détracteurs de la monnaie franco-africaine dénoncent le coût exorbitant de cette tutelle qui exige un dépôt de garantie en France correspondant à 50% des réserves de change des 15 pays CFA, ce qui représentait, en 2015, la somme de 14 milliards d’euros. Ils déplorent également que, de fait, des pays africains soient contraints d’adopter la politique monétaire de l’euro, qui n’est pas toujours conforme à leurs intérêts.

A ce titre, le chef de l’Etat tchadien, Idriss Déby, déclarait pour les 55 ans de l’indépendance de son pays : « Cette monnaie, elle est africaine. Il faut maintenant que, réellement, dans les faits, cette monnaie soit la nôtre. (…) Il y a des clauses qui sont dépassées. Il faudra les revoir dans l’intérêt de l’Afrique et dans l’intérêt aussi de la France. Ces clauses tirent l’économie de l’Afrique vers le bas. ».

Son avis semble aujourd’hui partagé par son homologue du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, qui déclarait la semaine passée : « Il est clair que tôt ou tard c’est une discussion qu’il faudra ouvrir, au regard également des difficultés que traverse l’Europe depuis quelques années ».

Quant à la France, elle assure que les pays africains sont tout à fait libres de renoncer à cette tutelle : « La France est entièrement ouverte à toutes les discussions. Tous les pays membres de cette zone monétaire sont libres et indépendants », assure Michel Sapin, ministre des finances de l’Hexagone. Nicolas Sarkozy avait fait, en son temps, une déclaration similaire sur ce sujet.

 Afrique : l’avenir du franc CFA en toile de fond d’un sommet à Yaoundé

Par AFP – 7 avril – Mis à jour le 09 avril 2016 à 10h36

Quelle politique monétaire, pour quels objectifs ? Les ministres des Finances de la zone franc vont tenter de faire converger samedi leurs positions lors d’un sommet à Yaoundé, sur fond d’interrogations persistantes sur l’avenir du franc CFA, dont certains souhaitent l’abandon.

Ce sommet d’une journée réunira les ministres des 15 pays d’Afrique de l’ouest et du centre utilisant le franc CFA, mais aussi le ministre des Finances français Michel Sapin. Il vise à faire le point sur la situation économique et les réformes en cours au sein des pays membres de la zone.

Il sera question notamment « d’intégration commerciale », jugée incomplète en raison d’une application insatisfaisante des règles douanières, et de « l’impact de la chute du cours des matières premières sur les pays de la zone », détaille une source proche des discussions.

Au-delà de ces sujets d’actualité, c’est la question de l’avenir du franc CFA qui pourrait revenir sur le tapis, à la faveur des échanges entre ministres et banquiers centraux sur sa convertibilité et sur son fonctionnement.

Le débat sur le franc CFA, récurrent depuis la création de cette monnaie voilà 70 ans, a été relancé en 2015 par les critiques virulentes du président tchadien Idriss Déby qui a appelé les pays de la zone franc à se doter de leur propre monnaie.

« Cette monnaie, elle est africaine. Il faut maintenant que réellement, dans les faits, cette monnaie soit la nôtre », avait-t-il déclaré lors de la célébration des 55 ans de l’indépendance du Tchad.

« Il y a des clauses qui sont dépassées. Ces clauses-là, il faudra les revoir dans l’intérêt de l’Afrique et dans l’intérêt aussi de la France. Ces clauses tirent l’économie de l’Afrique vers le bas », avait-t-il ajouté.

Le « CFA », nom donné à deux monnaies distinctes, utilisées en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, est lié à l’euro par un système de parité fixe. Pour garantir cette parité, les Etats africains doivent déposer 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor français.

Monnaie unique régionale ?

Ce lien fort avec l’euro est considéré par beaucoup comme un gage de stabilité. « Le franc CFA est une monnaie d’intégration » ce qui « est très important pour développer des grands marchés intérieurs », a estimé en décembre le Premier ministre béninois Lionel Zinsou.

Mais le système est aussi accusé de freiner le développement de l’Afrique, en obligeant les Etats concernés à calquer leur politique monétaire sur celle de la zone euro, en dépit d’impératifs économiques parfois divergents.

« Les partisans disaient que le franc CFA pourrait favoriser le développement et l’intégration de nos pays. Or rien de tel ne s’est produit depuis 50 ans », juge Demba Moussa Dembélé, directeur du Forum africain des alternatives.

Comme de nombreux économistes africains, ce dernier appelle de ses voeux la création, à l’horizon 2020, d’une monnaie unique pour remplacer le « CFA », avec la fin de la parité fixe avec l’euro.

Quels pays concernés? Quelle convertibilité? Tous, dans les modalités, ne sont pas d’accord: certains souhaitent une évolution du système, via une réunion des deux francs CFA ou bien un arrimage à un panier de devises (euro, dollar, yuan); d’autres, partisans d’une vraie « rupture », prônent la création d’une monnaie indépendante, au sein par exemple de la Cedeao (15 pays d’Afrique de l’ouest, dont le Nigeria)…

« A ce stade, ça reste encore de la rhétorique, il n’y a rien de concret », analyse Noël Magloire Ndoba, ex-doyen de la Faculté des Sciences économiques de l’université de Brazzaville, qui s’étonne du manque d’empressement des responsables africains à ce saisir de la question, pourtant « très discutée » par la société civile.

Lors du dernier sommet de la zone franc, le 2 octobre à Paris, le sujet a pourtant été abordé. « La France est entièrement ouverte à toutes les discussions. Tous les pays membres de cette zone monétaire sont libres et indépendants », a ainsi rappelé Michel Sapin.

Mais depuis, les choses n’ont guère avancé, tous les pays de la zone franc n’ayant pas les mêmes intérêts. Malgré ces atermoiements, la question « finira par s’imposer », pronostique pourtant Noël Magloire Ndoba, qui évoque l’effet de la « guerre des monnaies »: « aujourd’hui, le yuan chinois se répand. Cela modifie la donne ».

 L’avenir du franc CFA se joue à Yaoundé

Le Monde.fr avec AFP Le 08.04.2016 à 17h56

Les ministres des finances de la zone franc vont tenter de faire converger samedi 9 avril leurs positions lors d’un sommet à Yaoundé, au Cameroun, sur fond d’interrogations persistantes sur l’avenir du franc CFA, dont certains souhaitent l’abandon.

Ce sommet d’une journée réunira les ministres des quinze pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre utilisant le franc CFA, mais aussi le ministre français des finances Michel Sapin. Il vise à faire le point sur la situation économique et les réformes en cours au sein des pays membres de la zone.

Il sera question notamment « d’intégration commerciale », jugée incomplète en raison d’une application insatisfaisante des règles douanières, et de « l’impact de la chute du cours des matières premières sur les pays de la zone », détaille une source proche des discussions.

Débat récurrent depuis soixante-dix ans

Au-delà de ces sujets d’actualité, c’est la question de l’avenir du franc CFA qui pourrait revenir sur le tapis, à la faveur des échanges entre ministres et banquiers centraux sur sa convertibilité et sur son fonctionnement.

Le débat sur le franc CFA, récurrent depuis la création de cette monnaie il y a soixante-dix ans, a été relancé en 2015 par les critiques virulentes du président tchadien Idriss Déby qui a appelé les pays de la zone franc à se doter de leur propre monnaie.

« Il y a des clauses qui sont dépassées. Ces clauses-là, il faudra les revoir dans l’intérêt de l’Afrique et dans l’intérêt aussi de la France. Ces clauses tirent l’économie de l’Afrique vers le bas », avait-il déclaré lors de la célébration des 55 ans de l’indépendance du Tchad.

Un frein au développement de l’Afrique ?

Le « CFA », nom donné à deux monnaies distinctes, utilisées en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, est lié à l’euro par un système de parité fixe. Pourgarantir cette parité, les Etats africains doivent déposer 50 % de leurs réserves de change auprès du Trésor français.

Ce lien fort avec l’euro est considéré par beaucoup comme un gage de stabilité. « Le franc CFA est une monnaie d’intégration » ce qui « est très important pour développer des grands marchés intérieurs », a estimé en décembre l’ex-premier ministre béninois Lionel Zinsou.

Mais le système est aussi accusé de freiner le développement de l’Afrique, en obligeant les Etats concernés à calquer leur politique monétaire sur celle de la zone euro, en dépit d’impératifs économiques parfois divergents.

« Les partisans disaient que le franc CFA pourrait favoriser le développement et l’intégration de nos pays. Or rien de tel ne s’est produit depuis cinquante ans », juge Demba Moussa Dembélé, directeur du Forum africain des alternatives.

Quelles évolutions possibles ?

Si certains souhaitent une évolution du système, via une réunion des deux francs CFA ou un arrimage à un panier de devises (euro, dollar, yuan); d’autres, partisans d’une vraie « rupture », prônent la création d’une monnaie indépendante, au sein par exemple de la Cédéao (15 pays d’Afrique de l’Ouest, dont leNigeria).

Lors du dernier sommet de la zone franc, le 2 octobre à Paris, le sujet a été abordé par Michel Sapin : « La France est entièrement ouverte à toutes les discussions. Tous les pays membres de cette zone monétaire sont libres et indépendants ».

Mais depuis, les choses n’ont guère avancé, tous les pays de la zone franc n’ayant pas les mêmes intérêts. Malgré ces atermoiements, la question « finira par s’imposer », pronostique pourtant Noël Magloire Ndoba, doyen de la faculté des sciences économiques de l’université de Brazzaville, qui évoque l’effet de la « guerre des monnaies » « Aujourd’hui, le yuan chinois se répand. Cela modifie la donne ».

Le franc CFA, un outil de contrôle politique et économique sur les pays africains de la zone franc

31 JUIL. 2015 PAR FRATERNAFRIQUE BLOG : FRATERNAFRIQUE

La prédation des ressources économiques et la confiscation de la souveraineté des pays africains de la zone franc s’éterniseront tant que le système néo-colonial et impérialiste de l’Etat français ne sera pas démantelé.

La zone franc et le franc CFA, un système hérité de la colonisation

La zone franc et sa monnaie le franc CFA constituent le seul système monétaire colonial au monde à avoir survécu à la décolonisation. La mise en place progressive de ce système est le résultat de choix stratégiques de la France mettant l’entreprise de colonisation au service des intérêts économiques français. Les monnaies africaines sont supprimées et des banques privées appartenant aux colons mais contrôlées par la France sont créées.

La prédation des ressources économiques et la confiscation de la souveraineté des pays africains de la zone franc s’éterniseront tant que le système néo-colonial et impérialiste de l’Etat français ne sera pas démantelé.

La puissance coloniale exploite les matières premières des colonies pour alimenter l’industrie française et utilise les colonies comme débouchés pour les produits français. Suite à la crise de 1929, la France accentue son repli sur l’empire colonial pour protéger son économie et son commerce extérieur.

La création de la zone franc en 1939 offre le moyen de pérenniser cette stratégie : les échanges avec des pays extérieurs à la zone franc sont interdits, ce qui cimente les liens économiques et commerciaux entre la France et son empire. La monnaie franc CFA (Colonies Françaises d’Afrique) est quant à elle créée en 1945 afin que la dévaluation du franc français au sortir de la guerre n’affecte pas les marchés des possessions africaines de la France. Celle-ci conserve ainsi le leadership dans le commerce extérieur des colonies et réaffirme sa suprématie sur son empire.

Au moment des indépendances, la quasi-totalité des anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne décide de rester dans le giron de la France en signant des accords de coopération monétaire et en adhérant de ce fait à la zone franc. Le franc CFA est d’ailleurs renommé franc de la Communauté Française d’Afrique en 1958. Mais la Guinée refuse cet assujettissement monétaire et sort de la zone franc dans un coup d’éclat. Le président Sékou Touré veut une réelle indépendance politique et économique pour la Guinée, et pour ce faire crée le franc guinéen et quitte la zone en 1960. Au Togo, ancienne colonie allemande membre de la zone franc depuis 1949, des voix s’élèvent également contre le franc CFA en la personne du président Sylvanus Olympio. La sortie de la zone est prévue pour 1963 mais Sylvanus Olympio est assassiné juste avant que l’indépendance monétaire du pays ne soit acquise. Ce n’est que dix ans plus tard, en 1973, que la zone connaît de nouvelles modifications avec la sortie de la Mauritanie et de Madagascar.

C’est également à la période des indépendances que des banques centrales dont seulement la moitié des administrateurs sont des représentants africains sont créées pour émettre le franc CFA. Les présidents de ces institutions sont néanmoins français et restent maîtres de toute décision. Pendant les années 1970 la zone franc connaît des ajustements à la fois techniques et symboliques : révision des accords de coopération monétaire, déménagement des sièges des banques centrales de Paris à Dakar et Yaoundé, diminution du nombre de représentants français au sein des Conseils d’Administration.

D’autre part deux nouveaux pays signent des accords de coopération avec la France et adoptent le franc CFA : la Guinée Équatoriale en 1985 et la Guinée-Bissau en 1997. Malgré ces changements, la France garde la mainmise sur la politique monétaire de la zone franc dont les pays subissent des choix économiques et monétaires dictés par les intérêts français. La France va même jusqu’à décider unilatéralement de la dévaluation du franc CFA en 1994.

La zone franc : une gestion et des principes au service des intérêts français

La zone franc englobe donc aujourd’hui quinze pays : huit pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo), six pays d’Afrique centrale (Cameroun, République Centrafricaine, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad) et les Comores. C’est une organisation financière, monétaire et économique, dont le cœur est la France et l’instrument principal le franc CFA. Cette organisation, gérée par la France, s’appuie sur des institutions africaines : la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la Banque des Etats d’Afrique Centrale (BEAC), la Banque Centrale des Comores (BCC).

Le système franc CFA est basé sur quatre grands principes : la centralisation des réserves de change au Trésor public français, la fixité de la parité franc CFA/euro, la libre convertibilité du franc CFA à l’euro, et la libre circulation des capitaux entre la France et les pays africains de la zone franc. A ces principes s’ajoutent la participation française aux instances de direction des banques centrales africaines, pièce maîtresse du système CFA puisqu’elle garantit l’application sans faille des quatre principes précédemment cités.

La centralisation des réserves de changes : un principe qui bloque l’économie des pays de la zone franc

Chaque banque centrale de la zone franc possède un compte d’opérations au Trésor public français et doit y déposer une partie de ses réserves de monnaie. Depuis 2005, 50% des réserves de change doivent être stockées sur le compte d’opérations en France (jusqu’en 2005 ce pourcentage était de 65).

Il y a donc actuellement environ 8000 milliards de francs CFA venant de la BCEAO et la BEAC stockés au Trésor public, soit plus de 12 milliards d’euros. C’est autant d’argent qui est amputé du budget des États de la zone franc. La France rémunère les banques centrales africaines en intérêts, tout en se servant au passage grâce à des placements privés (des sommes dégagées au profit de la France qui se comptent en centaines de millions d’euros).

Pire, la part d’intérêts versée aux banques centrales est comptabilisée dans l’Aide Publique au Développement ! Dépouillés de la moitié de leurs recettes, les pays africains de la zone franc se retrouvent ainsi dans une situation économique et sociale très difficile, d’autant plus que la France leur impose une rigueur budgétaire (c’est-à-dire une baisse des dépenses publiques) pour que l’approvisionnement du compte d’opérations soit garanti.

La parité fixe franc CFA-euro : une entrave à la compétitivité des économies africaines dans le monde

Hier lié au franc français, le franc CFA est aujourd’hui arrimé à l’euro, c’est-à-dire que la valeur du franc CFA sur les marchés mondiaux dépend de celle de l’euro. Autrement dit, les pays africains de la zone franc n’ont pas le contrôle de leur politique de change et subissent les fluctuations du cours de la monnaie unique européenne. Les recettes de leurs exportations doivent être converties en euro avant de l’être en franc CFA, ce qui signifie que si la conversion entre l’euro et les monnaies étrangères fluctue, les recettes des pays africains de la zone franc fluctuent également.

Actuellement la valeur de l’euro se renforce par rapport aux monnaies étrangères. Par conséquent, la compétitivité des pays de la zone euro, et donc de la zone franc, diminue par rapport au reste du monde. Une baisse de la compétitivité signifiant une plus grande difficulté à vendre ses produits sur le marché mondial, les conséquences pour les pays africains de la zone franc d’un arrimage à une monnaie forte comme l’euro sont considérables : les économies restent faibles, et les population se paupérisent car les matières premières qu’elles produisent ne peuvent ni être exportées ni être transformées.

La libre convertibilité franc CFA/ euro et la libre circulation des capitaux ou comment légaliser la fuite des capitaux

La libre convertibilité s’applique des pays africains de la zone franc à la France et inversement, mais ne concerne pas les échanges entre les trois zones du système CFA. Ce principe facilite les investissements français en Afrique, le rapatriement des capitaux, et l’importation par la France de matières premières, mais bloque les échanges inter-africains.

Les principes de libre convertibilité et libre circulation des capitaux favorisent également la fuite des capitaux de l’Afrique vers la France. Les entreprises françaises installées dans les pays africains de la zone franc peuvent rapatrier librement leurs liquidités vers la France et les transferts d’argent entre la France et l’Afrique s’opèrent sans entraves au profit des élites françafricaines.

La participation française à la gestion des banques centrales africaines

Dans les trois banques centrales de la zone franc, des administrateurs français siègent aux Conseils d’Administration (CA). Dans les faits, la présence d’administrateurs français garantie par les statuts des banques centrales confère à la France un droit de veto lors de la prise de décision. Au CA de la BCC, 4 administrateurs sur 8 sont français alors que les décisions doivent être votées à la majorité. A la BCEAO seuls 2 administrateurs sur 16 sont français, mais l’unanimité est requise pour toute décision majeure (et notamment la modification des statuts).

La situation est la même à la BEAC avec 3 administrateurs français sur 13. Le pouvoir de la France dans ces institutions est donc considérable et la présence de représentants français garantit la mise en œuvre de tous les principes centraux du système CFA.

Un système monétaire qui constitue une entrave à la souveraineté des États africains de la zone franc

Le franc CFA est un liant qui cimente les relations économiques entre la France et les pays africains de la zone franc. Ces pays ne sont pas libres de la gestion de leur politique économique et monétaire, domaine pourtant constitutif de la souveraineté d’un État. Preuve en est la dévaluation de 1994 décidée unilatéralement par la France.

Malgré le passage à l’euro, la France garde la mainmise sur la zone franc, alors même qu’elle n’est plus émettrice de la monnaie d’arrimage. L’adoption de l’euro aurait pu se traduire par une disparition du pouvoir tutélaire de la France sur ses anciennes colonies, or la France a obtenu que les accords de coopération monétaire de la zone franc ne soient pas affectés par l’intégration européenne.

Cinquante ans après les indépendances, la politique monétaire de la zone franc reste donc décidée par la France en fonction de ses intérêts propres. Cinquante ans pendant lesquels cette politique a été complètement déconnectée des vrais enjeux du développement africain tout en permettant à la France de contrôler économiquement et politiquement ses anciennes colonies au profit de son économie nationale, et au préjudice du développement des relations entre pays africains.

Le modèle imposé par le système franc CFA induit une verticalité des échanges (Nord-Sud) au détriment d’une coopération horizontale (Sud-Sud). Un tel système financier, au service des intérêts économiques et politiques de la France, ne peut pas être le vecteur de l’autonomie monétaire et du développement. Il perpétue les relations asymétriques et néocoloniales entre la France et les pays de la zone CFA.

 

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