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Contre les mutilations génitales

by sur 18 mai 2016

Mutilations génitales: l’OMS informe les médecins

Par RFI Publié le 16-05-2016 Modifié à 23:29

L’OMS a publié ce lundi (16 mai 2016) une série de directives destinée aux professionnels de santé qui s’occupent des victimes de mutilations génitales. L’organisation estime que 200 millions de femmes et de filles en ont subi. Des pratiques qui ont des conséquences sur la santé physique, mais aussi psychologique et qui peuvent avoir des complications fatales.

C’est en Afrique que l’on recense le plus grand nombre de mutilations génitales, mais les conséquences de la migration de populations font que les médecins occidentaux ne connaissent pas suffisamment les problèmes liés à ces pratiques.

Pour Sokhna Fall, psychothérapeute, qui reçoit ces femmes dans l’unité de soins des femmes excisées au Kremlin Bicêtre, ces directives de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour améliorer les soins aux victimes de mutilations sexuelles sont les bienvenues.

« Déjà, la première phrase que je trouve importante, c’est le fait qu’il est important de ne pas faire souffrir davantage les femmes, explique-t-elle. Cette directive met l’accent sur l’attention portée au traumatisme, au fait qu’à l’heure actuelle, les médecins sont souvent insuffisamment formés d’une part pour reconnaître les mutilations et puis pour réagir d’une façon aidante pour la femme dans ces cas-là. Et puis la directive met aussi l’accent sur le problème que de plus en plus de mutilations sont pratiquées en milieu médical et qu’il est indispensable que les médecins refusent d’effectuer ces mutilations même s’ils ont l’idée qu’elles seront pratiquées de toute façon et dans des conditions pires. »

Ce qui malheureusement perpétue ces pratiques et surtout ne répare pas toujours les conséquences des mutilations.

Dr Morissanda Kouyaté: l’excision n’a «aucun fondement religieux ou culturel»

Par François Mazet samedi 6 février 2016

 

Le docteur Morissanda Kouyaté. RFI / Christophe Boisbouvier

Ce samedi marque la journée internationale contre les mutilations sexuelles. Des pratiques qui persistent : l’ONU estime que près de 200 millions de jeunes filles dans le monde en ont été victimes. En Afrique, 3 millions de jeunes filles au moins y sont exposées chaque année, principalement en Afrique de l’Est, mais aussi de l’Ouest.

La Somalie, la Guinée et Djibouti sont particulièrement pointées du doigt. L’opération est généralement pratiquée sur les petites filles, certaines n’ayant même pas 1 an. Mais parfois également sur des femmes sur le point de se marier, enceintes de leur premier enfant ou qui viennent de donner naissance. Une intervention brutale, traumatisante, une violation des droits fondamentaux qui peut aussi entraîner de graves conséquences pour la santé.

Le docteur Morissanda Kouyaté est le directeur exécutif du Comité inter-africain sur les pratiques traditionnelles ayant effet sur la santé des femmes et des enfants (CI-AF dit « Comité inter-africain »). Une ONG qui apporte son expertise notamment aux Nations unies, à l’Union africaine et à l’Union européenne.

RFI: Cela fait trente ans que vous êtes impliqué dans ce combat pour le respect du corps des femmes. Avez-vous le sentiment que votre message progresse ?

Docteur Morissanda Kouyaté : Oui, j’ai ce sentiment et avec moi, le Comité Interafricain a le sentiment que le combat n’est pas mené en vain parce que nous avons des résultats probants. Les populations, les leaders religieux, les leaders traditionnels, les décideurs politiques et les communautés elles-mêmes ont commencé à comprendre que ces pratiques n’ont aucun fondement bénéfique, ni aucun fondement religieux et ni aucun fondement culturel. Par conséquent, il n’y a que des conséquences néfastes à la santé des femmes et des filles.

Il y a beaucoup de pays qui ont fait reculer la prévalence des mutilations génitales féminines. L’Ethiopie qui était dans les environs de 76 % est retombée aujourd’hui à 50 %. Quand nous prenons le Burkina Faso qui était dans les environs de 80 %, il est descendu aujourd’hui aux environs de 50 %. Même un peu moins. Les tendances sont partout à la baisse. Les chiffres diffèrent, l’allure diffère d’un pays à l’autre mais la tendance est descendante.

Ce qui a changé c’est que certains pays qui n’osaient pas appliquer leur propre loi contre les mutilations génitales féminines – certains pays n’osaient même pas prendre des initiatives contre les mutilations génitales féminines – ont été poussés et encouragés. Les dirigeants politiques qui avaient peur de parler des mutilations génitales ou de prendre des actes concrets, se sont alors dit : Voilà, nous ne pouvons pas être à la traîne.

Alors il y a d’abord cette volonté politique et ensuite il faut des projets locaux. Qu’est-ce qui marche concrètement pour faire reculer l’excision dans les campagnes ?

Premièrement, il faut faire le plaidoyer à tous les niveaux chez les décideurs. Deuxièmement, il faut faire la sensibilisation à tous les niveaux. Les communautés, les associations, les professionnels de médias, les leaders religieux et les professionnels de la santé… tout le monde doit être sensibilisé ! Troisièmement, il faut une loi. Une loi spécifique, dans les pays, qui condamne les mutilations génitales féminines et qui soit appliquée. Quatrièmement, il faut prendre en charge les victimes. Car en effet, on parle beaucoup de la sensibilisation, mais encore faudrait-il penser à celles qui ont été victimes et qui ne savent pas où aller ! Et la cinquième chose c’est la stratégie du  » travailler ensemble  » au niveau mondial, régional, national et communautaire.

Trois millions de jeunes africaines sont encore soumises à l’excision chaque année. Qu’est-ce qui pousse à continuer à imposer ces pratiques inhumaines ? Est-ce que ce sont des rites traditionnels ou est-ce que ce sont des impératifs religieux principalement ?

Les traditions et les coutumes ont la vie dure. Elles se répètent, elles se transmettent de père en fils, de mère en fille, de famille en famille, sans que les gens sachent exactement pourquoi ils le font. C’est ça qui rend difficile son éradication !

Ensuite, il y a un argument fallacieux confus qui fait porter la charge par la religion, notamment par la religion musulmane ! Non seulement l’islam ne connaît pas les mutilations génitales féminines, mais le Comité interafricain est fier d’avoir reçu des fonds de la Banque Islamique de Développement pour lutter contre les pratiques traditionnelles néfastes.

La persistance est donc due à la simple tradition interactive et répétitive. Mais par rapport à cela aussi, nous sommes en train de gagner la bataille parce que nous démontrons aux gens que le monde avance et que les traditions doivent aussi avancer. Celles qui sont bonnes doivent être gardées et celles qui sont mauvaises doivent être abandonnées.

Il y a aussi un volet économique à ces traditions néfastes à l’excision puisque c’est une activité qui est rémunératrice pour certaines sages-femmes, les accoucheurs traditionnels. C’est là que les petits projets locaux, efficaces, sont très importants.

Absolument ! Vous avez raison ! Le fait que l’exciseuse occupe une position sociale confortable, le fait qu’elle perçoive des revenus – soit en termes monétaires soit en termes de ressources matérielles – la pousse à s’agripper à la pratique. C’est pourquoi le Comité inter-africain a proposé que les exciseuses qui auront accepté de déposer les couteaux, soient intégrées dans un système de micro-crédit communautaire. Il s’agit de convaincre l’exciseuse et ça marche ! Nous l’avons appliqué en Mauritanie, au Mali et en Guinée. Ça marche !

Vous insistez aussi beaucoup sur l’autonomie des femmes dans la société. En quoi cela les protège de ces pratiques ?

La plupart des sociétés africaines considèrent la femme comme étant un fardeau, comme étant une personne qui reçoit de l’homme, que ce soit de l’argent, de la nourriture ou encore des habits.

La femme ne peut pas être libre ! La femme ne peut pas être libérée de cette tare socioculturelle si elle ne peut pas se prendre en charge sur le plan social et sur le plan économique. Une femme qui a ses ressources est une femme libre et libérée et c’est ça qu’il faut !

Cette autonomisation est indispensable si nous voulons donner, redonner, restituer aux femmes et aux filles leur statut qui leur manque tant.

 

 

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