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Macina : jihad ou autodéfense ?

by sur 28 juin 2016

Entre rivalités, groupes armés, groupe de défense de la culture peule, vrai terroriste et faux berger, sans oublier les traditionnels conflits fonciers et ceux, encore plus traditionnels entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires, il y a le choix dans les sources de conflits et d’insécurité enregistrés dans le Macina et la région de Mopti.

S’estimant injustement traités les Peuls réagissent. Dans le même temps, ils ont fourni au MUJAO le gros de ses bataillons. Coincés entre serment d’allégeance au Jihad et soucis de défendre leurs familles et leurs biens, ils ont forcément du mal à choisir.

Peut-être faut-il y voir également l’absence actuelle de l’Etat, qui succède à une non prise en compte des difficultés foncières et de cohabitations.

Revue de détail, forcément pas très exhaustive…

Affrontements à Djenné : calme précaire, des arrestations en cours

Par Studio Tamani – 27 juin 2016 à 16h30

15 morts et 46 blessés. C’est le dernier bilan des affrontements survenus ce week-end dans le cercle de Djenné entre des habitants de Kossouma et Mougnan-bambara.

A l’origine du conflit, un litige foncier qui date de 1964. Le gouvernement appelle au calme, alors qu’une délégation composée des élus de la localité et du gouverneur de Mopti, s’est rendue hier sur les lieux. Aujourd’hui, un calme précaire semble régner dans la localité.

Les faits remontent en 1964, où un litige foncier a opposé les villages de Kossouma et Magnan-bambara. Deux villages voisins de 11 kilomètres. Les habitants des deux villages se sont affrontés en 1988, après l’échec d’un premier jugement. L’arrêt de la cour avait donné le droit de propriété terrien à Mougnan-bambara, tout en attribuant 69 champs non délimités au village de Kossouma. Mais ce jugement n’a pas permis de trouver une solution définitive au litige. En 2008, le juge de Djenné a mis la zone en défense.

Mais en 2014, un autre juge décide d’annuler cette interdiction d’exploitation pour attribuer l’intégralité de la zone à Kossouma. C’est ainsi que, selon plusieurs sources, les habitants de Kossouma se sont rendus ce week-end sur le site pour les besoins de l’exploitation. Les jeunes de Mougnan-bambara se sont opposés en effet. La situation a dégénéré en affrontements. Le bilan fait état de 15 morts et de 46 blessés, en soins au Centre de santé de Djenné.

Dans un communiqué, le gouvernement a appelé les parties « au calme et à faire confiance en la justice ». Hier, une délégation composée des autorités administratives de la région de Mopti et des élus, s’est rendue sur les lieux. Aujourd’hui, un calme précaire règne dans la localité, tant dis qu’une enquête a été ouverte pour situer les responsabilités.

Suite à ces affrontements, plusieurs responsables politiques et administratives de la région de Mopti se sont rendus hier sur les lieux. Certaines sources annoncent plusieurs arrestations. À l’issue d’une rencontre avec les populations, un élu affirme constater « un sentiment de regret chez les protagonistes ». Cependant, il pointe du doigt l’ancien juge de Djenné, qui aurait annulé une décision de justice qui interdisait l’exploitation de la zone par les deux villages.

Macki Cissé est député élu à Djénné. Il est joint au téléphone par Ayouba Sow : « Nous avons senti un sentiment de regret auprès de ces populations. Ce sont deux villages voisins, donc, cela n’aurait pas du arriver. C’est toujours des décisions de justice qui sont à l’origine. Parce que dans une décision de justice, le gagnant et le perdant mettent tous de leur côté une couverture. Le paradoxe, c’est qu’il y a deux décisions de justice de la cour suprême qui donnent raison à l’un et l’autre village. Pour résoudre le problème, nous les politiques étions intervenus pour mettre les champs en défens (interdiction d’exploitation, Ndlr), depuis sept ans. Mais cela fait un an que l’ancien juge de Djenné en partant, qui se trouve actuellement à Diéma, je ne sais pas par quel jugement, a levé ce défens. Donc, c’est de ce fait que les deux parties se sont affrontées ».

Vous en tant que député, quelle mesure proposez-vous pour résoudre définitivement ce problème ?

« Avant une nouvelle décision de justice, nous avons proposé au préfet de Djenné, dans le cadre de la mesure d’état d’urgence, de prendre un acte pour interdire l’accès de la zone aux belligérants ».

Au même moment à Dioura, dans le cercle de Tominian, un autre litige fait des victimes. Un homme d’une cinquantaine d’années a été abattu jeudi dernier dans la localité. Il a été attaqué par un homme et son fils. Selon les autorités communales, la victime venait de gagner un procès foncier contre les coupables. Les deux coupables ont été arrêtés et se trouvent présentement en prison à Tominian en attendant la suite de la procédure.

Les litiges fonciers sont de plus en plus récurrents au Mali. Et provoquent de nombreux conflits communautaires. Pour certains juristes, « il faut une reforme révolutionnaire et immédiate » dans le domaine du foncier au Mali ». Selon eux, « le foncier est mal géré dans le pays, et la justice n’intervient que quand il y a des problèmes ».

Dramane Diarra est juriste, président de l’Alliance des générations démocratiques du Mali. Il est joint au téléphone par Mouhamadou Touré : « Il faut comprendre que le problème foncier connaît chez nous des difficultés déjà au niveau de la gestion. La propriété foncière, la détention foncière, les intervenants fonciers, notamment dans l’attribution des terres, il y a une pléiade d’intervenants qui sont constitués entre autres des chefs coutumiers, des élus locaux, notamment les maires. De l’administration, il y a bien entendu le commandement (dont les sous-préfets, les préfets, les gouverneurs) jusqu’au Conseil des ministres, mais aussi le service des domaines. Toute cette pléiade d’intervenants souvent sans synchronisation du tout. La justice n’intervient pas du tout à ces niveaux-là. Mais quand ça ne va pas du tout, on transpose le problème au niveau de la justice. Et souvent, le juge n’a qu’un pouvoir d’appréciation. Je pense que nous sommes en train d’assister de façon passive à une situation qui peut être une véritable bombe dans notre pays et très très prochainement, si rien n’est fait. Il faut surtout une réforme révolutionnaire et immédiate sur ce sujet-là, car nous avons trop perduré dans le laisser-aller. Il n’y a pas d’information suffisante par rapport au foncier notamment par rapport à l’attribution foncière.

Et comment comprendre que jusqu’à présent il n’y a pas de cadastre au Mali ? C’est inimaginable, il y a trop de problèmes au Mali que dans n’importe quel pays. Des pays 10 fois plus grands que le Mali, arrivent à mieux gérer leur espace ».

Processus de paix au Mali : Le MDP adhère à la Plateforme et invite l’Etat à sécuriser les personnes et leurs biens

Par B. Daou – Lerepublicainmali

Le Mouvement pour la défense de la patrie (MDP), un groupe armé d’auto-défense regroupant des combattants peuls du delta central, du Seno et du Hairé a rejoint le processus de paix et de réconciliation, en adhérant à la Plateforme du 14 juin 2014 dirigée par Me Harouna Touré.

La cérémonie d’adhésion qui s’est déroulée le 25 juin 2016 à la Maison des Ainés en présence des responsables de la Plateforme, des chefs militaires du MDP, du parrain de l’évènement, l’Imam Mahmoud Dicko.

On notait également la présence des personnalités de la région de Mopti, ayant œuvré pour le retour de ce groupe au processus de paix : le Général Ismael Cissé, ancien Ambassadeur à Malabo et ancien gouverneur du district de Bamako et Hama Cissé, ancien maire des Sossobé.

De nombreux hauts cadres peuls, des anciens ministres et des élus, comme Abdrahmane Niang, Younouss Hamey Dicko, Mme Ascofaré Ouleymatou Tamboura, Timoré Tioulenta, Adam Thiam, Me Hassan Barry ont été témoin de cette adhésion, scellée une semaine après l’annonce de la création d’un nouveau mouvement politico-armé de défense des Peuls au Mali, Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice (ANSIPRJ) de Oumar Aldjana.

Les chefs militaires du Mouvement pour la Défense de la Patrie (MDP) sont Hama Founé Diallo pour le delta central, Abdoulaye Houssei, Mamadou Traoré pour Hairé, Oumar Diallo et Allaye Diallo pour le Séno.

Dans son discours de bienvenue le maire de la Commune IV du district de Bamako, dénonce ceux qui veulent semer la discorde en se basant sur la religion, car selon lui, « l’islam est spirituel, libre et responsable et notre peuple est pacifique ». A l’endroit des membres du MDP qui adhèrent à la Plateforme, il indique que « la discorde est le plus grand mal du genre humain et la tolérance en est le seul remède », soutient-il.

Le porte-parole du collectif des 20 députés de la région de Mopti, l’honorable Abdrahmane Niang (par ailleurs président de la Haute Cour de Justice) a révélé le nom des personnalités dont les efforts conjugués ont permis d’arriver à cette adhésion du MDP à la Plateforme, il s’agit de l’Imam Hama Cissé leader communautaire, de l’ancien maire de Sossobé, Hama Cissé, du Collectif des députés de Mopti, qui ont bénéficié de la connaissance du terrain, de l’expertise et du savoir faire du Général Ismael Cissé, dont les conseils les ont guidés jusqu’à l’aboutissement de cette initiative.

A cet effet le Général a bénéficié d’un message de reconnaissance de la part du porte-parole du Collectif des députés de Mopti, Abdoulaye Niang. « Grâce à ses conseils, son expérience, sa connaissance du métier de militaire, la sagesse qu’il a mis en avant, on est arrivé à rassembler aujourd’hui au moins 300 combattants qui décident de regagner le camp de la paix ».

Frustration des populations

Selon Abdrahmane Niang, le choix d la Plateforme parmi les mouvements signataires ne vient pas des députés. Ce choix est venu des combattants eux-mêmes, qui ont opté pour la Plateforme. Pour lui, leur rôle s’arrête là, après avoir ramené ces combattants à la paix. « Nous souhaiterions que le gouvernement s’engage à considérer la région de Mopti comme une région sinistrée, certainement plus que dans certains cercles des régions du nord. Nous avons beaucoup souffert, mais nous voyons qu’on n’est pas traité de la même manière que les régions qu’on pense avoir été victimes de la crise du nord».

Selon Abdrahmane Niang, c’est la crispation des populations qui pensent que l’Etat les a abandonnées, tous les problèmes intercommunautaires qui se posent dans la région de Mopti ne sont que les résultats de cette crispation, de frustration des populations. « On envoie des aliments au nord, qui nous survolent, nous ne sommes pas d’accord… », a laissé entendre Abdrahmane Niang, suivi d’un tonnerre d’applaudissement.

Le chef militaire du MDP, Hama Founé Diallo a expliqué l’action du Mouvement pour la Défense de la Patrie par la protection des personnes et de leurs biens, notamment la communauté peule. Ila été constaté que depuis des dizaines d’années, « chaque fois qu’un conflit éclate au Mali, les peuls sont les premières victimes ». Il appelle l’Etat face à ses responsabilités, d’être présent et de sécuriser les personnes et leurs biens, particulièrement les communautés peules dans la région de Mopti, ajoute Hama Founé Diallo.

Rejet de la violence

L’ancien maire de Sossobé, au nom du MDP a fait la déclaration solennelle de l’adhésion du MDP à la Plateforme à partir de ce 25 juin 2016.

Le porte-parole de la Plateforme a expliqué les principes cardinaux qui sous-tendent la Plateforme du 14 juin 2014, signataire de l’accord pour la paix et la réconciliation, comme l’unité nationale, l’intégrité territoriale, la forme républicaine et laïque de l’Etat, le rejet de la violence et le choix du dialogue pour régler les différends, la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue …

Hamasaki Foune Diallo : Itinéraire d’un rebelle peulh

Par Adam Thiam – Lerepublicainmali – 27 juin 2016

Samedi à la Maison des Aînés et sous le parrainage de l’Imam Mahmoud Dicko et de Me Harouna Toureh, président de la Plateforme, un groupe à rallier le processus de paix et de réconciliation en adhérant à la Plateforme est le groupe de Hama Founé Diallo.

Cinquantaine robuste, moustache fournie, regard caché derrière d’épaisses lunettes noires, cet homme qui ne dit rien aux ressortissants du Sud du Mali est une véritable légende dans le Delta Central du Niger, qui correspond à la zone inondée de la Région de Mopti. La légende se renforce à partir de fin 2014 quand l’homme prend  le commandement d’un groupe de combattants locaux dominés par les Peulh.

Mais Hama Founé était tout sauf inconnu au bataillon. Originaire de Sosoobe, il  dirige les troupes de ce village du Cercle de Tenenkou dans la guerre contre le village voisin de Salsaalbe en 1993. Cette guerre née d’un vieux litige foncier aura été particulièrement meurtrière avec une trentaine de morts, une cinquantaine de blessés et un profond traumatisme.

Bien avant  ce sanglant conflit, Founé comme il est appelé partout dans sa région, a combattu au Liberia à la fin des années 1970 avec les troupes de Charles Taylor. C’est d’ailleurs au Liberia qu’il rencontrera son ex-épouse américaine  qui lui donnera deux enfants vivant aujourd’hui aux Etats-Unis plus de Macdo que de lait caillé. Retour dans le Delta au début des années 1980: il se fera une réputation contrastée. Pour certains il devient  une sorte de Zorro toujours du côté des plus faibles. Pour d’autres, il est occasionnellement un des Terreurs locaux, ces voleurs de bétail qui obsèdent  les éleveurs.

Identitaire mais pas jihadiste ?

En 1994, à la faveur de la rébellion du Nord, il se retrouve – avec la bénédiction de l’Etat comme il s’est dit ? – à la tête d’une milice d’autodéfense peulh contre les éventuelles exactions des insurgés. Il prend alors du galon. Son aura aussi. C’est souvent qu’il invitera la communauté peulh à se mobiliser et à s’unir pour mieux se défendre en particulier contre les abus de l’administration.

Car la Région de Mopti, c’est connu, était le royaume de l’impunité et l’eldorado offshore des fonctionnaires: juges, gendarmes, eaux et forêts notamment. Il n’y a pas d’autre solution pour les Peulh, lui prête-t-on de dire à maintes occasions, « que de prendre les armes comme les Touaregs pour se faire respecter ». Est-ce pour la fascination des armes qu’il rejoindra  le Mnla vers Nampala en 2012?

Le dernier charnier de militants de ce mouvement qui ont massacré des Peuls en 2013 passe pour l’avoir choqué au plus haut point. Il est vrai qu’au même moment la libération du pays par les troupes Franco maliennes avait commencé et que Founé ne peut pas ignorer la donne.

Toujours est-il que de fin 2014 à son ralliement au processus de paix en février dernier, et ce grâce à l’entremise de certains de ses proches, les bons offices des députés de la Région de Mopti, la bénédiction du gouvernement et la facilitation du Général Ismaila Cissé, Il a surtout sévi dans le Delta, avec sa centaine d’hommes.

Contrairement aux hommes de Hamadoun Kouffa, il n’a jamais, lui, revendiqué ses forfaits. Mais sa légende l’a dépassé et il est  devenu la terreur noire de l’administration qui a préféré déserter le Delta.

Une centaine d’écoles fermées, des préfectures vides, des mairies abandonnées, des postes de sécurité « repliés », des chefs de villages réfugiés à Bamako. Bref une psychose qui amalgame les actions jihadistes du fantomatique Kouffa et les frappes politiques de la bande à Founé.

La frontière est évidemment mince et on le sait les vases du Sahel communiquent. Mais la confusion est peut être terminée car Hama Foune Diallo l’a juré samedi: il dépose les armes et adhère au fragile processus de paix en cours.

Comment l’insécurité s’est-elle transportée du nord au centre du pays : Analyse des causes profondes de la violence et comment agir pour prévenir l’insécurité et le radicalisme des jeunes pasteurs nomades ?

Par Inf@sept –  27 Juin 2016 – Par Boukary SANGARE Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP)

La multiplication d’épisodes violents dans le centre du Mali, depuis la moitié de l’année 2015, démontre à quel point la paix reste fragile. La signature de l’accord pour la paix et l’amorce d’un processus de réconciliation ont certes marqué une avancée pour le gouvernement, mais la stabilité demeure précaire dans les régions Centre et Nord, comme en témoignent la naissance récente de l’alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peulh et la restauration de la justice (ANSIPRJ).

L’extrémisme violent gagnant du terrain chez les communautés nomades du centre du Mali, il s’agit de trouver quelques explications empiriques à ce phénomène, avec une analyse discursive à l’appui.

Comment l’insécurité s’est-elle transportée du nord au centre du pays ? Pourquoi la région de Mopti est-elle considérée comme l’une des plus insécurisée de nos jours ?

Quels sont les acteurs qui animent les violences dans le centre du Mali ?

Quelles sont les causes profondes de ces violences ?

Comment agir pour prévenir l’insécurité et le radicalisme des jeunes des pasteurs nomades ?

L’occupation du centre du Mali par les mouvements rebelles et djihadistes en 2012

La rébellion de 2012 est la cinquième du genre dans le septentrion malien. La particularité de cette dernière révolte réside dans sa capacité à déstabiliser un État déjà affaibli par les allégations de corruption et perçu comme injuste et laxiste par une partie de l’opinion malienne. La chute du régime de Mouammar Kadhafi en Libye, a été un facteur important dans le déclenchement de cette crise au Mali. Si au départ, la rébellion visait à chasser des régions nord les forces armées et les agents de l’État en vue de proclamer « l’indépendance de l’État de l’Azawad », ses objectifs ont finalement été détournés par des djihadistes et des narcotrafiquants ayant fini par chasser le MNLA des principales villes du nord.

Entretemps, la région de Mopti est entrée dans la danse avec l’occupation entière du cercle de Douentza par les rebelles touaregs du MNLA, puis par les djihadistes du Mouvement de l’Unicité du Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Traditionnellement, les Peuls exerçant le pastoralisme ont toujours été en tension avec les Touareg, autour des questions liées à l’exploitation des ressources pastorales et le vol de bétail, dans cette région. Beaucoup de Peuls nomades, dans le cercle de Douentza se souviennent amèrement des razzias conduites par le nommé Marouchal, un guerrier touareg de la fraction Ibogholitane de la zone de Inadiafane, dont les fils étaient les représentants du MNLA pendant l’occupation.

Craignant la restauration d’une hégémonie touarègue dans la région, les pasteurs peuls ont vite fait allégeance au MUJAO. Ces alliés du MUJAO seraient majoritairement constitués de Peuls Toleebé du Niger et Jelgoobé du Burkina Faso. Le fil identitaire a été le principal facteur mobilisateur des Peuls du Hayré et du Seeno en faveur d’une intégration dans les rangs du MUJAO en 2012.

En plus de cela, cette communauté semblait être assoiffée de justice. La justice étatique perçue par bon nombre de gens comme corrompue en laquelle les communautés nomades ne se reconnaissent pas. Le MUJAO, dès ses premières heures d’occupation du cercle de Douentza, a tenu à délivrer une « justice équitable » pour davantage gagner la confiance des pasteurs nomades peuls. L’insécurité grandissante, qui s’est traduite par les multiples vols de bétails, les braquages pendant les jours de foire et les assassinats ciblés, est le principal motif qui a poussé d’autres Peuls à rallier les rangs du MUJAO.

De la reconquête du nord à la nouvelle crise du centre

Le 11 janvier 2013, la reconquête des régions nord et centre du Mali débuta à travers l’opération Serval menée par l’armée française. Ainsi, les djihadistes furent déroutés et leur rêve de faire de Mopti la capitale de leur éphémère « État islamique » fut brisé. Après les bombardements des positions des djihadistes par les troupes de l’opération Serval, l’armée malienne procéda au « ratissage », en combattant les djihadistes, ainsi qu’aux enquêtes et arrestations des personnes ayant rejoint les rangs des djihadistes ou rebelles.

Plusieurs personnes ont été interpelées dans les campements peuls, dont les leaders de pasteurs nomades qui avaient rejoint ou envoyé leurs proches dans les camps d’entrainement du MUJAO à Gao. Des témoignages concordants affirment que des proches des chefferies traditionnelles (élites locales) auraient facilité la mise en relation entre vendeurs d’armes et pasteurs peuls souhaitant s’armer. Ces mêmes élites sont accusées par les pasteurs d’être leurs dénonciateurs auprès de l’armée malienne après la reconquête.

Depuis la signature de l’accord pour la Paix et la Réconciliation, excepté les conflits intercommunautaires ayant opposé différentes fractions touarègues (Imghads du GATIA aux Ifoghas voire Idaksahaq ou Daoussahak de la CMA) et quelques attaques ciblant les forces militaires onusiennes et maliennes, les régions nord du Mali connaissent une certaine accalmie. Les mouvements armés du nord, après s’être livrés pendant des mois à une guerre fratricide autour du contrôle territorial de certaines localités avec des enjeux économiques énormes, se sont donnés rendez-vous à Anefis (région de Kidal) pour enterrer la hache de guerre par un dialogue intercommunautaire.

À ce sujet, International Crisis Group, dans son dernier rapport paru à la mi-décembre 2015, s’interroge sur les chances d’aboutissement de cette « Paix d’en bas». Dans le prolongement de cette initiative, un forum a été organisé le 28 mars 2016 à Kidal par la CMA, sur financement du gouvernement malien destiné à entériner le processus déclenché à Anéfis. Il est à noter que ni le gouvernement du Mali ni la plateforme, actrice principale de la rencontre intercommunautaire d’Anefis, n’ont pris part à cette rencontre de Kidal.

Entretemps, le centre du Mali est devenu le nouveau théâtre des violences liées à la crise depuis quelques mois. Si les attaques perpétrées contre les forces armées maliennes et quelques élites locales dans la région de Mopti sont souvent attribuées au Front de libération du Macina, certains de nos interlocuteurs affirment tout le contraire. Un pasteur nomade de la région de Mopti témoigne ainsi : « Nous ne connaissons pas le Front de libération du Macina. Nous n’en faisons pas partie. Le seul sentiment qui nous anime est celui de pouvoir nous libérer du joug de la domination de nos élites. Nous avons pendant longtemps subi toutes les formes d’exploitation par l’administration en complicité avec nos élites, les occupants (MNLA et MUJAO) nous ont délivrés de cette nouvelle forme d’esclavage et ils veulent qu’on abandonne définitivement les armes pour qu’ils fassent encore de nous leurs moutons, qu’ils nous fassent tout ce qu’ils veulent comme ils l’ont fait auparavant. Nous ne sommes pas d’accord ! La crise de 2012 nous a éveillés, nous pasteurs nomades. Après la reconquête, l’armée a commis des crimes sur des pasteurs nomades et on nous a extorqués beaucoup d’argent. C’est pourquoi beaucoup d’entre nous se trouvent en brousse avec des armes en train de sensibiliser les nomades à rester engagés et vigilants. Tant que l’armée continuera à arrêter nos parents, à les maltraiter et à les transférer dans les prisons à Bamako, nous aussi nous allons poursuivre notre lutte. »

Depuis l’annonce en janvier 2015 sur les médias occidentaux de la création du Front de libération du Macina (FLM), dont le principal leader serait le prédicateur peul Hamadou Diallo, dit Hamadou Kouffa, issu du nom de son village natal Kouffa, les Peuls de la région de Mopti sont devenus une cible potentielle pour les forces armées pendant leurs opérations anti-terroristes.

L’analyse que font les journalistes et les chercheurs sur le Front de libération du Macina est très différente de celle des communautés sur le terrain. Les populations rencontrées dans la région de Mopti (Mopti, Douentza, Boni, Mondoro, Ténenkou) lors de nos enquêtes pensent que le FLM, en tant que mouvement structuré avec des combattants et des armements lourds, n’existe pas.

Elles mettent la plupart des récentes violences sous le coup des règlements de compte et de la frustration. Un cadre peul, ancien président de l’Assemblée nationale du Mali et fervent défenseur de la cause peule, soutient à propos du FLM : « Ne suivent Hamadou Kouffa que les bandits et les opportunistes. Kouffa a certes une belle voix et il prêche bien mais écouter ses prêches ne fait pas automatiquement de quelqu’un un extrémiste. Que l’armée cesse de faire l’amalgame ! Le FLM n’est qu’une pure invention des services de renseignement français ».

Selon sept jeunes pasteurs nomades, ressortissants du cercle de Douentza arrêtés à la mi-janvier par les militaires de l’Opération Seeno et transférés à Bamako sous le soupçon d’une appartenance aux groupes djihadistes : « Nous avons été arrêtés sans preuve et transférés dans une prison à Bamako. Depuis des mois, c’est le même scénario qui se poursuit dans notre zone. Les Peuls sont accusés à tort et à travers d’être des djihadistes. Tous les campements peuls se sont vidés de nos jours. Tous nos parents sont partis se réfugier au Burkina Faso par crainte de se faire arrêter par l’armée malienne. »

Les forces gouvernementales ont mené des opérations militaires contre les groupes armés islamistes qui ont fréquemment débouché sur des arrestations arbitraires, des mauvais traitements et des actes de torture. Les FAMA ont souvent été impliquées dans de graves abus, prenant pour cible des civils des communautés peule et dogon. Ces abus ont généralement cessé après que les militaires ont remis les détenus aux mains des gendarmes, soutient une analyse de Human Rights Watch.

Par ailleurs, il ressort de nombre de témoignages que les violences qui touchent le centre du Mali ont pour causes les clivages intercommunautaires et les frustrations des communautés, en majorité nomades, contre leurs propres élites au niveau local, et contre les agents de l’État.

Avec le retour des représentants de l’État, en effet, les communautés nomades armées sous l’occupation djihadiste ont été contraintes par les services de sécurité (gendarmerie) à se désarmer.

Selon la plupart de nos informateurs, certains gendarmes, en complicité avec des élites locales, ont exigé le paiement de contraventions aux détenteurs d’armes. Ces sommes s’élèveraient en moyenne entre cent mille FCFA (152,45 EUR) et six cent mille (914,7 EUR).

Les opérations de ratissage menées par les forces armées maliennes dans le cadre de l’Opération Seno, ciblant les Peuls suspectés d’être des djihadistes ou de collaborer avec le Front de libération du Macina, semblent cependant n’avoir aucun impact sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme dans le centre du Mali. Elles ont, au contraire, à en croire les témoignages recueillis auprès des victimes de ces arrestations, poussé les communautés nomades à se radicaliser davantage.

Pendant l’occupation djihadiste, la plupart des leaders peuls ayant fait allégeance au MUJAO avaient avoué que leur intention n’était pas de combattre l’État. Même s’il faut souligner au passage que certains d’entre eux reprochaient aux agents de l’État d’être corrompus et partiaux lors de la gestion des conflits inter et intracommunautaires. Par conséquent, c’est souvent en réaction aux exactions des forces armées que certains ressortissants des communautés locales se positionnent désormais en ennemis de l’État malien et s’en prennent à toute personne soupçonnée de collaborer avec les représentants de l’administration. Beaucoup d’entre eux ont également rejoint les djihadistes pour avoir accès aux armes, savoir les manier à des fins d’autoprotection.

Ainsi, le djihad est devenu un alibi pour ces communautés nomades en vue d’atteindre leurs objectifs d’autodéfense. Aussi, les assassinats du chef de village de Dogo, du commerçant dogon dans le village d’Issèye (Mondoro), du conseiller de village de Boni, du fils du chef de village de Wouro Allaye Tème (Mondoro) etc., survenus tous dans la région de Mopti, sont à considérer comme des règlements de compte à la suite de conflits anciens mal ou non gérés par la justice étatique.

Impossible de clore ce chapitre sans évoquer les affrontements intercommunautaires, entre Peuls et Bambaras, qui ont eu lieu dans la commune de Karéri (Cercle de Ténenkou) faisant une trentaine de morts dans le rang des Peuls. Selon plusieurs sources concordantes : « Deux Bambaras du village de Karéri, dont le 3e adjoint au maire, ont été tués par des djihadistes qui seraient des Peuls de la zone. En représailles, les Bambaras se sont constitués en milice d’auto-défense pour faire face aux attaques des Peuls. À cet effet, ils ont tué six Peuls le samedi 30 mai et une vingtaine le dimanche 1er mai. ».

Le gouvernement a rapidement dépêché une délégation ministérielle sur place pour réconcilier les deux communautés. À noter que le président de Tapital Pulaaku, un mouvement dédié à la promotion de la culture peule et à la défense des intérêts de la communauté peule, faisait partie de cette mission gouvernementale.

Le gouvernement était une fois de plus interpelé pour restaurer la sécurité sur tout le territoire national afin de prévenir la multiplication d’affrontements intercommunautaires qui mettent en péril les avancées en matière de réconciliation et de vivre ensemble au Mali.

            La revendication politique des pasteurs peuls du Hayré et du Seeno via l’Association Dewral Pulaaku

L’Association Dewral Pulaaku a été créée pendant les premières heures de la reconquête des régions centre et nord du Mali. Elle est une initiative des pasteurs nomades du Hayré et du Seeno (région de Mopti).

Selon les textes réglementaires de ladite association, elle a pour objectifs de promouvoir le pastoralisme, prévenir les conflits inter et intracommunautaires, défendre et protéger les droits des pasteurs nomades etc. Dewral, malgré qu’elle soit officiellement une association à but apolitique, pourrait être considérée comme une organisation défendant les intérêts politiques, sociaux et économiques des Peuls du Hayré et du Seeno.

Elle est essentiellement constituée de Peuls dont des Seedoobé (pasteurs nomades), des Weheebe (élites locales) et des Diawambé. Dès sa création, elle a été dénoncée par certaines élites politiques (Weheebe) comme une organisation djihadiste cherchant à se légaliser puisque son président lui-même avait rejoint le MUJAO en 2012. À la question de savoir pourquoi il avait rejoint le MUJAO, le président de Dewral Pulaaku et non moins chef de village de Boulekessi (situé à la frontière Burkinabé) soutient :

« Au moment de l’occupation de la zone par le MNLA, les Touaregs nous ont fait souffrir. Ils nous ont interdit l’accès à des pâturages dans la brousse, de cultiver nos champs et ont tué un de mes cousins en violant également sa femme. J’avais été menacé de mort et il a fallu que je fuie de chez moi pour aller me réfugier au Burkina Faso puis à San (région de Ségou). C’est ce qui m’a motivé à identifier des bras valides dans ma zone pour les amener à s’entrainer dans les camps du MUJAO à Gao. Moi-même j’étais avec eux à Gao. C’est avec le déclenchement de Serval que nous avons été dispersés et on a même perdu un jeune lors des bombardements de l’opération française. Je tiens à préciser que nous n’avons pas pris les armes pour attaquer l’État malien mais pour nous défendre contre nos ennemis. C’était dans le but de l’autoprotection. … C’est pourquoi avec la reconquête, nous avons créé Dewral Pulaaku pour défendre et protéger les intérêts des pasteurs nomades. Notre association est loin d’être une organisation terroriste. »

La création de Dewral est stratégique et semble avoir été mûrement réfléchie. Les nomades qui ont rejoint ou soutenu moralement le MUJAO se sentaient menacés par le retour de la « normalité ». Des menaces qui allaient de la discrimination aux arrestations, ce malgré les plaidoyers des cadres peuls et de la section Droits de l’homme de la MINUSMA pour innocenter les personnes ayant possédé des armes pendant la crise.

La stratégie de Dewral a consisté à unifier les nomades pour éviter qu’ils soient confrontés individuellement aux défis qui les attendaient. Entre temps, les tensions entre élites et pasteurs dans les communes de Boni (Haïré) et de Mondoro (Seeno) ne fléchissent pas. D’une part, les élites accusent les pasteurs d’être les auteurs des attaques et des assassinats ciblés dans la région.

D’autre part, les pasteurs accusent les élites d’être leurs dénonciateurs auprès de l’armée. Les multiples arrestations des pasteurs nomades par l’armée malienne ont frustré beaucoup d’entre eux. Ces arrestations, tortures et parfois assassinats commis par l’armée sont perçus comme des abus par les pasteurs peuls et nourrissent désormais un ressentiment envers toute personne proche de l’État. Les opposants politiques locaux dans la commune du Haïré ont saisi l’opportunité que leur offrait cette association, à travers sa forte capacité de mobilisation de pasteurs nomades qui constituent un électorat important, en se faisant élire dans le bureau de ladite association pour pouvoir bénéficier de l’électorat des nomades pendant les élections locales prochaines.

La première assemblée ayant abouti à la création de Dewral s’est tenue à Simbi dans la commune du Haïré (région de Mopti) en juin 2014 et a regroupé des Peuls venant de neuf communes du cercle de Douentza. L’existence de Dewral est très menacée par des enjeux de leadership. Un conflit latent qui ne dit pas son nom menace la survie de l’association.

Deux camps se disputent le contrôle de Dewral : le camp de Amirou Boulekessi (président de l’association et chef de village de Boulekessi) et celui de Amirou Grimari (trésorier de l’association et chef de village de Grimari). Le second reproche au premier de s’engager dans des négociations pour l’intégration des membres de l’organisation dans le DDR. Alors qu’à l’origine elle n’est pas un mouvement armé.

 Enjeux de l’escalade de la violence dans la région de Mopti

Les personnes rencontrées pendant nos dernières visites, entre janvier et mars 2016 dans la région de Mopti, sont très pessimistes sur l’amélioration des conditions sécuritaires dans la zone. La menace est présente des deux côtés : les communautés sont menacées par les forces armées à la recherche des djihadistes et par ces derniers, qui mènent des représailles contre les populations après chaque visite des FAMA dans leur zone.

Le Delta central du Niger (Bourgou) s’affirme depuis 2014 comme le nouveau théâtre des violences commises par les mouvements djihadistes. Cette région a été choisie par les djihadistes comme lieu de refuge pendant la période de crue du fleuve Niger à cause de son accès difficile. Son accès pendant l’hivernage est conditionné à l’emprunt des moyens de locomotion fluviaux. La plupart des écoles sont fermées dans les cercles deTénenkou et de Youwarou.

Les services administratifs ne fonctionnent pratiquement plus dans la plupart des localités touchées par la menace djihadiste. La menace est actuellement beaucoup plus récurrente dans les cercles de Ténenkou et de Youwarou (Delta intérieur du Niger) et dans celui de Douentza (communes du Haïré et de Mondoro) faisant frontière avec le Burkina Faso.

Les traditionnels conflits autour des bourgoutières constituent un enjeu pendant les périodes d’exploitation des bourgous (pâturages). Les disputes entre villages voisins sur la propriété des bourgous ont toujours été fréquentes entre novembre et mars de chaque année.

Les djihadistes ont interdit la taxation des bourgous et soutiennent que le pâturage n’appartient qu’à Dieu. Les dioros (détenteurs de droits sur les bourgous) payent le service des agents de sécurité (gendarmerie) pour sécuriser les bourgous et exigent le paiement de taxes d’exploitation.

À la fin de janvier 2015, trois gendarmes ont trouvé la mort à Dialloubé (à une soixantaine de kilomètre de Mopti). Selon nos informateurs, ils auraient été tués par des djihadistes peuls en cavale dans le delta.

Les Peuls et la sortie de crise au Mali

La question peule s’est, de nos jours, invitée dans le processus de sortie de crise au Mali. Il est difficile d’envisager une paix durable au Mali sans résoudre le problème d’insécurité au centre du Mali dont les animateurs sont majoritairement issus de la communauté peule. La solution militaire a pourtant montré ses limites. Des centaines de personnes arrêtées, par les FAMA dans la communauté peule, et suspectées d’être des djihadistes ont presque tous été relâchées par la justice par manque de preuves tangibles.

Certains pensent que la solution serait de réparer l’erreur commise par l’accord en démobilisant les jeunes Peuls armés, qu’ils soient djihadistes ou non, et en les intégrant dans le processus de DDR. Des responsables peuls, au niveau national, sont engagés dans ce processus en partenariat avec la MINUSMA et des leaders communautaires dans la région de Mopti.

D’ores et déjà, les leaders Peuls dans la zone inondée ont pu convaincre 186 jeunes armés prêts à déposer les armes et à être cantonnés. Dans le Hayré et Seeno, soixante-dix jeunes armés sont prêts à rallier le processus de DDR. Le but est d’avoir au moins quatre cent jeunes armés peuls et les cantonner sur un site qui sera identifié de commun accord avec les partenaires.

D’autres estiment que tant que les conditions de vie précaires des pasteurs nomades peuls ne sont pas améliorées, le centre du Mali connaîtra toujours cette instabilité. À noter que la région de Mopti demeure l’une des dernières au Mali en termes d’accès aux services sociaux de base. Pour une sortie de crise dans le centre du Mali, la réconciliation entre élites et pasteurs peuls, entre Peuls et leurs voisins sédentaires (dogons, bambara), entre Peuls et Touaregs est nécessaire. Ces dialogues intra et intercommunautaires doivent se faire sous l’impulsion des leaders communautaires.

S’il y a une épine dans le pied de l’État malien dans le cadre global de la sortie de la crise, c’est bien la question de la stabilité du centre du Mali. La compartimentalisation de la résolution de la crise malienne a montré ses limites. Il n’y a pas un conflit du nord et un conflit du centre. Le conflit malien doit être géré dans son entièreté.

L’Accord pour la paix et la réconciliation est certes un acquis mais il lui est reproché, par certaines communautés, de favoriser les régions nord au détriment du Centre, qui a vécu la crise au même titre que celles du nord. Les violences intra et intercommunautaires qui sévissent dans la région de Mopti sont officiellement attribuées au Front de libération du Macina (FLM) mais nos investigations sur le terrain nous révèlent que la plupart d’entre elles sont des actes isolés de banditisme et de règlements de comptes. Sans nous prononcer sur la question de l’existence du FLM dans la région de Mopti, force est de constater que ceux qui agissent, au nom ou pas du « djihad », ont souvent une conviction : celle de rendre justice. Les attentes sont très grandes en matière de justice.

Le Mali nouveau devait réformer le secteur de la justice en facilitant un accès équitable à la justice à tous les maliens.

14 tués dans des affrontements liés à un litige foncier

Par AFP – Date: 26 Juin 2016 

Bamako – Quatorze personnes ont été tuées et une quarantaine blessées samedi au Mali dans des affrontements liés à un litige foncier entre des habitants de deux villages dans la région de Mopti (centre), a indiqué dimanche à l’AFP un responsable administratif provincial.

Les violences ont opposé des paysans de Koussouma et Mougna, proches de la cité historique de Djenné, revendiquant les uns et les autres des terres cultivables, a expliqué ce responsable du gouvernorat de Mopti sous couvert d’anonymat.

Ils « se sont affrontés samedi à cause d’un litige foncier. Au moins 14 personnes ont été tuées et au moins 42 blessées », a déclaré le responsable administratif.

Les affrontements ont été confirmés par une source de sécurité, selon laquelle les deux villages sont distants d’une dizaine de kilomètres.

« Samedi, dès les premières gouttes de pluie, des paysans se sont dirigés sur les terres (revendiquées) pour les cultiver. Les paysans du camp opposé ont manifesté bruyamment avant de s’attaquer » à eux, « ça a dégénéré », a précisé cette source.

Aucun détail n’était disponible dans l’immédiat sur le nombre de paysans et la zone concernés par ce litige.

Une autre source de sécurité a fait état d’un conflit foncier « qui dure depuis au moins dix ans » et fait l’objet d’un dossier actuellement en cours en justice, sans plus de détails. Mais une autre source proche du dossier a indiqué que c’est une récente décision de justice « qui a mis le feu aux poudres ». Aucun responsable judiciaire de la région n’avait pu être joint dimanche matin par l’AFP.

D’après le responsable administratif contacté, le gouverneur de Mopti doit se rendre dimanche dans les deux villages en compagnie du procureur de la région pour calmer les tensions.

AFFRONTEMENTS MEURTRIERS AU MALI : La rançon du laxisme d’Etat

Boundi OUOBA – le Pays –  26 juin 2016

Où va le Mali ? C’est sans doute la question que se pose plus d’un observateur lorsque le 25 juin dernier, des habitants de deux villages se sont violemment affrontés. Bilan : 14 morts et de nombreux blessés ! Les faits se sont déroulés dans le Centre du pays, dans la région administrative de Mopti dont dépendent Mougna et Koursouma, les deux villages en conflit.

Le Centre du Mali qui connaissait jusque-là un calme apparent, est-il aussi en train de se transformer en chaudron comme l’est le Nord depuis plus de trois ans ? La question vaut son pesant d’intérêt,  quand on sait que peu avant ce conflit foncier qui a dégénéré en une scène de violences, ladite région avait déjà enregistré des affrontements intercommunautaires entre les Peuls et les Bambara.

C’était le 3 mai dernier où au moins trente civils avaient été massacrés. Et comme signe de la tension toujours palpable, des localités ont été interdites aux uns, alors que les autres n’ont plus le simple droit d’enterrer leurs morts. En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec ces affrontements meurtriers tous azimuts d’un côté entre différentes communautés et de l’autre entre agriculteurs et éleveurs, l’équation malienne se complique davantage. Il faut donc vite désamorcer la bombe pendant qu’il est encore temps.

Car les mêmes causes produisant les mêmes effets, il faut craindre un effet domino, surtout que dans le cas d’espèce du Mali, la démission de l’Etat a poussé chaque communauté à mettre en place une milice d’autodéfense armée pour assurer sa protection ; la nature ayant toujours horreur du vide. Le dernier exemple en date est la naissance d’un nouveau mouvement armé d’obédience peule appelé « l’Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice » qui dit avoir l’armée malienne comme ennemie numéro un.

C’est dire qu’au Mali, quand on fait aujourd’hui un pas vers la paix, on en fait deux fois plus vers l’inconnu. Puisque pour un rien, les amalgames sont vite faits et le pire est arrivé, et cela à cause du laxisme et de l’impéritie d’une administration corrompue qui essaie de tirer profit de chaque situation.

A preuve, ce litige foncier à l’origine des événements dramatiques du 25 juin dernier au Mali, remonte, à ce qu’on dit, à plusieurs années. C’est à se demander si l’autorité n’avait pas minimisé le problème jusqu’à ce que l’irréparable se produise.

Et cela n’est pas propre seulement au Mali. Il en est ainsi pour la plupart des pays africains où les conflits fonciers sont légion pour ne pas dire la chose la mieux partagée. C’est le cas par exemple, chez nous, au Burkina Faso, où le début de chaque saison des pluies constitue une période à hauts risques. Mais même devenus structurels, les problèmes fonciers semblent ne pas préoccuper au plus haut point l’autorité, d’où l’absence remarquée d’un mécanisme de règlement de ces conflits.

Pire, c’est à se demander si, ici comme ailleurs, les autorités elles-mêmes ne sont pas à l’origine de certains litiges dans les villages. En effet, les faits parlent d’eux-mêmes puisqu’on a vu des coutumiers s’affronter par hommes politiques interposés, au grand dam de la cohésion sociale. C’est ce qui explique que certains problèmes, mineurs au départ, finissent par prendre des proportions tragiques insoupçonnées.

Centre et nord du Mali : Jihad ou autodéfense, le dilemme !

Par Madiassa Kaba Diakité –  Le Républicain – 23 Juin 2016

Comment exorciser les démons de la division chez les communautés du centre et du Nord du Mali ? Absent de la plupart de ces localités, l’Etat malien semble y sous traiter la sécurité, sur un terreau fertile aux règlements de compte et à l’amalgame.

Un dilemme cornélien s’offre, ainsi donc, aux populations : rejoindre le Jihad d’Amadoun Koufa ou prendre les armes pour se défendre. Cette dernière option serait le choix d’une certaine Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice (Ansiprj).

Un mouvement politico-armé créé contre l’armée qui « instrumentalise les milices contre les peuls » ? Le leader autoproclamé du présumé mouvement l’affirme. Mais au-delà de lui personne d’autre ne confirme la création de ce mouvement qui se crédite de 700 combattants, de milliers d’adhérents.

Les responsables de la Direction de l’information et des relations publiques de l’armée(DIRPA) sont formels : il n’y a pas d’amalgames dans la lutte contre le djihadisme au Mali et aucune communauté n’est prise à partie par les militaires maliens qui ont suivi des formations sur le droit international humanitaire, souligne notre interlocuteur de la DIRPA. « C’est vraiment léger comme accusation. Ce n’est pas assez documenté : ni le moment, ni le lieu ne sont précisés. Ce sont des allégations lancées comme ça. Il n’y a aucune précision. Nos hommes (les Forces armées maliennes- FAMA) sont formés au respect des droits de l’homme », précise Souleymane Dembélé, le directeur de la DIRPA.

Oumar Aldjana, le secrétaire général de l’Ansiprj, n’est pas de cet avis. Dans la presse internationale, il déclare: « le premier ennemi sur le terrain est l’armée malienne qui arme des milices contre les pauvres civils peulhs. Le gouvernement entretient des exactions contre nos communautés sous le couvert d’une lutte contre le terrorisme».

Absent dans plusieurs localités du Nord et du centre suite à la crise qui a éclaté au Mali en 2012, l’Etat malien semble sous traiter la sécurité et les conflits s’ethnicisent. En début juin, dans le Gourma, des combats entre des Peulhs et des Touareg Imghad ont fait 8 morts du côté peulh. Ces conflits entre communautés, rarissimes dans le passé, prenaient fin sous l’arbre à palabre, mais aujourd’hui ils sont réglés à coups de kalach.

L’absence de l’Etat et par ricochet de la justice fait, en effet, souffler un air de ‘’western’’ dans ces localités. Toutes les communautés sont sur le qui-vive et il suffit d’une étincelle pour la grande déflagration. Les groupes terroristes, Aqmi, Ansardine…, en plus du Nord, implantent leurs tentacules dans le centre du pays.

A Mopti, Tenenkou, Macina…, les jeunes, toutes communautés confondues, résistent difficilement aux sirènes du djihadisme. Désœuvrés et écœurés des injustices sociales, les  jeunes sont endoctrinés et enrôlés par Amadoun Koufa qui rêve de recréer « l’empire peul du Macina » de son illustre homonyme Sékou Amadou dont la tombe fut profanée par ses hommes il y a une année de cela.

Le chercheur Dr Jézéquel qui prépare un rapport intitulé “conflit local et radicalisme religieux au centre du Mali”, explique que la violence qui gagne cette partie du Mali se traduit par la présence « des noyaux jihadistes certes encore mal structurés mais qui se développent, en instrumentalisant les fortes frustrations locales ».  Selon lui, « le centre du pays, grand oublié des négociations inter-maliennes d’Alger, voit se développer des formes préoccupantes de violences armées.»

Et le chercheur d’ajouter que depuis la crise de 2012, l’attention du gouvernement malien est focalisée sur le nord du pays, initialement le principal repaire des groupes dits jihadistes, alors qu’aujourd’hui dans le centre se développent des groupes « de gens qui se professionnalisent dans l’usage des armes. Pour lui, il règne un très « fort discrédit » de l’Etat dans cette partie du pays et le besoin de sécurité des populations fait le lit des milices d’auto-défense et des organisations favorables au jihad.

Le gouvernement malien et l’accord de paix font fit de ces menaces de repli identitaire qui menacent le vivre ensemble séculaire entre les communautés. Et si sur le papier la question de la représentativité et de l’inclusivité est tranchée au sein du Comité de Suivi de l’accord(CSA), Sbeyti Ag Akado, un leader de la communauté Bella, qui se considère comme « un membre exclu » du dit comité de suivi de l’accord, dénonce la non-représentativité de toutes les communautés du centre et du nord dans l’organe chargé de la mise en œuvre de l’accord. «Dans les faits cela n’est pas le cas. Toutes les communautés ne sont pas représentées au sein du Comité de suivi de l’accord », indique le leader communautaire.

Risque de balkanisation

Une année après la signature de l’accord de paix d’Alger, l’insécurité a atteint son paroxysme. Les populations et les forces armées présentes sur le terrain ont payé un lourd tribut à l’insécurité. Le décompte macabre continue. Au minimum, de la signature de l’accord à aujourd’hui, il y a eu 300 morts et 200 blessés.

La coexistence pacifique entre les différentes communautés est mise à mal. Le chercheur malien Chirfi Moulaye met en garde contre une balkanisation du pays. «La propagation du communautarisme culturel et son instrumentalisation devenue, par la force des choses, un effet de mode, constitue des dangers réels pour un pays arc en ciel comme le nôtre. Nos populations, toutes souches confondues, n’aspirent majoritairement qu’à la coexistence pacifique, à la rencontre de l’autre. », prévient-il.

De l’avis du chercheur, le phénomène des replis identitaires est tentaculaire, voire contagieux à grande échelle ; il prend de plus en plus de proportions inquiétantes et risquerait d’exposer le pays  a des bouleversements, des soubresauts préjudiciables au maintien, à la consolidation de l’unité nationale, de la cohésion générale. «Cela pourrait conduire à une explosion sociale qui  déboucherait sur un démembrement progressif de l’Etat, voire son effondrement systématique si nos autorités politiques, administratives, civiles, ne prenaient pas à bras le corps la portée des menaces endogènes et exogènes qui se profilent à l’horizon.

Les communautés, tant sédentaires que nomades, souffrent des agissements de ‘‘ mains invisibles’’, des égarements qui ne peuvent qu’accentuer la mésentente entre elles, les déchirures béantes, les blessures de trop  en soumettant les populations à de rudes épreuves qu’elles endurent perplexes, impuissantes.

Toutes sortes de lobbyings, de plans de déstabilisation, sont orchestrés ça et là, à dessein, afin de semer la zizanie, de raviver le feu de la haine, de la violence, de la division», analyse Chirfi Moulaye.

 

Abdoulaye Ba a publié dans APSM(Alliance Patriotique pour la Souverainete du Mali.Kisal à Mali.

21 juin, 16:51 · 

Kisal vous expose ce projet de protocole d’accord entre les associations peules, concernant les mouvements armés issus de la communauté peule. Nous le soumettons à nos associations sœurs : Natal, Pinal, Jeunesse Tabital Pulaaku, et VJL. Nous espérons que ce mouvement sans ambiguïté, et juste, sera accompagné de tous.

Kisal compte sur vos avis, en accord avec notre charte.

« Nous, associations maliennes issues de la communauté peule, nous engageons par la présente à servir de liens pacifiques pour entériner la culture de la paix dans les terroirs d’où nous sommes originaires.
Nous nous dissocions catégoriquement de tout mouvement armé.

Dans ce but, nous nous engageons catégoriquement à rejeter la violence, et à exiger la vérité et la justice pour chaque cas d’exaction et de violation des Droits Humains porté à notre attention, parmi les communautés dont nous sommes issus.

Comprenant la précarité des situations de tous nos parents, nous comptons remplir la tâche ardue de passerelle entre ceux que le désespoir a poussé à s’armer, et les autorités régaliennes du Mali, ainsi que toute la communauté internationale amie et témoin du Mali dans ses temps de détresse.
Le monde peul est reconnaissant de la diversité des bonnes volontés autour de lui, et s’engage à honorer celles-ci par le dévouement sans ambiguïté aux principes ayant mené à l’accord d’Alger, en amenant la paix et le développement.
Nous espérons que nos actions permettront l’intégration au développement et à la paix de toutes les communautés que nous représentons.
Issus de la société civile, nous accompagnerons les processus politiques permettant d’aboutir à la gestion et la résolution des conflits, afin d’éviter l’escalade dans les actions armées, et préserver les Maliens.

Signent solennellement, les associations suivantes :  »

 

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