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Le photographe Malick Sidibé est décédé

by sur 15 avril 2016

Alors même qu’un autre monument de la photographie malienne, Seydou Keïta, est à l’honneur au Grand Palais à Paris (jusqu’au 11 juillet), Malick Sidibé, photographe réputé est décédé à l’âge de 80 ans à Bamako.

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Mort du photographe malien Malick Sidibé, l’homme qui rendait vivants ses sujets

  • Luc Desbenoit – Publié le 17/03/2007.Mis à jour le 15/04/2016 à 11h44.

Les portraits de ce fils de paysan peul ont fait le tour du monde. Des clichés en noir et blanc qui, du Mali à la Bretagne, révélaient ce que les modèles avaient de plus singulier. Il s’est éteint jeudi 14 avril 2016 à 80 ans.

Il était, avec Seydou Keïta, actuellement exposé au Grand palais à Paris, une des star de la photographie africaine, célèbre pour ses photos de la jeunesse malienne saisie dans les années 60. Sur le terrain, mais aussi dans son studio à Bamako, où il travaillait avant de le transmettre à son fils, récemment. Nous republions cet article paru en 2007 dans Télérama, à l’occasion d’une exposition qui lui était consacré à Lannion, en Bretagne. 

Nous avions déjà rencontré le photographe Malick Sidibé à Bamako, au Mali, il y a quatre ans, dans son petit studio à la peinture écaillée, encombré de boîtes de photos empilées en vrac, des photos qui valent aujourd’hui de l’or. Nous le retrouvons ce premier week-end de mars à Lannion, en Bretagne, toujours aussi disert et gai, à 70 ans passés, toujours en boubou, accompagné de sa fille Hari, l’une de ses treize enfants, qui l’accompagnent à tour de rôle lors de ses nombreux déplacements à l’étranger. Cette fois-ci, pour le vernissage d’une exposition de portraits qu’il a réalisés, l’été 2006, dans trois petites com­munes voisines des Côtes-d’Armor (Plou­ha, Le Faouët et Pommerit-le-Vicomte), à la demande de l’association GwinZegal (1).

Qu’il soit assis sur la chaise branlante du pas de sa porte, à Bamako, dans la poussière et la chaleur de cette rue populeuse, ou bien sous ce ciel de pluie breton, coiffé d’un feutre noir sans bord, Malick Sidibé parvient aussitôt à faire oublier sa foudroyante notoriété. Couronné du prix Hasselblad (en 2003), la plus prestigieuse distinction mondiale pour un photographe, alors décernée pour la première fois à un Africain, ce fils de paysan peul, qui a gardé les moutons et travaillé la terre à la houe avant de devenir le portraitiste le plus couru de la capitale malienne, rappelle qu’il doit avant tout son succès à l’humilité dont n’importe quel commerçant doit faire preuve. « J’ai toujours cherché à faire plaisir au client. C’était mon gagne-pain. Si t’es pas bon, t’es pas payé, on ne t’achète pas ta photo. »

“Si le client est intimidé, s’il n’est pas à son aise, c’est foutu.”

Bien qu’exposé dans les galeries les plus prestigieuses du Japon, des Etats-Unis et d’Europe, et n’ayant plus à se soucier de ses fins de mois, Malick Sidibé prend toujours ses portraits en cherchant à plaire à son « client ». Il s’agit de le surprendre, de lui montrer une image de lui-même qui doit lui mettre le sourire aux lèvres. Malick Sidibé mise avant tout sur la chaleur de la rencontre. Elle doit se passer d’égal à égal, sans qu’il se la joue grand photographe. « Si le client est intimidé, s’il n’est pas à son aise, c’est foutu. » Plusieurs décennies de pratique au Mali lui ont également appris le langage des corps.

Dès qu’il voit quelqu’un, il saisit ce qui cloche, la crispation ou la raideur qui souligne le défaut que la personne cherche à cacher. Sidibé y est d’autant plus sensible que lui-même souffre d’un strabisme de naissance. « Quand une personne arrive, je la mets de bonne humeur, je lui fais des gri­maces, je blague avec elle comme avec un enfant. Souvent, les gens sont figés comme des statues. Je leur suggère de jouer avec leur corps, d’avancer un pied, de se pencher, d’amener un objet pour se mettre en scène et montrer qu’ils ne sont pas morts mais bien vivants. » Habitué à ne pas gâcher la pellicule, Malick Sidibé travaille vite, prend deux clichés, rarement plus. Et une fois encore, ici en Bretagne, se vérifie son talent incomparable à embellir ses sujets, comme s’il pulvérisait leurs inhibitions.

Prenez le portrait de cette femme sur une chaise roulante. Elle ne se tient plus figée face à la maladie, mais son corps légèrement de biais raconte un univers intime qui ne peut se confondre avec son handicap. On est également frappé par l’élégance aristocratique de cet homme en costume blanc, le responsable local de la Caisse d’Epargne. Monsieur le maire, le curé, les scouts, les estivants, les pompiers, l’ancien combattant avec son drapeau, cet homme assis avec son chien sur les genoux, le boucher, le boulanger… Appelées à venir poser par voie d’affiche, ces quelque trois cents personnes composent une société harmonieuse, étonnamment démocratique, dans laquelle chacun a la même valeur et trouve sa place grâce à l’affirmation de ses singularités.

L’incroyable unité de cette mosaïque humaine tient aussi au cérémonial qu’ordonne Malick Sidibé dans le petit théâtre dépouillé de son studio ambulant. Constitué d’un drap uni en arrière-fond, de tapis de prière sur le sol que ce musulman pratiquant a apportés du Mali, ce dispositif tout simple recrée le décor qu’il utilise avec des variantes, depuis 1957, dans son minuscule studio de Bamako. Toutes ses photos sont tirées en noir et blanc, la couleur étant selon lui « trop éphémère ». Et c’est vrai que ces portraits qui soutiennent l’épreuve du temps font exploser les codes et les frontières, comme en témoigne cette exposition mélangeant portraits de Bamako et de Bretagne. Avec Malick Sidibé, il n’y a plus ni Noir, ni Blanc, ni vieux, ni jeunes, mais des hommes et des femmes et des enfants qui se mirent avec fierté dans le regard plein de gentillesse d’un photographe.

(1) Qui invite des photographes en résidence, pour défendre l’image sous toutes ses formes. 

Le photographe malien Malick Sidibé est décédé hier à Bamako

Par Jeune Afrique – 15 avril 2016 à 08h43 — Mis à jour le 15 avril 2016 à 09h19

2016-04-15 Décès Mallick Sidibe

Le célèbre photographe malien Malick Sidibé est mort hier à Bamako, à l’âge de 80 ans. Le marchand d’art André Magnin l’a annoncé sur Facebook dans la nuit.

Alors que le Tout-Paris se presse au Grand Palais des Champs-Élysées pour découvrir l’œuvre de Seydou Keïta, c’est un autre pionnier de la photographie malienne qui vient de nous quitter. Malick Sidibé est mort le 14 avril à Bamako à l’âge de 80 ans.

Né en 1936 à Soloba, celui qui aura immortalisé les nuits de Bamako des années 1960 est connu pour ses portraits réalisés dans son studio du quartier Bagadadji. Étudiants fraîchement diplômés, enfants à peine baptisés, jeunes mariés, Occidentaux de passage… Dans les années 1970, tout le monde se presse devant son objectif.

Mis en avant lors des premières Rencontres africaines de la photographies qui se tiennent à Bamako en 1994, Malick Sidibé aura connu une reconnaissance internationale tardive. Il a reçu le Prix international de la photographie de la Fondation Hasselblad en 2003 et le Lion d’or de la Biennale d’art contemporain de Venise pour l’ensemble de sa carrière en 2007.

Annonçant son décès, le galeriste André Magnin a salué un « monument de la photographie », auteur de chefs d’œuvres et de « milliers d’images pleines de tendresse et de beauté ». « Photographe de la jeunesse du Mali indépendant, d’une jeunesse insouciante, libre, moderne, pleine de joie et d’espoir, qui partage les musiques et les danses modernes, twist, rock, afro cubaines, la mode , les look des années 60, 70… Généreux, accueillant, aimé par toute la jeunesse de Bamako, Malick […] est dans nos coeurs pour l’éternité. »

Post de l’agence Magnin-A? le 15 avril 2016.

2016-04-15 Décés Malick

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